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Vous êtes formidables

Le vendredi à 10h20
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Mourad Merzouki : l’humilité en plus…

Alain Fauritte et son invité Mourad Merzouki sur le plateau de l'émission "Vous êtes formidables" / © FTV/Vous êtes formidables
Alain Fauritte et son invité Mourad Merzouki sur le plateau de l'émission "Vous êtes formidables" / © FTV/Vous êtes formidables

Il est le contre-exemple des gamins de banlieues populaires qui tournent mal. Sa rage a fait éclore un talent. Le célèbre danseur et chorégraphe Mourad Merzouki est l’invité de « Vous êtes Formidables ! ».

Par Alain Fauritte

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En ce moment, il est comme beaucoup d’artistes, qui attendent les applaudissements et les yeux pétillants du public comme on attend un verre d’eau dans le désert. Leur raison de vivre, c’est la reconnaissance de ceux pour lesquels ils transpirent, passent des nuits blanches, font et refont pour atteindre la perfection. Après un an de privation d’exercer la partie la plus valorisante de leur travail, ils n’en peuvent plus d’attendre, comme leur public n’en peut plus de devoir renoncer à ce qui fait le sel de la vie : ces moments forts où l’émotion d’un spectacle fait oublier notre fragile condition humaine. Alors oui, il va falloir attendre encore. Et en attendant, Mourad Merzouki peaufine sa nouvelle création. Avant de regagner le Centre Chorégraphique National de Créteil, qu’il dirige depuis plus de 11 ans, pour y poursuivre les répétitions de « Zéphyr », il fait un crochet par les studios de France 3 Auvergne Rhône-Alpes, situés à quelques minutes de sa ville natale qu’il ne quitte jamais très longtemps…

Boxeur ou danseur ?

Mourad Merzouki, on le connaît bien dans la maison. Les équipes de journalistes de la rédaction ont été les premières à repérer ce gamin plein d’énergie, pour ne pas dire de rage, qui trouvait dans la danse le plus beau des moyens d’exister au sein d’un monde hostile. Quand on s’appelle Mourad et qu’on vient d’un quartier populaire d’une grande ville, la fenêtre qui permet de se frayer un chemin vers la réussite n’est pas très large. Il y a bien sûr les études avec la difficulté de trouver des débouchés même si elles ont été brillantes. Il y a le sport, c’est ce que son père visait pour lui avec la boxe, qu’il pratiquera durant de longues années. Et puis il y a l’art. Au moment où le hip hop arrive en Europe, il est encore adolescent mais c’est une révélation. Il effectue des stages de danse, croise les bonnes personnes, s’associe avec d’autres passionnés et crée sa propre compagnie : « Käfig ». C’est le début d’une longue et belle aventure… 

Une exigence salvatrice

Il le dit encore aujourd’hui, il avait la rage. Il a fait partie de ces jeunes beurs refoulés à l’entrée des boites de nuit. Des humiliations à répétition qui peuvent rapidement pousser à la violence. A moins que cette énergie ne soit canalisée vers une discipline exigeante. C’est le cas de la danse. Exigence physique et exigence mentale. La créativité demande une énergie folle, et le jeune Mourad se jette à corps perdu dans sa discipline, avec le résultat que l’on connaît. Des spectacles novateurs, envoutants, intelligents, esthétiques, magnifiques. Et la réussite logique qui va avec. Sa compagnie  va parcourir le monde. Plus de 60 pays et les plus grandes scènes pour plus d’un million de spectateurs qui applaudissent à tout rompre le talent de ce jeune San Priod (originaire de St Priest, dans le Rhône). Une belle reconnaissance…

Besoin de transmettre

Une reconnaissance méritée, car le parcours est un sans-faute. Sans-faute professionnel, car le chorégraphe ne se repose pas sur les lauriers. Non seulement il a su s’approprier le hip hop mais il l’a fait évoluer. On l’a « accusé » de se faire « récupérer », mais il a tout simplement enrichi et fait reconnaître cette danse. Alors oui, il lui a fait quitter la rue pour les plus belles scènes du monde. Où est la trahison ? D’autant qu’il pilote depuis plus de 10 ans le Pôle Pik à Bron, un centre chorégraphique qui œuvre au développement de la danse hip hop et qui accueille de jeunes artistes en résidence. Un lieu d’éclosion et de transmission. Sans-faute personnel ? Je suis mal placé pour en juger. Je me contente d’observer, et depuis que je le croise, je vois quelqu’un de souriant, de respectueux et surtout d’une humilité qui force l’admiration. Combien de petites réussites qui masquent de grosses têtes ? Ce n’est absolument pas son cas.

Sa discrétion est une carapace

Sa réussite est patente et son talent indubitable. Il a néanmoins su garder la modestie sincère des plus grands, qui ont toujours au fond d’eux un doute sur leur légitimité et qui sont conscients de la fragilité de leur situation. Je pense qu’il est très exigeant envers les autres et envers lui-même dans le travail. J’ai le sentiment que son humilité n’est pas feinte, et que sa discrétion est une carapace. A l’heure où nombre de nos congénères racontent leur vie par le détail sur les réseaux sociaux, il reste très discret, pour ne pas dire secret. Mais la pudeur est bien la dernière chose que l’on puisse reprocher aujourd’hui dans le déballage permanent auquel on assiste. J’ai hâte de découvrir « Zéphyr », son prochain spectacle…