Une entreprise suisse met l'air des Alpes en spray (et le revend à prix d'or en Asie)

Une entreprise suisse met l'air des Alpes en spray et le revend à prix d'or, notamment en Asie. / © Swiss Air Deluxe / DR
Une entreprise suisse met l'air des Alpes en spray et le revend à prix d'or, notamment en Asie. / © Swiss Air Deluxe / DR

Une entreprise suisse s'est lancée sur un drôle de marché : la mise en bouteille d'air des Alpes, collecté à quelques milliers de mètres d'altitude puis exporté à travers le monde. Si l'idée séduit les consommateurs, une association de défense de l'environnement dénonce une activité "polluante".

Par Margot Desmas

Le directeur général de Swiss Air Deluxe l'assure, ses produits sont un condensé de bienfaits pour la santé. Et ils s'arrachent comme des petits pains en Asie. "Les personnes qui vivent à la montagne ont moins de risques de développer des maladies cardio-vasculaires", assure notamment Markus Klinkmüller, persuadé de l'efficacité de son innovation : des sprays renfermant l'air des montagnes alpines.

Basée à Zurich (Suisse), son entreprise commercialise des bouteilles remplies d'air collecté à 3.000 mètres d'altitude. D'une contenance de 9 litres, elles garantissent 350 bouffées d'air "pur" à leurs acheteurs. A titre de comparaison, un adulte inhale en moyenne 10.000 litres d'air par jour.

De l'air en boite qui séduit les habitants des métropoles asiatiques polluées. Les produits de Swiss Air Deluxe s'y vendent à prix d'or : plus de 17 euros la bouteille taille "XL". Mais avant d'arriver au Japon ou en Thaïlande, elles parcourent près de 20.000 kilomètres en bateau.

 

Prix du transport le plus absurde


"Vendre de l'air des Alpes comme un bien de consommation est, déjà en soi, une idée choquante. Mais transporter ces bouteilles en aluminium ne contenant finalement que du vent provoque des émissions de CO2 totalement inutiles", a estimé Jon Pult, président de l'association l'Initiative des Alpes qui vient de remettre une drôle de distinction au directeur de Swiss Air Deluxe.

L'entreprise suisse s'est vue remettre le Prix du transport le plus absurde par cette organisation qui milite pour la protection des Alpes. Soulignant la quantité d'"émissions de gaz à effet de serre émise pour un produit dont l’utilité est douteuse", elle dénonce des exportations qui "contribuent au réchauffement dramatique du climat".
 

"Notre empreinte écologique est proche de zéro, nous profitons d'espaces inutilisés dans les bateaux de transport lors de leur retour en Asie", s'est défendu Markus Klinkmüller lors de la remise des prix, indique le journal Le Temps. Il a d'ailleurs profité de l'événement pour promouvoir son nouveau produit, une gamme de spray "Swiss Virgin" qui contient une odeur de petite culotte, principalement destinée au marché japonais.

 

Arguments frauduleux


Sur son site, la marque vante une multitude de bénéfices supposés, allant d'une "revitalisation du corps et de l'esprit" à la promesse d'une "plus grande puissance et virilité". Des arguments mis en doutes par les spécialistes. "Que l'air de la montagne soit bon pour la santé, qu'il contienne aussi moins de particules polluantes, ça ne fait aucun doute. Par contre, que 9 litres d'air en spray puissent apporter tous ces bénéfices, j'ai de gros doutes", a nuancé Mauricio Bernasconi, pneumologue à l'hôpital de Bellinzone, auprès du média suisse Nuovo RTS (en italien).

Mais le vendeur d'air Markus Klinkmüller est allé plus loin en insinuant sur le compte Instagram de sa marque que ces bonbonnes pouvaient protéger du virus Ebola. "J'étais en Afrique et nous devions traverser une zone où il y avait une épidémie d'Ebola. J'ai pris avec moi des bonbonnes d'air des Alpes, je l'ai respiré régulièrement, et je suis rentré à la maison en bonne santé", a-t-il redit à nos confrères du Nuovo RTS. Problème : avec ou sans spray d'air des Alpes, aucune chance d'être contaminé par le virus par voie aérienne puisqu'il ne se transmet que par contact direct (sang,  salive, urine...).
 
Avec la mise en vente de ce produit, la marque suisse emboîte le pas à la start-up canadienne Vitality Air qui s'était lancé sur ce même marché en 2014. Ce qui était à l'origine une blague avait connu un succès fulgurant à l'époque, raconte RFI, notamment en Chine où la population suffoque dans l'air pollué des grandes villes.

 

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