Fin du procès Neyret: les hommes de la PJ de Grenoble fixés mardi

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Écrit par AFP

"Séjours de luxe et cadeaux en échange de renseignements et de services": le tribunal correctionnel de Paris rend mardi son jugement au procès de Michel Neyret, l'ex numéro deux de la PJ de Lyon poursuivi pour "corruption" avec huit autres prévenus, parmi lesquels deux anciens de la PJ de Grenoble.

"Ce procès n'est pas celui de la PJ, mais d'une philosophie, d'un système qui est celui de Michel Neyret", avait estimé dans ses réquisitions la procureure Aude Duret. "Et ce système peut se résumer ainsi: la fin justifie les moyens", avait ajouté sa consoeur, la procureure Annabelle Philippe.

Une peine de quatre ans de prison, dont deux et demi ferme, a été requise à l'encontre de l'ancien policier, poursuivi pour huit délits pour lesquels il encourt dix ans de prison.

Contre les trois subordonnés de Neyret, soupçonnés de l'avoir aidé en détournant des scellés de drogue, le parquet a requis du sursis: dix mois contre le commandant Gilles Guillotin et huit mois contre le commissaire Christophe Gavat, tout deux anciens de la PJ de Grenoble, et six mois contre le capitaine Jean-Paul Marty.

Un rapport trouble avec les "indics"

La justice soupçonne Michel Neyret d'avoir fourni des informations confidentielles à des membres du milieu lyonnais, présentés comme des "indics", en échange d'avantages, de cadeaux et d'argent liquide, et d'avoir prélevé sa dîme sur des saisies de stupéfiants pour rétribuer des informateurs.

L'affaire avait créé un traumatisme dans la police. Après 32 ans de carrière, dont 20 à la tête de la prestigieuse brigade antigang de Lyon, Neyret, adulé par ses équipes et ses supérieurs et décoré de la Légion d'honneur pour ses résultats, était une légende au moment de sa chute.

"Oui, Michel Neyret a commis des fautes, des maladresses et s'est laissé enfumer par des voyous qu'il voulait infiltrer. Mais est-ce que cela mérite la peine requise, je ne le pense pas", a plaidé Me Gabriel Versini-Bullara, l'un des avocats du policier.

"La voix de Michel Neyret n'est pas celle d'un homme corrompu (...) son action a toujours été dirigée pour le bien du service et la volonté d'obtenir des résultats", a ajouté l'avocat pour qui la question centrale du procès est celle de "la relation atypique" qu'entretiennent policiers et indics.

Durant les débats, l'ex-policier a reconnu s'être perdu dans la gestion de ses indics. Selon lui, les cadeaux reçus provenaient d'informateurs devenus des amis qui voulaient lui "faire plaisir". Sur les prélèvements de stupéfiants, il a assumé cette pratique pour fidéliser des indics tout en affirmant, sans convaincre, n'y avoir eu recours qu'à une seule reprise pour 300 grammes de résine de cannabis.

Corruption 

Dans le volet corruption du dossier, Neyret s'est transformé, pour Annabelle Philippe, en "informateur policier" de ses indics. "Qu'a-t-il obtenu en retour? Rien... à l'exception d'avantages en nature, de nombreuses rétributions."

"Dix voyages, des séjours dans la villa d'un escroc avec prêts de voitures de luxe et masseuses (...) deux montres de luxe (...) des remises d'espèces (...) et, ultime étape de la corruption, la création d'une société offshore en rétribution des services rendus", a énuméré la procureure.
Sur la drogue, elle s'est interrogée: "Est-on un grand flic quand on demande à ses subordonnés de commettre des infractions, quand on met le monde judiciaire à l'écart, quand on est le seul à définir les règles?"

Les représentantes du ministère public ont réclamé des peines de cinq ans de prison ferme avec mandat d'arrêt à l'encontre des corrupteurs présumés de Neyret actuellement en fuite, Stéphane Alzraa et Gilles Benichou, avec 250.000 euros d'amende pour le premier et 100.000 pour le second. Une peine de deux mois avec sursis a en outre été requise contre un autre escroc présumé, Cyril Astruc.

Les procureures ont enfin demandé 12 mois avec sursis contre l'épouse de M. Neyret, Nicole, pour avoir profité des largesses des "amigos" de son mari et 10.000 euros d'amende contre l'avocat lyonnais David Metaxas pour trois violations du secret de l'enquête et de l'instruction.