"A Grenoble, comme à Marseille, on assiste à une évolution de la structure du banditisme", J-P. Bonnetain, préfet de l'Isère

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Écrit par I.G
© France 3 Alpes

Un jeune de 19 ans abattu à Saint-Martin-d'Hères, deux fusillades dans la même journée dans le quartier Saint-Bruno, une jeune adolescente qui règle un différend à coups de couteau. Grenoble et son agglomération connaît un regain de violence. Le préfet de l'Isère réagit.

Interview. Meurtre, fusillades, agression à l'arme blanche, "un déchaînement de violence qui ne peut que préoccuper tout le monde, mais qui ne peut se résumer à la seule question des effectifs de police", selon Jean-Paul Bonnetain, préfet de l'Isère, dans un entretien qu'il a accordé ce mercredi 24 juin à France 3 Alpes.

"Nous ne sommes plus en présence de bandes organisées, maîtrisées et sous contrôle de quelques chefs influents. On assiste à une parcellisation des réseaux, sans hiérarchie, avec des oppositions multiples entre quartiers, et même au sein d'un même quartier. Tout tourne manifestement autour du trafic de stupéfiants. Comme à Marseille, on assiste à une évolution de la structure du banditisme."

Interview réalisée par Joëlle Ceroni et Jean-Pierre Rivet
durée de la vidéo: 05 min 11
Interview du préfet de l'Isère

Avant d'arriver en Isère, Jean-Paul Bonnetain exerçait depuis 2012 à Marseille, et fut auparavant coordonnateur de la lutte contre les trafics de drogue au ministère de l'Intérieur, sous le gouvernement Jospin. Sur la situation de l'agglomération de Grenoble, il dresse le diagnostic suivant: "Il s'agit clairement d'un affrontement entre bandes rivales pour le contrôle du trafic de stupéfiants, nous ne sommes pas seulement dans une problématique de règlements de comptes. Il s'agit aussi d'apeurer la population, on s'attaque y compris à des personnes qui ne sont pour rien dans ces trafics, et qui sont des victimes innocentes de balles perdues."

Ce n'est pas seulement une question d'effectifs de police"


Après le meurtre de Saint-Martin-d'Hères, les syndicats de police ont évoqué le manque d'effectifs, une interpellation que le préfet "entend et peut comprendre" mais qui, à son sens, "ne peut pas tout résoudre". "Ce n'est qu'une dimension du problème, rien ne se passe à l'endroit et à l'heure où se trouvent les forces de police. Quand bien même on serait là 12 heures d'affilée, ce type d'attaques aurait lieu pendant les 12 autres heures."

Une réunion de travail doit avoir lieu dans les prochains jours avec les syndicats et tous les autres acteurs de la sécurité. L'urgent, selon Jean-Paul Bonnetain, est de se poser d'abord une question: "Sommes-nous le plus efficace possible avec les moyens dont nous disposons déjà? Je ne dispenserai personne de cette réflexion. La réponse ne peut reposer sur la seule question des effectifs, mais aussi sur la méthode de travail, la collaboration entre tous les services, même si c'est déjà le cas. Ce n'est qu'en renforçant d'abord notre façon de fonctionner que l'on sera crédible et en mesure, le cas échéant, de réclamer des renforts d'équipes."

Il faut que chacun mesure sa part de responsabilité"


"S'il n'y avait pas d'acheteur (de drogue), il n'y aurait pas de vendeur. Et s'il n'y avait pas de vendeur, il n'y aurait pas de règlements de comptes, C'est une vérité évidente, qui n'est pas entendue. Il faut que chacun mesure sa part de responsabilité. On ne peut pas s'émouvoir d'une situation quand on participe soi-même au système qui engendre de telles violences. Ces derniers jours à Grenoble tout tourne, quasiment, autour du trafic de stupéfiants. On a le sentiment que le phénomène s'accélère, ce n'est pas exact, c'est juste que nous avions connu dernièrement une période presque anormalement calme". 

Et le représentant de l'Etat dans le département pointe du doigt aussi d'autres responsabilités, plus "indirectes" lorsqu'il évoque la récente agression d'une jeune de 14 ans, par une ado de 15 ans, à Echirolles le 23 juin. "Que faisaient ces deux jeunes filles dans la rue, à deux heures du matin, à finir par se donner des coups de couteaux pour régler un conflit? Ce n'est pas qu'une histoire de présence de police ou de gendarmerie mais bien d'autorité parentale, non?".

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