Deux gilets jaunes de Haute-Loire font le bilan, un an après

Brioude a été l'une des villes les plus mobilisées de Haute-Loire lors du mouvement des gilets jaunes (ici, début décembre 2018) / © Fabien Gandilhon - France 3 Auvergne
Brioude a été l'une des villes les plus mobilisées de Haute-Loire lors du mouvement des gilets jaunes (ici, début décembre 2018) / © Fabien Gandilhon - France 3 Auvergne

Un an après le début du mouvement des gilets jaunes, nous avons recontacté deux d'entre eux, qui étaient très actifs sur un des ronds-points de Brioude (Haute-Loire). Aujourd'hui, il regardent l'année écoulée avec des sentiments contrastés. 

Par FG

A Brioude (Haute-Loire), le mouvement des gilets jaunes a mobilisé beaucoup de monde sur les ronds-points. Un an après, nous avons recontacté deux d'entre eux, qui étaient particulièrement actifs. Aujourd'hui, il regardent l'année écoulée avec des sentiments contrastés. 

au gouvernement, ils ne se rendent pas compte de ce qu’on vit ici

Loïc a arrêté les actions au mois de février "plutôt à cause du boulot. Je pars en déplacement, j’ai pas le temps .. Pour moi c’était compliqué de rester sur les ronds-points. Et puis, je n’en vois pas vraiment l’utilité … Ça n’est pas que ça sert à rien, mais ça sert moins.”

Sur le résultat, Loïc est plutôt amer : “Pour moi, il n’y a pas eu de réponse, pas de prise de conscience au niveau du gouvernement” Les mesures annoncés, il n'en a pas vu la couleur : “Je n’en ai pas bénéficié. Pas du tout ! Je pense que très peu de gens ont été impactés. Le problème, c’est qu’au gouvernement, ils ne se rendent pas compte de ce qu’on vit ici. Même si ils pensent le comprendre, ils ne le comprennent pas ! Ils ont toujours vécu dans des grosses villes... Lorsque la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault est venue nous rencontrer à Issoire, elle nous avait proposé des vélos électriques … Elle veut qu’on fasse une heure de vélo électrique le matin et le soir ? Ils sont déconnectés de la réalité !”

Mais pour Loïc, il y a aussi quelques motifs de satisfaction. “Ça a montré qu’on pouvait se mobiliser, qu’on pouvait sortir dans la rue. Et même si je n’y suis plus, à Brioude, depuis un an, il y a toujours eu du monde sur les ronds-points.” 

L'idée de base, je suis toujours 100 % avec

Ancien porte-parole de son groupe, Loïc a essuyé des critiques. “Il y a ceux qui disent qu’on n’est pas allés assez loin … et d’autres qui nous disent qu'on est allés trop loin.” Pour lui, l’essence du mouvement s’est un peu perdue sur la durée : “Le gilet jaune est devenu un mot un peu fourre-tout … Il y a eu des dérives, une liste électorale "gilets jaunes" aux européennes .. Ces gilets jaunes là, je ne me sens pas en accord avec eux… Mais l’idée de base, je suis toujours 100 % avec.”

Pour l’anniversaire du mouvement samedi 16 novembre, il sera donc à nouveau en jaune : “Les gens sont restés sur leur faim. Ils me demandent souvent où ça en est … ce qu’on fait. Personne n’a été satisfait des annonces. Demain, je vais ressortir pour montrer qu’on est encore là et qu’on est toujours mobilisés, qu’on n’a pas eu ce qu’on voulait.”

Gérer le travail, les gilets jaunes et la vie de couple, ça reste compliqué

Tony était lui aussi parmi les gilets jaunes les plus actifs de Brioude. Aujourd’hui, il a arrêté. “Je suis toujours d’accord avec les raisons qui m’ont fait sortir sur le rond-point" précise-t-il, "mais aujourd'hui, je n'y vais plus.”

Il y a pourtant passé plus de six mois, mais au bout d’un moment, il a fallu faire des choix. “Gérer le travail, les gilets jaunes et la vie de couple, ça reste compliqué. Ça prend tout le temps ! Ceux qui tiennent encore, ce sont souvent les retraités … ceux qui ont du temps.”

On n’est pas écouté en haut

Qu’a-t-il gagné à se mobiliser ? Pas grand chose, à l’entendre. “Ça me laisse un sentiment d’injustice, on n’est pas écouté en haut. Ils s’en foutent. On voit bien … à la base, tout le monde est sorti pour la taxe sur le gasoil, mais c’est pas pour autant qu’il n’a pas augmenté … Il est aussi cher que l'année dernière !” 

Seul bénéfice pour Tony : “Ça a permis de rencontrer de gens, ça a renforcé les citoyens entre eux. Il y a une partie des gens qui sont plus solidaire qu’avant. Les gens se disent bonjour, on fait des repas.”

Ce week-end, il n’ira pas manifester car il travaille. Mais aussi parce qu’il ne croit plus trop à la mobilisation locale : “Elle ne sert plus à rien pour moi … Il n’y a que quand il y a du monde à Paris que ça fait bouger les choses !” Une manifestation à Paris, ce serait d’ailleurs l’une des seules choses qui pourraient encore lui faire ressortir le gilet jaune. Il continue aussi à se mobiliser sur les réseaux sociaux.

Quant à la suite, il reste dubitatif. “Pour les un an, les gens vont ressortir, mais je pense que ça ne repartira pas …Ou alors il faudrait qu’il y ait un élément déclencheur comme la taxe sur le gasoil. Là, il y aurait peut-être un renouveau.”

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