Agression à la sortie d'une discothèque suisse : quatre condamnations et une relaxe

Le palais de justice de Thonon-les-Bains en Haute-Savoie. (Illustration) / © Grégory YETCHMENIZA / MAXPPP
Le palais de justice de Thonon-les-Bains en Haute-Savoie. (Illustration) / © Grégory YETCHMENIZA / MAXPPP

Le tribunal correctionnel de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) a condamné mercredi soir quatre hommes à des peines allant de quatre à huit ans d'emprisonnement pour l'agression de cinq jeunes femmes à la sortie d'une boîte de nuit à Genève.

Par MF avec AFP

A l'issue des 3h30 de délibéré, un cinquième prévenu a été relaxé dans cette affaire qui avait fait grand bruit en Suisse en 2018.

Pour les quatre condamnés, tous Français, le tribunal a écarté la circonstance aggravante des violences avec arme, considérant qu'il n'y avait "pas suffisamment d'éléments qui permettaient d'établir avec certitude qu'une arme avait été utilisée" cette nuit là.

Ahmed Yarzout, 22 ans, a été condamné à huit ans d'emprisonnement avec maintien en détention, Aboubacar N'Diaye, 22 ans, à cinq ans d'emprisonnement, également avec maintien en détention. Quatre ans d'emprisonnement ont été prononcés contre Nadir Naïm, 24 ans, avec maintien en détention. Enfin, Allan Parnot, 22 ans, a été condamné à quatre ans d'emprisonnement, sans mandat de dépôt.

Le tribunal s'est montré plus clément que le ministère public, qui avait réclamé de cinq à treize ans de prison.
 


Indignée par la lourdeur des réquisitions, la défense avait plaidé la relaxe, en mettant en avant le manque de preuves contre les cinq accusés.

"Quelle audience !", a résumé Me Julien Charle : 23 heures de débats en deux jours. Des tensions. Et des lectures très différentes de l'affaire à l'issue des débats, des plaidoiries et du réquisitoire.

"C'est un dossier de témoignages", a lui même reconnu le procureur Etienne Moreau, dans un réquisitoire express d'une trentaine de minutes.

"On peut d'ailleurs se poser la question de savoir si l'on saura exactement ce qu'il s'est passé. Ce que l'on connaîtra (à l'issue de l'audience), c'est la vérité judiciaire", a-t-il admis.
 

Déchaînement de violences

Le 8 août 2018, vers 05h00 du matin, une altercation survenait à la sortie de l'établissement de nuit Le Petit Palace à Genève, alors que celui-ci venait de fermer.
 


Au départ : les insultes d'un homme envers une femme, traitée de "grosse". Répondant par d'autres insultes, elle recevait en retour, coups de pied et de poing, au ventre et dans la tête. 

L'individu était rejoint par quatre autres hommes, alors que quatre autres femmes assistant à la scène intervenaient en défense de la jeune femme.

L'une d'elles, jetée au sol et rouée de coups, a dû subir une opération du cerveau en urgence, son pronostic vital étant alors engagé.

Pour le procureur, "le résultat des violences n'est pas contesté". "Il n'est pas contestable", a-t-il dit à l'appui de sa demande de lourdes peines.

Pour les parties civiles, Me Saskia Ditisheim a dénoncé "le déferlement de violences sexistes" lors de cette fin de nuit d'été.

"Ce ne sont pas seulement les témoins qui ont été sidérés. Tout Genève a été sidéré !", a-t-elle relevé, en référence à l'important écho médiatique rencontré par l'affaire.

Le déchaînement de violences a été "bestial", "inouï", abonde son confrère Robert Assael.
               

Quelles preuves ?

Du côté de la défense, Me Fadila Tabani-Surmont a souligné "l'outrance" du réquisitoire. Me Leïla Benamor son "manque d'honnêteté intellectuelle".

"Aucune enquête, aucune peine ne peuvent être fondées uniquement sur des déclarations. Elles ne peuvent permettre de caractériser une infraction", a relevé Me Laurent Bizien, en relevant de surcroît que "les témoignages ne sont pas concordants".

"On ne peut pas jouer avec la liberté d'un homme !", a lancé Me Julien Charle, avant d'enfoncer le clou : "il faut des preuves pour condamner quelqu'un". "Satisfaire le tout-Genève, parce que tout Genève en a parlé, ça n'est pas la loi et ça n'est certainement pas la justice".

Juste avant le départ du tribunal en délibéré, Me Laurent Pascal avait dénoncé la "présomption de culpabilité" pesant sur les mis en cause dès le départ de l'affaire. "Il y a eu une scénarisation de ce dossier bien avant la saisie de votre juridiction", à-t-il lancé à l'adresse du tribunal, du fait, considère-t-il, d'articles à charge dans la presse suisse.


 

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