Bande-dessinée. Adolescence, dépression, femmes : les formidables bulles de vie de Mademoiselle Caroline

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Écrit par Yannick Kusy (@yannkusy) Propos recueillis par Alain Fauritte
Mademoiselle Caroline aborde tous les sujets, même un peu tabou, dans ses bd... Sa bonne humeur cache parfois de grands moments de doute.
Mademoiselle Caroline aborde tous les sujets, même un peu tabou, dans ses bd... Sa bonne humeur cache parfois de grands moments de doute. © France 3

Mademoiselle Caroline parle de tout sans tabou. Cette autrice de bande-dessinée, installée en Haute-Savoie, publie régulièrement des bande-dessinées pleines d'humour, de fatalisme, et qui bousculent un peu. Elle est venue esquisser son portrait dans "Vous êtes formidables" sur France 3.

Ne dit-on pas que l’humour est la politesse du désespoir ? Mademoiselle Caroline le sait parfaitement. Cette autrice, illustratrice, blogueuse -et surtout blagueuse- s’empare avec dérision de sujets difficiles, voire tabou pour en faire des prétextes à rire. Elle vient d’ailleurs de publier une bande-dessinée intitulée « chute libre » dans laquelle elle relate ses épisodes dépressifs.

Mes parents ne considéraient pas les arts graphiques comme un vrai métier

Elle a quitté Paris pour un village. « C’est beau hein ? C’est Manigod », confirme-t-elle. Une belle commune de Haute-Savoie, dans la partie sud-est du massif des Aravis, dans la vallée portant le nom du village. Le village est bâti sur la rive droite du cours supérieur du Fier qui prend source au mont Charvin. Ses parents y ont acheté un chalet en 1986. « J’y venais en vacances depuis mes 11 ans. A une époque où on avait des vrais grandes vacances, qui duraient un mois entier, été comme hiver. C’est là que j’étais bien. Et ensuite, quand je retournais à mes chères études, c’était horrible… », se souvient-elle. « J’étais contente, à l’époque, de toutes les galères qu’on a rencontrées en s’installant là-bas. La neige, les pneus-neige… » ajoute notre interlocutrice. Des souvenirs de vacances si positifs qu’elle reviendra y vivre, une fois adulte.

Mademoiselle Caroline a , très tôt, su ce qu’elle voulait faire de sa vie. Dès son enfance, ses parents ont accepté le deal. Elle pouvait faire ce que sa passion lui dictait, c’est-à-dire le dessin… à condition de passer un bac B. « Je crois qu’ils se sont un peu faits avoir » s’amuse-t-elle. « Je pense qu’ils ne s’imaginaient pas que j’y arriverai. J’étais nulle en maths et en économie. Eux ne considéraient pas les arts graphiques comme un vrai métier. »

Aujourd’hui pourtant, elle a démontré qu’elle parvient à en vivre « malgré les rémunérations des auteurs », ironise-t-elle, au passage. Très tôt, elle découvre le dessin notamment grâce à Jacques Faizant, dessinateur incontournable du Figaro. « J’ai beaucoup regardé ses dessins parce qu’on avait trois petits livres chez nous… dans les toilettes » s’amuse-t-elle « Toute petite, je les lisais beaucoup, donc cela a un peu déteint… D’ailleurs, ma grand-mère ressemblait beaucoup à une vieille dame dessinée par Jacques Faizant ! ».

Quitter Paris... pour la Haute-Savoie

Une inspiration qui n’a pas suffi. Elle intègre ensuite une école d’art privée choisie par ses parents. « Ils ont choisi une des plus dures, et aussi des plus chères » se remémore-t-elle. « C’était Penninghen à Paris et j’ai réussi mes cinq années. »

Passer elle-même, plus tard,  de la capitale à un village comme Manigod, qui ne compte que quelques centaines d’habitants a été une véritable aventure. Ce qu’elle raconte déjà dans un livre précédent « Quitter Paris »… « C’est un choc dans le sens où l’on ne peut rien faire sans que quelqu’un soit au courant, ou vous voit… Mais, en même temps, c’est très pratique. Tout le monde sait où sont vos enfants. Et puis, on se dit bonjour entre voisins » relativise-t-elle.

Pour créer ses illustrations de ses bd, Mademoiselle Caroline, qui en conçoit également souvent les scénarios, a une technique bien à elle. Elle dessine d’abord les bulles, puis les personnages. Elle n’aime pas faire de story-board. « Je fais d’abord les bulles pour savoir où je vais, combien de cases il va falloir etc… Et je dessine, tout de suite après », explique l’autrice. Voilà pour la technique.

Pour les histoires,  elle s’inspire tout simplement de sa vie. « Au moins, comme ça,  je sais de quoi je parle. Je ne peux pas me tromper » affirme-t-elle. Elle se focalise sur ce qui cloche. « Ce qui roule bien est peu intéressant. C’est comme Instagram où tout est beau. Moi, cela ne m’intéresse pas. Je préfère voir ce qu’il y a derrière. Vous pouvez m’imaginer super heureuse, dynamique et joyeuse, alors qu’en fait, derrière, c’est le bordel » s’amuse-t-elle.

L'adolescence de sa fille, les règles...

Par exemple, « adoleschiante », qui évoque les enfants qui se transforment en enfer lorsqu’ils atteignent un certain âge. « Je suis un peu en plein dedans. J’ai une fille charmante, qui était une petite fille géniale, sublime qui me jurait qu’elle m’aimerait toujours. Et, aujourd’hui, si elle pouvait me cracher à la gueule, elle le ferait sans hésiter ! », exagère-t-elle. « Mais on s’aime toujours ! Elle est gentille quand-même. Mais elle a aussi cette façon de lever les yeux au ciel… »

Autre exemple de parution « Du brouillard dans la tête », un petit livre qui permet d’expliquer la dépression aux enfants. Et puis, son dernier livre, publié chez Flammarion Jeunesse, aborde avec pédagogie un sujet encore tabou : « Tout sur les règles », dont une sage-femme, Anna Roy, est co-autrice. « C’est le point de départ idéal pour une discussion sur ce sujet dans la famille. A faire lire au petit frère –ou au grand-frère- pour qu’il arrête d’embêter sa sœur, et qu’il comprenne. Vous pouvez aussi l’offrir si vous ne voulez pas en parler avec votre fille, par exemple. »

Mademoiselle Caroline n’hésite pas, également, à profiter de rencontres pour partager les expériences. Pour« le journal de Célia », elle raconte ce que lui a appris une infirmière : « En fait… tout simplement la réalité du Covid. Ce sujet me passionnait depuis le début de l’épidémie. Un de mes films de prédilection étant « Contagion » de Steven Soderbergh. Cette infirmière m’a expliqué ce qu’elle vivait, dans les détails. »

Et, malgré la difficulté du thème, Mademoiselle Caroline parvient à faire sourire ses lecteurs. « Dans ce qui est dépression, je recours à la dérision. J’arrivais à me moquer de moi-même alors j’avais envie de me pendre. Il faut bien continuer, quoi…», ironise-t-elle.

Je voulais accoucher pour voir la douleur de l’accouchement, dont on me disait qu’elle était terrible… Et elle l’est

Elle parle cash des choses de sa vie, Mademoiselle Caroline. Surtout pour raconter la sienne. « Je voulais faire deux choses avant de mourir. Je voulais accoucher pour voir la douleur de l’accouchement, dont on me disait qu’elle était terrible… Et elle l’est. Et je voulais voir l’Everest de mes yeux. Et je l’ai fait. Je suis allée au camp de base de l’Everest pour mes 40 ans. »

Mademoiselle Caroline reçoit énormément de réactions à ses albums, dont elle sait parfaitement qu’ils sont sujet à débat. « Récemment, au sujet de mon livre sur les règles, des tonnes de maman m’ont écrit » confirme la dessinatrice. Elle joue un peu un rôle de porte-parole, pour beaucoup de ses lecteurs et lectrices. « Je pars toujours du principe que, si les choses m’arrivent à moi, elles arrivent à d’autres. Et donc, on a quelque chose à partager. Dans ce sens-là, oui, je suis une passeuse. »

durée de la vidéo : 38sec
Mademoiselle Caroline réagit à son portrait ©France 3

Jamais en panne d’inspiration, Mademoiselle Caroline prépare actuellement une nouvelle bande-dessinée sur le thème de « l’année zéro », celle qui suit un accouchement. Puis une autre… sur le rugby, autre grande passion de l’autrice, qu’elle a beaucoup pratiquée. A découvrir très vite.

REPLAY : Voir ou revoir "Vous êtes formidables" avec Mademoiselle Caroline    

 

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