"C'est lui ou nous" : contre les attaques de loup, des éleveurs manifestent à Annecy avec leurs troupeaux

Publié le Mis à jour le
Écrit par MF
Eleveurs bovins et ovins étaient unis pour demander des moyens de régulation
Eleveurs bovins et ovins étaient unis pour demander des moyens de régulation © M.Feutry / France 3 Alpes

Dans le cadre d'une journée de mobilisation nationale, 150 éleveurs ont manifesté ce vendredi devant la préfecture de la Haute-Savoie pour protester contre le loup. Face à la multiplication des attaques sur leurs troupeaux, ils demandent des moyens de régulation.

Il est venu manifester avec ses trois cent brebis. Cyrille Chevallier, éleveur à Saint-Martin Bellevue (Haute-Savoie), a parqué ses bêtes sur le Pâquier, en plein cœur d’Annecy, le temps du rassemblement organisé ce vendredi matin par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs des Savoie.
 


« On essaie de sensibiliser la population de la ville », explique l’éleveur. Comme plusieurs de ses confrères qui manifestent aujourd'hui, il a perdu des bêtes cet été suite à des attaques de loup, alors que son troupeau se trouvait en alpage sur la Tournette. Bilan : « 50 victimes en 4 fois », se désole Cyrille Chevallier.
 



Eleveur et maire de Mieussy dans la vallée du Giffre (Haute-Savoie), Régis Forestier a vu le loup apparaître il y a près de 15 ans dans le massif de Haute-Pointe où est situé son alpage. Ces dernières années, les attaques se sont multipliées. 40 brebis tuées en 2020, 7 en 2021. 

Pourtant, il estime avoir tout tenté pour protéger son troupeau de 200 brebis. « On a trois patous. On a mis des filets en haute altitude, on a allumé des phares la nuit, on a mis des postes de radio sous la falaise pour diffuser de la musique pour lui faire comprendre qu’il y avait une présence humaine. On a passé toutes les nuits dehors cet été. Mais maintenant il nous attaque le jour maintenant pendant qu’on mange ! On peut faire tout ce qu’on veut il est toujours plus malin que nous », conclut Régis Forestier.

L'éleveur s'interroge sur l'avenir de son métier. « Est-ce qu’on ose encore retourner en alpage ? Aujourd’hui on se pose la question. On est la 7e génération qui va en alpage, on a toujours eu des moutons et on ne sait pas si on peut perdurer. On est avant tout des éleveurs et voir des brebis agoniser, ce n’est plus notre métier. Un loup par-ci, par-là, ça passe encore, après stop. C’est nous ou lui. Sinon les alpages vont se vider rapidement ».

 


Dans les rangs des manifestants, on trouve également des éleveurs bovins. « Nous aussi nous sommes concernés par le problème du loup », explique Kévin Bouille, à la tête d’une exploitation de 95 vaches laitières près de Frangy. « Il y a 3 semaines, il y a un bovin de 2 ans s’est fait attaquer par un loup et qui est mort près de chez moi. Maintenant on voit que les loups s’attaquent aux génisses qui font 700 kilos. Et pas seulement en montagne. En plaine aussi ».

« Le loup n’attaque pas uniquement pour tuer », ajoute Arnaud Missillier, éleveur bovin au Grand-Bornand. « Il essaie de attraper les bovins, qui se retrouvent à partir dans les bois. Il faut ensuite les rattraper, les calmer. Le stress que ça provoque chez les bovins engendre des problèmes de production et de gestion de troupeaux ».

 


Face à la multiplication des attaques sur les troupeaux, les manifestants considèrent que les moyens de défense autorisés sont insuffisants. Guillaume Mollard, représentant des Jeunes Agriculteurs en charge du dossier montagne et prédation, plaide pour « une brigade loup en plus grand nombre et des louvetiers formés qui vont dans les territoires où il y a une forte prédation ». « Il faudrait aussi que les éleveurs qui ont le permis de chasse et la formation loup puissent avoir des moyens physiques, fusil et caméra thermique, pour être plus efficace et réguler les loups qui posent problème ».

Le syndicat demande également de revoir les modalités de comptage de la population de loup. « On souhaite un comptage qui soit neutre. L’office national de la biodiversité compte aujourd’hui 600 loups alors qu’il y en a le double. Au lendemain d’une attaque, les animaux qui ne sont pas retrouvés ne sont pas comptés comme étant victimes du loup, alors qu’on sait que c’est parfois difficile de retrouver un agneau ou une brebis prédatée dans 3000 hectares de montagne ».

« On veut un objectif zéro attaque », résume Guillaume Mollard. « Pour l'instant, on en est loin. On compte déjà 12 000 attaques en France cette année. »
 

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