Gazage de pigeons : "Certaines villes utilisent des méthodes cruelles", Aix-les-Bains et Annecy épinglées par l'enquête d'une association de défense des animaux

Aix-les-Bains et Annecy sont dans le viseur de Paris Animaux Zoopolis (PAZ). L'association de défense des animaux dénoncent des campagnes de gazage de pigeons commanditées par ces villes.

Le pigeon, est souvent la hantise des municipalités. Ce "fléau à plumes" est à l'origine de multiples nuisances difficiles à vivre pour les riverains. Sur les trottoirs ou dans les combles, les municipalités tentent de réguler leur population. Mais, dans une récente enquête, l'association Paris Animaux Zoopolis remet en cause ces pratiques. Dans leur collimateur : le gazage des pigeons pratiqué par de nombreuses villes d'Auvergne-Rhône-Alpes.

7 villes de la région dans le viseur

Dans leur enquête, les membres de l'association révèlent des images choquantes de maltraitance de pigeons réalisée à Asnières-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine. "Certaines villes utilisent des méthodes cruelles et létales payées par l'argent public. Ces pratiques sont réalisées à l'abri des regards et c'est inadmissible", s'insurge Amandine Sanvisens, co-fondatrice de PAZ.

Pendant plus d'un an, l'association PAZ a enquêté sur les méthodes utilisées par les municipalités pour réduire les populations de pigeons. A partir de documents administratifs collectés auprès des institutions, l'association a établi un état des lieux de la gestion des pigeons des villes de France. En Auvergne-Rhône-Alpes, les villes d'Annecy, Aix-les-Bains, Villeurbanne, Aurillac, Bourg-en-Bresse, Crest et Moulins sont pointées du doigt.

Plusieurs communes comme Grenoble, Roanne ou encore Vienne ont refusé de communiquer sur leurs méthodes de gestion de ces animaux liminaires. L'association a saisi le tribunal Administratif de Grenoble face au refus de la municipalité d'Eric Piolle.

"On est scandalisé, car l'accès au document administratif est un droit en France. Et malgré l'autorisation de la CADA (Commission d'accès aux documents administratifs), Grenoble ne nous a rien fourni. Pourquoi cette opacité ? On se dit que ces villes ont quelque chose à cacher !" ajoute Amandine Sanvisens.

Contactée, la Ville de Grenoble assure ne pas pratiquer de gazage des pigeons. Aucun document n'a été transmis à l'association PAZ en raison de l'absence de ces méthodes. Par ailleurs, la municipalité indique sensibiliser ses administrés aux gestes à adopter.

Aix-les-Bains nie avoir pratiqué du gazage

Parmi les pratiques ciblées, l'association Paris Animaux Zoopolis dénonce le gazage des pigeons. Cette opération consiste à capturer les oiseaux dans des cages installées sur les toits ou dans des filets en les appâtant avec du grain et du maïs. Du CO2 est ensuite injecté pour euthanasier les pigeons.

Dans son enquête, la PAZ révèle que la ville d'Aix-les-Bains a employé une société pratiquant le gazage et l'effarouchement - technique consistant à effrayer les pigeons par le biais de rapaces - à plusieurs reprises ces dernières années. Gilles Mocellin, directeur général des services de la commune, assure ne pas avoir connaissance du détail des prestations précédemment réalisées.

"Je sais qu'il y a eu un certain nombre de captures. J'ai essayé de savoir ce qui arrivait à ces pigeons, mais la société ne nous a pas vraiment répondu. Ils ont laissé entendre qu'ils étaient relâchés loin des villes" explique Gilles Mocellin.

Le directeur général des services assure que la "dépigeonnisation" est nécessaire en raison des problèmes liés à la surpopulation. Les fientes de pigeons seraient très corrosives pour les façades des bâtiments notamment pour les façades calcaires. A cela s'ajoute, les problèmes liés au tourisme en haute saison : "Dès que les gens sont installés en terrasse, les pigeons rappliquent pour récupérer de la nourriture. Ce n'est pas l'idéal pour une ville thermale comme la nôtre", poursuit le directeur général des services d'Aix-les-Bains.

Jusqu'à 30 000 € de dépenses par an à Annecy

A quelques kilomètres d'Aix-les-Bains, la Ville d'Annecy a également employé chaque année une société extérieure pour "dépigeonniser" ses rues. Selon les documents collectés par l'association Paris Animaux Zoopolis, le contrat conclu entre la commune et le prestataire serait compris entre 10 000 et 30 000 euros hors taxe par an.

Selon la PAZ, une quinzaine de sites de capture étaient aménagés dans la commune avec des cages ou des filets projetés lors des opérations. La municipalité reconnaît avoir eu recours à ces pratiques une fois par an mais y avoir mis fin en octobre 2022. "On a procédé à la capture et l'abattage de pigeons pour réguler la population, car ils sont à l'origine de nombreuses nuisances. Aujourd'hui, on se rend compte que ces méthodes de gazage sont dépassées et que nous devons modifier nos comportements", indique la Ville d'Annecy.

Un groupe de réflexion autour des questions du bien-être animal a été créé en 2022 pour adapter les pratiques de la ville. Le service d'hygiène d'Annecy indique étudier des alternatives pour limiter la prolifération de pigeons.

Des pratiques morales existent

Pour faire changer les comportements, l'association Paris Animaux Zoopolis Paris propose aux municipalités deux méthodes plus éthiques que le gazage ou l'effarouchement. Tout d'abord, la mise en plage d'un pigeonnier contraceptif pourrait permettre aux communes de limiter la population des ces animaux liminaires.

"Il faut placer les pigeonniers contraceptifs dans des endroits stratégiques. Une fois installé, il suffit de nourrir les animaux et d'entretenir les abris. Il ne restera plus qu'à secouer les œufs pour ne pas qu'ils éclosent et le remplacer par des œufs factices." explique Amandine Sanvisens, co-fondatrice de PAZ. 

Cette alternative, la mairie d'Aix-les-Bains assure vouloir choisir de l'exploiter. Un pigeonnier contraceptif a été commandé par la Ville et sera installé dans les plus brefs délais au niveau du square Alfred Boucher. Cette installation viendra remplacer les anciens dispositifs de dépigeonnisation.

La Ville de Grenoble affirme avoir déjà franchi le pas depuis 2018. 4 pigeonniers contraceptifs ont été mis en place dans la commune. Ils sont gérés par l'association Cosa Animalia.

L'utilisation de maïs contraceptif peut aussi s'avérer être une alternative plus morale. Cette céréale recouverte d'une molécule de nicarbazine permettrait de limiter la reproduction des pigeons grâce à son effet contraceptif.