"On ne démolit pas du patrimoine comme ça" : à Annecy, la destruction d'un couvent provoque la colère des élus

La mairie d'Annecy a fait savoir, vendredi 12 avril, que le couvent des Capucins va être démoli pour des raisons de sécurité, suite à une dégradation du bâtiment. Une décision incompréhensible pour plusieurs élus. Le terrain, appartenant depuis 2018 à un promoteur, est protégé par une clause de sauvegarde du patrimoine.

Un fragment du quartier et de son histoire disparaissent, au moins pour un temps. La mairie d'Annecy (Haute-Savoie) a été informée, qu'"une partie du bâtiment situé à l’arrière" de la chapelle des Capucins, actuellement en travaux, "s’est accidentellement effondrée", a-t-elle fait savoir par communiqué, le 12 avril.

"Constatant la fragilité des murs du reste de ce bâtiment", les responsables du chantier ont décidé "d'engager la démolition sans délai" du reste de l'édifice, "face au risque d'effondrement sur le chantier voisin". Seul le couvent sera détruit : la chapelle, elle, restera intacte.

Le bâtiment devrait être reconstruit

Situé rue du Cran, le site est bien connu des riverains pour avoir été le siège de la communauté des Capucins pendant de nombreuses années. "Ils habitaient là depuis le milieu du XIXe siècle, relate Denis Duperthuy, conseiller municipal de la commune et membre de l'opposition. Les habitants appréciaient beaucoup leur travail."

Pour sauver la propriété, la ville d'Annecy l'a achetée en 2014 auprès de la congrégation religieuse. Mais en 2018, le couvent et la chapelle sont cédés à un promoteur immobilier. Le contrat d'achat du terrain contient notamment une clause de sauvegarde du patrimoine. "Le promoteur pouvait acquérir les lieux, à condition de préserver les deux bâtiments. La destruction du couvent est une violation de ce contrat."

Plusieurs responsables politiques se sont dits "scandalisés" par la décision de la mairie. Dans son communiqué, daté du 12 avril, la ville d'Annecy affirme être "en lien avec le propriétaire afin que le bâtiment effondré soit reconstruit à l’identique". "La préservation du patrimoine de ce lieu étant une priorité, la Ville d’Annecy reste pleinement mobilisée sur le suivi de ce chantier", promet-elle. Contactée, la mairie n'a pas répondu à nos sollicitations dans le délai de publication de l'article.

Une "erreur de promoteur" ?

Selon Denis Duperthuy, "il y a dû y avoir une erreur de promoteur". "Si le chantier du couvent présentait des failles avant l'effondrement, il aurait dû être stoppé. Je ne comprends pas pourquoi le bâtiment qui tenait encore debout va être démoli : l'aile restante était encore en très bon état. Pour moi, ça pose un problème."

Même son de cloche du côté de Jean-Luc Rigaut, ancien maire d'Annecy. "Plusieurs riverains m'ont dit qu'ils avaient signalé à la mairie la chute d'une partie du bâtiment dès le mercredi 10 avril. Il n'y a pas eu de réaction immédiate. J'ai demandé à ce qu'une enquête interne soit menée pour déterminer si c'était accidentel ou non. On ne démolit pas du patrimoine comme ça."