Un plongeur de Haute-Savoie s'attaque à un saut record pour aider un jeune handicapé

Cyril Michel, habitant de Veyrier-du-Lac, réalise depuis trois ans des plongeons qu'il dédie à des enfants lourdement handicapés. Ce samedi, il va tenter de battre le record du monde du saut en haut-vol la tête la première, 36 mètres, en hommage à Victor, dans les Calanques, à Cassis. 

Cyril Michel et Victor, âgé de 5 ans.
Cyril Michel et Victor, âgé de 5 ans. © Cyril Michel
36 mètres. Samedi 19 septembre, Cyril Michel va réaliser un plongeon en salto avant dans la calanque d'En-Vau, accessible depuis Cassis (Bouches-du-Rhône), ce qui constituerait selon lui un record. Il effectuera ce saut avec une des stars du haut-vol, Lionel Franc, qui a dépassé les 70 sauts à plus de 30 mètres. Pour "Loulou des calanques", ce sera un saut de l'ange de la même hauteur.

Cyril Michel (45 ans), habitant à Veyrier-du-Lac, non loin d'Annecy (Haute-Savoie) tentera de plonger à 36 mètres la tête la première pour Victor, 5 ans, atteint du syndrome de Kabuki, une maladie qui le ralentit au niveau physique et cérébral. Cyril a décidé, il y a trois ans, d'aider de jeunes handicapés par des plongeons "médiatiques". Nello en 2018, avant de plonger pour Loly l'année suivante. Depuis septembre 2019, le Haut-Savoyard a décidé de consacrer ses sauts et son énergie à Victor. "Je choisis des enfants d'Annecy, qui ont un lourd handicap, et dont les parents ont besoin de moyens, se justifie-t-il. Par hasard, je me suis aperçu que Victor était le fils d'un ancien copain de classe de collège."

 

"Quelque chose que j'ai dans le sang"


Cyril n'est pas un novice du plongeon. Il a débuté à 9 ans, sur la plage de Menton-Saint-Bernard, sur un plongeoir flexible de 3 mètres. Durant son adolescence, les falaises du lac d'Annecy ont constitué son terrain de jeu. Des sauts pouvant aller jusqu'à 10 mètres maximum. Il a quitté le plongeon pour la boxe. Amateur d'abord, puis thaï comme professionnel, avant de de devenir professeur de boxe et d'ouvrir sa salle à Rumilly (Haute-Savoie).

Il s'est remis au plongeon, cette fois de haut-vol, il y a cinq ans. Il est alors âgé de 40 ans. "J'ai compris que c'était quelque chose que j'avais dans le sang." Depuis, il plonge été comme hiver en Haute-Savoie (falaise du roc de Chère), dans les Bouches-du-Rhône ou encore dans les Gorges du Verdon. 

 

Une peur de l'inconnu


Mais il n'a pas oublié son expérience de boxeur. Il voit des similitudes entre un combat et un plongeon de haut-vol. "Je compare ce saut au moment où je suis sur un ring de boxe. J'ai la même peur en haut de la falaise que quand on vous amène au coin d'un ring. C'est une peur gigantesque." Nuance : "Mais à la différence d'un combat de boxe, on ne peut pas abandonner en plongeon, on n'a pas le droit de jeter l'éponge", avoue celui qui a jusqu'à présent sauté jusqu'à 33 mètres. "36 mètres, c'est l'inconnu, il y a une peur de l'inconnu."

Et une peur du vide et du drame. "On a conscience du danger." Samedi, des médecins urgentistes et des pompiers plongeurs seront présents durant les sauts de Cyril Michel et de Lionel Franc. "Si j'effectue mal mon saut, je peux me retrouver au pire au ciel, au mieux sur une chaise roulante", lâche t-il, à la veille de ce défi.

 

Rendre ce saut utile


Cyril est prêt. D'abord parce qu'il a fait beaucoup de plongeons depuis un an, jusqu'à 31,5 mètres la semaine dernière. Et puis parce qu'il veut ramener des fonds pour Victor. "Il faut choquer les gens pour sensibiliser" à cette cause du handicap. Cette volonté d'aider ces enfants lui est venue, selon lui, de sa mère qui lui relatait les actions de l'Abbé Simon, qui, il y a une centaine d'années, réalisait des plongeons pour renflouer les caisses de l'Eglise. "Oui, c'est une tentative de record et un plaisir personnel. Mais je veux rendre ce saut utile", avoue celui qui a lâché sa salle de boxe il y a deux ans pour se lancer dans de la para-hotellerie, de l'hotellerie simplifiée, à Veyrier-du-Lac.
 

Il a lancé une cagnotte de financement participatif début septembre 2019 pour Victor. Le confinement, lié à la pandémie de coronavirus, est passé par là. Et les parents, d'habitude très actifs - ils ont l'habitude d'organiser des tournois de foot ou de pétanque pour récolter des fonds pour leur fils -, n'ont pu récolter autant d'argent que prévu (environ 30 000 euros par an) pour aider leur enfant à diminuer son handicap. Une semaine avec des stages et des formations de motricité dans des pays d'Europe comme l'Espagne est onéreuse - plusieurs dizaines de milliers d'euros. 

La cagnotte, lancée par Cyril, s'élève ce vendredi à plus de 3 300 euros. Il espère que le saut dans les calanques va changer la donne et que la médiatisation du record peut pousser des personnes à s'impliquer pour cette cause. "Il y a deux extrêmes aujourd'hui : les gens qui regardent et qui ne feront rien, c'est du voyeurisme. Et il y a ceux qui cherchent à aider financièrement. Je vois beaucoup plus d'entraide en cette période. Sauvons notre petit Victor pour le lancer au mieux dans sa vie !"
 
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
sport handicap société