Haute-Savoie : froid et pluie, les abeilles en paient le prix, les apiculteurs réclament l'état de calamité agricole

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Écrit par I.G avec Marion Feutry
A l'intérieur des ruches, quelques jours avant la récolte, les alvéoles sont désespérément vides
A l'intérieur des ruches, quelques jours avant la récolte, les alvéoles sont désespérément vides © France 3 Alpes

C'est une année calamiteuse pour les abeilles qui paient le prix fort de la météo, trop pluvieuse et froide. Il n'y a pas eu de miel à la récolte du printemps, et celle de l'été sera peu ou prou du même acabit. Le syndicat des apiculteurs demande des aides et le classement en calamité agricole.

A quelques jours de la récolte d'été, les apiculteurs savent déjà qu'il n'y aura guère de miel, comme au printemps dernier. Il suffit d'ouvrir les ruchers et de constater le nombre d'alvéoles désespérément vides. Pluie et froid prolongés dans le temps, le cocktail est terrible de conséquences pour les abeilles qui ne butinent plus et ne produisent plus.

Chez Pierre-Tomas Bouil, à Saint-Sigismond (Haute-Savoie) à 1000 mètres d'altitude, la récolte doit avoir lieu la semaine prochaine. D'habitude il recueille entre 200 et 300 kg de miel par an avec ses vingt ruches mais cette année, il s'attend à ce que ce soit cinq fois moins... et encore.

"A cette époque-là, elles devraient être à près de 70 % pleine de miel, se désole l'apiculteur. Là, il n'y a rien. A peine 20%, tout juste, de miel qu'elles ont péniblement fabriqué en juillet." La raison ? Le mauvais temps qui a duré, et a empêché les abeilles d'aller chercher suffisamment de nectar, au coeur de fleurs totalement saturées d'eau au point que la récolte de printemps a été réduite à néant.

La Haute-Savoie compte 1 500 apiculteurs dont 60 professionnels qui en vivent. C'est pour eux que le syndicat tire la sonnette d'alarme, demandant des aides d'urgence au Conseil départemental et le classement du département en état de calamité agricole.

Gel, froid et sécheresse de printemps ont été néfastes pour les abeilles et la petite quantité de miel produite a été vite consommée. Certains apiculteurs ont nourri leurs colonies de sirop pour éviter la disette et tenter de sauver la saison.

"La situation est générale, assure Pierre Tomas Bouil, par ailleurs président du Syndicat des apiculteurs de Haute-Savoie. On a lancé un sondage et les résultats de notre enquête sont sans appel. Tous nos apiculteurs sont dans la même situation, une météo très mauvaise au moment des miellées. Le problème, c'est que les miellées passent mais ne repassent pas, les fleurs s'épanouissent, elles grandissent, il faut attendre l'année suivante pour qu'elle refleurissent."

Et il poursuit : "En outre, en Haute-Savoie, nous avons un délai très très court. Au printemps, leurs fleurs nourrissent d'abord les abeilles des colonies, en mars-avril elles permettent de développer le couvain, et ensuite elles produisent".

"Au moment de la floraison du tilleul par exemple, il y a eu 15 jours de très mauvais temps, complète l'apiculteur. Je n'ai cette année aucune production de miel de tilleul. Du coup, le châtaignier c'est pareil, il n'y a eu qu'un jour ou deux de beaux. Il a fleuri dans le mauvais temps et tout est comme ça, et c'est général à tout le département."

 

Une très mauvaise année... exceptionnelle 

Si l'apiculture est parfois un peu aléatoire, cette année est particulièrement catastrophique, et à ce titre exceptionnelle. "J'ai beaucoup de collègues qui m'ont téléphoné, qui ont 50 ans d'expérience dans le métier et qui me disent qu'ils n'avaient encore jamais vu ça", témoigne Pierre Tomas Bouil. "On a eu déjà des années mauvaises, mais comme celle-là, jamais. C'est la première fois."

Certains n'ont même pas un kilo de miel à rentrer cette année. L'apiculteur, qui n'en vit pas, s'inquiète surtout pour la filière. Au titre de président du syndicat, "j'ai interpellé les syndicats au niveau national. Je redoute que certains producteurs doivent cesser leur activité et se reconvertir, qu'ils se découragent et perdent leurs colonies".

Une demande de classement en calamité agricole est en cours. Tous espèrent qu'elle aboutira, permettant de bénéficier d'aides financières. Une certitude : la production totale est en baisse de 80, voire 90%.

 

 

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