"Il y a peu de chances que le coronavirus ne rentre pas" : le combat des Ehpad de Haute-Savoie contre le Covid-19

En Haute-Savoie, département durement touché par l'épidémie de coronavirus, certains Ehpad craignent d'être submergés par la crise sanitaire. Ils mènent un véritable "combat quotidien pour rester à flot".
Des mesures de confinement ont été prises dans certains Ehpad face à la crise sanitaire du coronavirus. Photo d'illustration.
Des mesures de confinement ont été prises dans certains Ehpad face à la crise sanitaire du coronavirus. Photo d'illustration. © Loic VENANCE / AFP
C'est un appel à l'aide lancé en pleine crise sanitaire. En Haute-Savoie, l'un des premiers foyers du coronavirus, certains établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) peinent à affronter la pandémie. Entre manque d'équipement et de personnel, ils ont le sentiment d'être "les grands oubliés de la crise sanitaire", alerte Eric Lacoudre, directeur de plusieurs établissements dans le département.

D'abord à Sillingy, à deux pas du cluster de La Balme-de-Sillingy, puis à Cervens, dans le Chablais, deux Ehpad ont été durement touchés par le Covid-19, causant plus d'une dizaine de morts à ce jour. "Dès qu'un cas est confirmé, on sait malheureusement, par expérience, qu'il y aura entre quatre et cinq décès par semaine", estime le gérant des deux établissements. Quatre semaines après l'identification du premier malade, le virus continue de gagner du terrain et de faire des victimes au Bosquet de la Mandallaz à Sillingy. Eric Lacoudre est, pour l'heure, le seul directeur d'Ehpad de Haute-Savoie à avoir annoncé des morts dans ses établissements.

Ailleurs, le nombre de cas grimpe régulièrement. C'est le cas dans les Ehpad gérés par le Grand Annecy où l'on comptait deux résidents infectés par le Covid-19 au vendredi 27 mars contre cinq la semaine suivante, dont l'un a dû être hospitalisé. "Nous n'avons pas encore trop de malades et aucun décès à déplorer", tempère Marie-Luce Perdrix, vice présidente du Grand Annecy en charge des personnes âgées, se disant "quand même inquiète" de l'évolution de la situation.

 

Recensement encore partiel


En Ehpad, seuls les deux premiers résidents présentant des symptômes du coronavirus sont dépistés. Les décès survenant par la suite sont "assimilés" à la maladie. L'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a communiqué les premiers chiffres de la mortalité en Ehpad mercredi 1er avril, faisant état de 93 décès dans la région dont six en Haute-Savoie.

Des données "très évolutives", reconnaît l'ARS. Car chaque établissement doit se rendre sur la plateforme de signalements gérée par Santé publique France pour faire part du nombre de cas de Covid-19 et des décès recensés en son sein. Mercredi, 236 Ehpad sur les 950 que compte la région ont fait un signalement sur cette plateforme.
 
Le nombre officiel de décès en maisons de retraites depuis le début de l'épidémie n'est pas connu au niveau national. Le spectre de 100 000 morts dans les Ehpad est redouté par les directeurs d'établissements qui ont lancé un appel à l'aide au ministère de la Santé.

 

"Combat quotidien pour rester à flot"


"Il y a peu de chances que le coronavirus ne rentre pas dans les Ehpad", craint aujourd'hui Eric Lacoudre, expliquant que la maladie est souvent propagée par le personnel, malgré le respect des gestes barrière. "La problématique est la même dans toute la Haute-Savoie : au début de l'épidémie, nous n'avions pas de masque en l'absence de cas avéré, donc le virus circule", affirme-t-il. Une pénurie pointée du doigt, notamment par le milieu hispitalier, ayant incité le gouvernement à commander un milliard de masques.

Il s'agit surtout de "retarder l'entrée du virus", reconnaît Isabelle Croset, directrice générale du centre intercommunal d'action sociale (CIAS) du Grand Annecy. Mais "la situation globale reste sereine, les équipes sont prêtes" dans les huit Ehpad administrés par l'agglomération, assure-t-elle. Ces établissements ont eu l'opportunité de vivre sur "le stock de masques chirurgicaux accumulé pour faire face à l'épidémie de grippe saisonnière". Depuis, des distributions nationales ont été mises en place dans tous les Ehpad mais là encore, s'organiser n'est pas chose aisée.
 

"On a maintenant une visibilité sur quinze jours et on est satisfaits parce qu'avant, c'était deux jours", avance pour sa part Stéphane Richard, directeur de l'Ehpad de la Fondation du Parmelan à Annecy, comptant 185 résidents parmi lesquels un cas confirmé de Covid-19.


Réunir le personnel nécessaire, "assurer le stock" de surblouses, trouver des solutions quand le matériel vient à manquer, "former et informer" les soignants... "Dès qu'il y a un problème logistique on doit le gérer, sinon tout tombe à l'eau", résume Stéphane Richard.

Malgré une situation qui s'améliore, Eric Lacoudre affirme se livrer à un "combat quotidien pour rester à flot". "On sollicite un professeur de Chambéry qui fabrique du gel hydroalcoolique avec ses élèves, ensuite c'est l'armée qui nous livre des masques au compte-goutte...", explique-t-il, se disant "à genoux au bout de quelques jours".

 

La délicate question du confinement


Selon nos informations, une quinzaine d'Ehpad de Haute-Savoie compteraient des cas de Covid-19 parmi leurs résidents. Les personnes âgées vulnérables sont les premières victimes de la pandémie de coronavirus, la situation dans les Ehpad est donc source d'inquiétudes. Le ministre de la Santé a d'ores et déjà demandé à ces établissements "de se préparer à aller vers un isolement individuel de chaque résident dans les chambres".

Une mesure efficace mais difficile à mettre en oeuvre dans un Ehpad comme celui de Sillingy, où beaucoup de résidents sont atteints de la maladie d'Alzheimer. "Ce sont des personnes qui ne comprennent pas forcément le confinement, elles ont besoin de marcher et sont souvent désorientées", poursuit le directeur.

Face aux questions juridiques et éthiques que soulève ce confinement au regard de la préservation des droits fondamentaux des résidents, le gouvernement a saisi en urgence le Comité d'éthique. Il s'est prononcé mercredi, recommandant de laisser la possibilité aux résidents de circuler, même de manière limitée.

 
Ehpad recherche personnel désespérément
Entre charge de travail accrue pour cause de pandémie et manque de personnel, la situation devient critique dans les Ehpad. "A Sillingy, dix jours après les premiers cas, il y avait 50% de personnel en moins", selon le directeur de l'établissement qui lance un appel au volontariat.

Eric Lacoudre en appelle donc aux étudiants, professionnels, actifs ou retraités du domaine de la santé souhaitant donner un petit peu de leur temps. Une plateforme nationale a été mise en place à destination de tous les volontaires : www.renfort-covid.fr
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