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L'eau potable est revenue en partie à Taninges (Haute-Savoie)

L'eau du robinet... ce geste est tellement simple et quotidien qu'on a en lui une confiance quasi absolue.
L'eau du robinet... ce geste est tellement simple et quotidien qu'on a en lui une confiance quasi absolue.

D'après les analyses effectuées par l'Agence Régionale de Santé mercredi 9 janvier, l'eau est enfin propre à la consommation dans la plupart des hameaux concernés par la pollution depuis 1 semaine. 

Par Céline Aubert

Depuis jeudi dernier, il était formellement interdit de boire l'eau du robinet et de s'en servir pour cuisiner ou faire sa toilette. Une semaine, ça commençait à faire long pour les habitants des hauteurs de Taninges. Lundi, un enfant a été hospitalisé à l'Hôpital de Sallanches pour déshydratation et problèmes gastriques. Il y aurait entre 50 et 100 personnes infectées par la pollution de l'eau, dont certaines sont toujours malades. 

Hier mercredi 9 janvier, l'Agence Régionale de Santé a communiqué les résultats des analyses effectuées lundi. L'eau est à nouveau consommable dans la majorité des habitations concernées : les hameaux de Sur Marcelly, de Sous Marcelly, de Sur Magnin, des Suets d'en haut et d'en bas, de Sous le Rocher, et des Montants. 

Dans les hameaux de Rond et de Leschaux, qui concernent à peu près une quinzaine de foyers,  il faudra attendre encore huit à quinze jours pour boire à nouveau l'eau du robinet. 


Véolia a raccordé l'eau qui coule d'une source saine au réseau pollué, c'est cette eau que peuvent boire les habitants concernés. / ©
Véolia a raccordé l'eau qui coule d'une source saine au réseau pollué, c'est cette eau que peuvent boire les habitants concernés. / ©



L'eau revient, la polémique demeure : 


Certains habitants pointent cependant les insuffisances du réseau d'alimentation en eau potable. Beaucoup considèrent que si ce problème est survenu à Taninges, ce n'est pas par hasard. 

Les problèmes d'assainissement à Taninges, Marc Gérodole connaît bien ça. Ancien conseiller municipal étiqueté Verts, il est l'auteur d'un rapport sur les captages remis en 2005. Il nous explique son diagnostic à l'époque. "A Taninges, la situation est compliquée parce que la commune, très étalée, n'est pas alimentée par une seule source, mais par une quinzaine. Chacune de ces sources doit être protégée par une zone de sécurité, et grillagée. Le problème, c'est que certains de ces périmètres de captage de l'eau sont sur des terrains privés". 

Autre problème, selon lui à l'origine de la pollution dont sont victimes les riverains aujourd'hui, le fait que les eaux usées de la station du Praz-de-Lys se déversent dans la station d'épuration de Taninges. "Les eaux passent par la conduite que l'on appelle La Voie romaine" raconte-t-il, "sur un dénivelé d'environ 1000 mètres. Vous imaginez la pression. Il y a donc des soupapes de sécurité pour que les eaux débordent par endroit. Jusque là c'est normal. Sauf que certaines de ces soupapes sont juste à coté de la source de Leschaux". Et d'ajouter : "ce qui s'est passé, c'est un concours de circonstances. Mais c'est aussi l'histoire d'une catastrophe annoncée."

Le réseau concerné par la pollution alimente une centaine de foyers, sur les hauteurs de la commune / ©
Le réseau concerné par la pollution alimente une centaine de foyers, sur les hauteurs de la commune / ©


D'après le maire de la commune, le système d'assainissement est sain :


Le maire de la commune, Yves Laurat, contredit cette façon de voir les choses. "Effectivement la ressource n'est pas protégée. Le périmètre de sécurité existe, mais uniquement administrativement pour le moment. La commune a acheté les terrains où se trouvent les captages, mais on n'a pas encore mis des clôtures de protection partout. De toute façon, je ne crois pas que le problème viennent de là, la source de Leschaux est en pleine forêt, sous la neige, très difficile d'accès. Il n'y a pas de pâturage, ni de risque de déverser quoi que ce soit". 

"Concernant la fréquentation du Praz-de-Lys, il y a eu à peu près la même situation la saison dernière, et nous n'avons eu aucun souci", ajoute-t-l. "Il y a bien une soupape de sécurité à 150 mètres de la source de Leschaux, mais elle est dirigée vers un torrent". "Le gabarit de notre système d'assainissement a été calculé par des experts de la DDE il y a 25 ans, le débit passant compte tenu de la pente est suffisant". 


Autre sujet de la grogne des riverains, le fait de ne pas avoir été avertis à temps. Le gestionnaire du réseau, Véolia, a bien téléphoné aux habitants pour leur dire que l'eau allait être coupée le jeudi soir, mais sans leur dire de ne pas la boire. Ils l'ont donc bue jusqu'à recevoir un nouveau message, le vendredi midi. 

Sur le sujet, le maire explique qu'il n'a lui-même été averti de la pollution que "tôt le vendredi matin". "Ca reste un point d'interrogation", dit-il. "C'est regrettable que des personnes soient tombées malades. Il y a peut-être eu une erreur humaine". 


L'eau contenait des bactéries présentes dans les "intestins humains" :


Reste qu'il sera difficile de savoir ce qu'il y avait exactement dans l'eau que les gens ont bue. Les prélèvements faits après l'alerte, le samedi, par Véolia Eau (et non l'Agence Régionale de Santé) révèlent la présence de trois microbes : des entérocoques, l'eschéchiria coli, et des Bactéries ASR (Anaérobie Sulfito réducteur). Des bactéries présentes dans les "intestins humains", pour ne pas dire... dans les matières fécales. 

Quant à Véolia Eau, la société privée n'est gestionnaire du réseau d'eau potable de Taninges que depuis six mois. "Pour l'instant, le problème n'est pas réglé, mais détourné" nous explique Pascale Ceccaldi, responsable de la communication chez Véolia. "Nous ne pouvons pas savoir si le système d'assainissement a un problème ou pas, les canalisations sont enterrées". 

"La cause exacte de la pollution, on ne la connaît pas. Il faudra attendre la fonte totale de la neige pour accéder à la source", conclue-t-elle.

Les habitants de plusieurs hameaux, environ 35 foyers, se sont rencontrés ce jeudi 10 janvier. Certains comptent recourir à la justice. Ils ont par ailleurs créé un site internet avec un questionnaire sur la pollution survenue à Taninges. Une chose est certaine : tous quasiment y ont répondu qu'ils ne boiraient plus jamais l'eau qui coule de leur robinet. 






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