Homophobie dans le football : comment apprendre à dire stop dès les premiers dribbles

L'une des banderoles déployées le 20 avril 2019 par les supporters grenoblois au stade des Alpes. / © Ludovic Maillard / MAXPPP
L'une des banderoles déployées le 20 avril 2019 par les supporters grenoblois au stade des Alpes. / © Ludovic Maillard / MAXPPP

L'homophobie dans le football est un sujet tabou. Les insultes dans le football sont considérées par certains, comme faisant partie du folklore. Après l’interruption d’une rencontre de L1, une première en France, à la suite d’insultes qualifiées homophobes, les débats s’animent.

Par Fatima Bouyablane

Pour la première en fois en France, et dans le milieu du football, un match est interrompu à cause de chants homophobes. C’était le 16 août 2019, lors d’un match de L2 opposant Nancy au Mans. Ce fut une interruption de quelques instants lors de la première mi-temps.

''Certaines ambiances dans les stades sont choquantes'', témoigne une maman dont la fille joue dans un club de football dans le 2e arrondissement de Lyon.''L'idée c'est le mélange, le brassage, là c'est lamentable, intolérable''.

A la sortie de la même séance d'entraînement, ce mercredi 11 septembre, d'autres parents réagissent. Pour un papa, ''c'est juste une façon de provoquer la Ligue. Mais il faut être sévère avec les actes racistes et homophobes violents'', nuance-t-il. Des propos appuyés par un autre papa. ''Il y a des insultes, confirme-t-il, mais ce n'est pas homophobe. C'est entre supporters. Dans les années 90, j'entendais beaucoup plus d'insultes. Mais interrompre la rencontre risque de monter les uns contre les autres''. 

En arrêtant la rencontre Nancy-Le Mans, l’arbitre Mehdi Mokhtari et le délégué de la Ligue de football professionnel, Alain Marseille avaient appliqué les préconisations de la ministre des Sports Roxana Maracineanu. La Ministre avait demandé plus de fermeté de la part de la Ligue lorsque des chants homophobes sont entonnés dans les tribunes.
 



La ministre des Sports avait pris cette décision après avoir été choquée par des chants homophobes lors du match OM-PSG en avril 2019.

Dans les stades, les supporters élaborent des chants pour encourager leur équipe. Mais il y a toujours un moment où un ''chant'' est adressé à l’équipe adverse, et depuis quelques années, contre la Ligue de Football professionnel. Ainsi, il est très fréquent d’entendre : ''Paris, on t’encule'' ou ''La Ligue, la Ligue, on t’encule''.
Les supporters sont hostiles à la Ligue. Ils dénoncent régulièrement, via des banderoles, un football répressif et mercantile.
Certains ont été condamnés, comme les supporters grenoblois du GF38 en avril 2019.

De nombreux sociologues se sont penchés sur la question. Ainsi le sociologue Nicolas Hourcade, professeur à l'École centrale de Lyon et membre de l'Instance nationale du supportérisme (INS) estime qu’il faut un dialogue entre les différents acteurs pour faire avancer les débats.

''Folklore populaire''

Arrêter une rencontre lors de chants homophobes, cette possibilité fait débat. Il y a les pour et les contre.

Du côté des ''pro'', il y a la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, mais aussi la ministre de l'Egalité entre les hommes et les femmes et de la Lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa, Antoine Griezmann, les associations contre l’homophobie.

Du côté des ''contre'', il y a plusieurs présidents. Ainsi, Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais, Emmanuel Macron, président de la République, Noël Le Graët, président de la Fédération Française de football et Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue de football professionnel qui considère que ce type de chants fait partie ''d’un folklore'' footballistique et que c’est  ''l’expression d’une ferveur populaire''. Des propos sur lequels elle est revenue plus tard.
 


Il est vrai qu’on a toujours entendu, au moins depuis trente ans, des ''oh hisse enculé'', lorsque le gardien de but, de l’équipe adverse évidemment, dégage son ballon.
Il est vrai aussi que dans d'autres sports, on n'entend pas ce type d'expressions.
Des expressions qui dérangent à tel point que certains refusent de se rendre dans les stades, et surtout d’y amener leurs enfants.

Au contraire, pense Antoine Charbonnier, éducateur sportif à l'AS Bellecour-Perrache, à Lyon. ''Il faut faire beaucoup de prévention. Leur expliquer que ce sont des paroles qu’il ne faut pas dire évidemment. Parce que s’ils les entendent et qu’on ne leur explique pas que c’est mal, ils seront tentés de les répéter. Moi-même, je suis allé au stade, j’avais deux ans et demi, donc c’est un cas de figure que je connais. Mon père m’avait expliqué ce qu’il fallait dire, ne pas dire. On fait la même chose avec eux. Au contraire, c’est peut-être mieux de les amener au stade lorsqu’ils sont bien encadrés, parce qu’ils arrivent maintenant à faire la différence. Je n’ai aucun de mes petits qui va dire ce genre de paroles que ce soit à l’entraînement ou ailleurs. Ils savent ce qu’il faut dire et ce qu’il ne faut pas dire''.


''Ce type est une tarlouze''

En 2009, on se souvient des propos tenus par Louis Nicollin, président du club de Montpellier et Lyonnais d’origine, à l’encontre de Benoît Pedretti, joueur à Auxerre. Il avait alors déclaré : ''ce type est une petite tarlouze''.
Comme il n’y a pas eu de plainte de la part du joueur, Louis Nicollin n’avait pas été poursuivi pour injures publiques liées à l’orientation sexuelle, réelle ou supposée.
Les associations contre l’homophobie auraient aimé un dépôt de plainte pour se porter parties civiles.
A l’époque, ça ne choquait pas plus que cela. ''Ça fait partie du personnage'', entendait-on par ci par là
Dix ans après, pas grand-chose n’a changé dans le monde du foot.
Si ce n'est en 2017, le CSA avait adressé une mise en garde à Canal+, pour avoir diffusé un chant homophobe.

Quid du coming out des joueurs ?

Quid du coming out des joueurs ? Eh ! bien c’est ''joue au foot et tais-toi''.
Dans un milieu souvent machiste et conservateur, il est très difficile, voire honteux pour un joueur de vivre son homosexualité.
Le sujet reste tabou. Alors, c’est parfois compliqué quand il y a les arbres de Noël, quand le conjoint est invité…lors d'événements organisés par leurs clubs.

Vers une prise de conscience ?

A l’instar du travail qui a été fait contre le racisme, la lutte contre l’homophobie se poursuit.
Les autorités publiques et sportives, et les supporteurs eux-mêmes ont pris conscience que les cris de singe, fréquents dans les années 80-90, n’étaient pas du folklore mais du racisme.
Ces insultes collectives existent toujours à l’étranger (Italie, Espagne…) mais plus en France. Et pour le coup, c’est une infraction.
Alors concernant l’homophobie, on peut s’acheminer vers un même processus, une prise de conscience et considérer que les insultes ne relèvent pas du folklore mais aussi d’une infraction.

Dans le cadre de cette prise de conscience, le lundi 13 mai 2019, la Ligue de Football Professionnel avait annoncé que la journée de championnat qui se tient chaque 17 mai, serai une journée consacrée à la lutte contre l’homophobie.
Les joueurs, les arbitres, les entraineurs ainsi que les délégués de la rencontre porteront un brassard arc-en-ciel, symbole des LGBT et LGBTQI+ (Lesbienne Gay Bisexuel,Transsexuel, Queer, Intersexe et assimilés).
Un pas supplémentaire, un pas plus explicite, car auparavant il existait une journée contre le racisme et pour les différences, dont l’homosexualité.
 


 

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