Au centre hospitalier de Voiron, les médecins sont excédés : "certains sont au bord de la rupture"

Les médecins urgentistes de l'hôpital de Voiron (Isère) ont tiré la sonnette d'alarme ce mardi 13 octobre : tous se disent en sous-effectif depuis de nombreux mois, contraints à d'importants rythmes de travail et esseulés face à la crise de la Covid-19.

Illustration. Les médecins du centre hospitalier de Voiron se disent en grande difficulté depuis de nombreux mois.
Illustration. Les médecins du centre hospitalier de Voiron se disent en grande difficulté depuis de nombreux mois. © Alexandre Marchi/MaxPPP
La situation va de mal en pis au centre hospitalier de Voiron. Les médecins du service des urgences sont à cran : "Ce n'est pas récent, mais il est vrai que le problème s'est bien aggravé avec la Covid-19, ces derniers mois", accorde le docteur Payen.

Elle fait partie des neuf médecins à affronter la tempête. Dans cet hôpital, ils devraient pourtant être en équivalent temps plein de 18,6 médecins : "Nous faisons le double de ce que nous devrions faire."

Depuis juillet, une des deux lignes de journée des médecins a été retirée. "Il a même fallu combler des lignes avec des médecins qui ne sont pas urgentistes", renchérit-elle.
 

"La crise Covid est un accélérateur des problèmes"

Un sous-effectif, des rythmes de travail dantesques, peu de repos, et une situation tendue en pleine crise de la Covid-19"On voit que le coronavirus revient à la hausse alors que des lits sont toujours fermés. Des patients testés positifs au Covid côtoient même des patients négatifs." Mais, pour elle, le mal reste plus profond : "La crise Covid est un accélérateur des problèmes qui existaient déjà dans les hôpitaux publics. On a toujours été en sous-effectif. Et, à partir de janvier, on ne sera plus que 7 car il y aura deux départs."

Les conséquences sont lourdes : à compter du 2 novembre 2020, les médecins seront dans l’impossibilité de proposer un planning médical. Selon elle, le service des urgences du centre hospitalier de Voiron ne pourra donc plus assurer la prise en charge des patients à partir de cette date.
 
En temps normal, il est réalisé tous les quatre mois. Lors du confinement, le planning était réalisé au jour le jour. Pendant l'été, les médecins étaient fixés à la semaine. Mais à partir du 2 novembre prochain, plus aucune solution ne s'offre au docteur Payen, en charge de la réalisation des plannings :
 

Nous sommes à un niveau où les gens ne peuvent plus accepter ces conditions. Certains médecins sont très fragilisés, ils sont au bord de la rupture. Face à cette situation, on se sent désarmés.

Docteur Véronique Payen

Une tension très vive

Le médecin pointe du doigt la direction qui ne répondrait pas aux sollicitations de son service. Une critique que regrette la directrice déléguée du CHU Grenoble Alpes (CHUGA), Elodie Ancillon : "Je suis désolée que l'on nous reproche cela. Nous avons échangé avec eux et nous essayons de trouver une solution. Une réunion doit être organisée à ce propos, ce jeudi", informe-t-elle. D'autant plus que la directrice partage toutes ces inquiétudes : 
 

Nous suivons la situation de près depuis l'été. La situation est conforme à ce que le docteur Payen avance et c'est préoccupant. Il y a une tension très vive, les équipes montrent des signes de fatigue.

Elodie Ancillon, directrice déléguée du CHUGA de Voiron

Sans planning, Elodie Ancillon assure que la direction met tout en œuvre pour un service en continu. Mais, sans solution d'ici le 2 novembre, la prise en charge médicale pourrait être perturbée.
 
Si elle accorde que les difficultés sont réelles, la directrice nuance avec la situation nationale des hôpitaux : "Le problème est le même ailleurs. Nous avons du mal à recruter. Nous avons posté des annonces sur tous nos réseaux de communication, nous essayons d'activer toutes les mesures possibles du Segur de la Santé... Il faut arriver à recruter des médecins urgentistes et généralistes. Pour s'en sortir, il faudra aussi associer la médecine de ville, les centres hospitaliers publics et privés comme cela avait été le cas lors du confinement."
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