"C'est comme une bombe pour la faune et la flore" : un projet de barrage sur le Rhône contesté

Faire barrage au barrage. C'était le mot d'ordre ce samedi 30 septembre, à Saint-Romain-de-Jalionas. Dans cette petite commune du Nord Isère séparée du département de l'Ain par le fleuve Rhône, le projet d'un barrage hydraulique fait des remous.

Ses détracteurs dénoncent des dommages environnementaux pour la commune, mais aussi un projet de la CNR peu rentable en termes de production énergétique. Le projet de barrage raccordé à une centrale hydraulique sur une portion du Rhône fait couler de l'encre dans la petite commune de Saint-Romain-de-Jalionas, dans le nord de l'Isère.

"C'est comme une bombe pour la faune et la flore qui vivent dans le Rhône", explique le maire de la commune, Jérôme Grausi, opposé au projet. À quelques semaines de l'ouverture du débat public, les habitants des communes voisines participaient à une journée d'information et de mobilisation au bord du fleuve.

Des habitants inquiets

"Ce projet me paraît un peu superflu, nécessitant énormément d'argent. Un projet sur un lieu préservé du Rhône. Ça paraît excessif et ça mérite réflexion", explique dubitatif, Benoît, un habitant de Saint-Romain-de-Jalionas. Si certains estiment que le projet mérite réflexion, d'autres y sont franchement opposés : "on est là pour se défendre contre l'implantation du futur barrage. Ce projet nous inquiète énormément. Ça va impacter tout notre environnement : ici, on a des sites archéologiques, on a de la végétation, on a la dernière portion vierge du Rhône... on aimerait que ça reste dans cet état", explique un autre Jalioromains. "On va investir tant d'argent pour si peu de production. On est totalement contre le projet", ajoute-t-il. Dans le secteur, de nombreuses familles se disent aussi attachées à ce coin de verdure où passe la Viarhona, une piste cyclable. "Ça serait vraiment dommage de détruite ce joli coin", déplore Catherine, une autre habitante venue assister à la réunion d'information qui se tenait en bordure du fleuve. 

Les pêcheurs

Les habitants ne sont pas les seuls à manifester de l'inquiétude. Les pêcheurs se disent préoccupés par les conséquences de la construction d'un tel ouvrage. "Le Furon et la Bourbe seront directement impactées. Le niveau de ces deux rivières va baisser", explique Alain Bister, membre de l'association de pêche et protection du milieu aquatique de Pont-de-Chéruy.
Déjà très inquiets pour le débit des cours d'eau des alentours à cause des épisodes de canicule, les pêcheurs, qui s'interrogent sur la pertinence de l'ouvrage, sont vent debout contre ce vingtième barrage sur le Rhône. Selon eux, l'ouvrage aurait des conséquences dévastatrices non seulement pour les poissons, mais aussi plus largement pour la biodiversité de cette partie du Rhône.

Le combat d'un élu

Certains dénoncent l'ambition masquée du projet : stabiliser le débit du fleuve pour sécuriser les installations nucléaires voisines, et surtout les futurs réacteurs EPR annoncés au Bugey. Sur le site de la Compagnie nationale du Rhône, le projet Rhonergia doit produire 140 gigawatts par an, l'équivalent des besoins énergétiques de 60 000 habitants pour un coût de 230 millions d'euros.

Le maire sans étiquette de Saint-Romain-de-Jalionas, Jérôme Grausi ne mâche pas ses mots."Si on prend cet argent pour faire autre chose, on peut travailler sur le solaire, sur la réhabilitation de nos bâtiments, sur l'éclairage, mettre de la LED partout, permettre aux communes d'éteindre l'éclairage et de faire des économies... L'objectif, c'est de toujours plus produire et ne pas parler assez de sobriété et d'alternatives. Et ça, ça me désole", déplore Jérôme Grausi.

Question production, le jeu n'en vaut pas la chandelle pour l'élu isérois : "37 mégawatts de puissance pour une production annuelle de 140 gigawatts. C'est 1% de ce que fait la centrale du Bugey à trois kilomètres d'ici. Pour un coût de 230 millions d'euros estimé en 2018. Aujourd'hui, on est à 350... c'est juste aberrant !" Pour le maire, ce barrage est un vieux projet datant de 1934 et qui ressort aujourd'hui des cartons. "Le projet, il a 90 ans. On l'a déjà repoussé il y a 40 ans. Aujourd'hui, il ressort parce qu'on nous dit qu'il faut de la mixité énergétique !", s'insurge le maire qui dénonce un projet inadapté et coûteux. 

Les opposants à ce projet de barrage envisagent aujourd'hui de créer leur collectif.

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