Comptage des loups : la bataille des chiffres fait rage entre pro et anti-loups

Ils seraient quelques centaines dans tout le pays selon les uns, plusieurs milliers pour d'autres. La présence du loup en France est un sujet particulièrement sensible et la bataille des chiffres fait rage entre pro et anti-loup.

Combien sont-ils vraiment, "environ 624" comme l'estime l'Etat ou dix fois plus selon certains éleveurs exaspérés par les attaques sur leurs troupeaux ? La bataille de chiffres fait rage entre les défenseurs du loup et ses opposants.

Trop pour les anti-loups

Si d'autres animaux protégés au nom de la biodiversité comme l'ours, le lynx ou le vautour sont également mis en cause pour des attaques sur les animaux au pâturage, c'est bien le loup qui déchaîne le plus de passions. Loin d'être à risque (il figure sur la liste rouge des espèces menacées), le canis lupus serait une espèce "en voie de colonisation" et mettrait en péril la filière du pastoralisme, affirment ses détracteurs.

Plusieurs centaines d'entre eux ont manifesté le 15 octobre dans différentes villes pour réclamer entre autres la "transparence dans le décompte de loups" et un droit à la "légitime défense" en cas d'attaque d'un troupeau.

"Il y en a beaucoup trop: quand on nous en annonce 5-600, on peut mettre un zéro, voire peut-être deux derrière", estime Christian Hubaud, maire d'un village des Hautes-Alpes, venu protester à Gap à l'appel de syndicats agricoles.


"On en a ras-le-bol", abonde Stéphanie Lefèbvre, une éleveuse quadragénaire. Sept de ses 250 moutons "ont été bouffés" ces derniers jours dans son exploitation proche de Gap, "à 200 m des premières habitations". "Je pense que l'augmentation du cheptel est minimisée et de ce fait, les conséquences de tout ça sont minimisées aussi", plaide-t-elle.

Trop peu pour les défenseurs du loup

Pour l'association écologiste Ferus, les statistiques attestent au contraire d'une "dégradation de la dynamique de la population" de loups en raison des abattages autorisés par les pouvoirs publics: 118 bêtes en 2021 (19% de l'effectif moyen estimé).

"Le comptage est un point essentiel. C'est à partir de là que nous pouvons évaluer les capacités de destruction des loups pour la protection des troupeaux", souligne le préfet Jean-Paul Célet, référent national sur le plan loup. Le comptage actuel, basé sur des analystes génétiques combinées à des méthodes statistiques, "a fait ses preuves pendant dix ans, même s'il n'est pas infaillible", explique-t-il.


"Les méthodes de comptage font débat", admet également le ministre de l'agriculture Julien Denormandie, dans le Dauphiné Libéré. "Une gestion adaptée doit s'appuyer sur des chiffres les plus proches de la réalité", dit-il, ajoutant que le "chantier (est) ouvert".


Une réunion rassemblant éleveurs, chasseurs, louvetiers, l'Office français de la diversité et l'Etat, annulée par les éleveurs au profit de la manifestation, devrait être reprogrammée rapidement, indique le préfet.

Louve pendue

Les esprits semblent particulièrement échauffés dans les Hautes-Alpes. C'est dans le village de Saint-Bonnet-en-Champsaur qu'a été retrouvé fin septembre le corps sanglant d'une louve, pendu devant la mairie et accompagné d'une banderole proclamant "Réveillez-vous, il est déjà trop tard".

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a dénoncé un acte "scandaleux, innommable", et porté plainte, de même que plusieurs associations de protection de la nature. Dans le village lui-même, l'incident a suscité une "certaine gêne", admet une commerçante. Pour Ferus, il s'agit d'une "première en France" mais aussi de "l'aboutissement normal de l'impunité accordée aux exactions et violences perpétrées depuis tant d'années par les anti-loups et anti-ours".


C'est également dans les Hautes Alpes qu'un éleveur a été condamné lundi à une amende pour "blessures involontaires" après des morsures de chiens de protection sur quatre promeneurs cet été.

Depuis quelques années, des dizaines de panneaux d'information sur les bons comportements à adopter en zone pastorale ont fleuri le long des sentiers de randonnée. Mais ils ne suffisent pas toujours à éviter les conflits avec les patous, solides molosses blancs élevés au sein des troupeaux.


Le jugement a provoqué l'indignation des anti-loup, qui rappellent que ces chiens "sont obligatoires pour pouvoir prétendre à des indemnisations" et que "leur mission même (est) de ne laisser personne approcher du troupeau".
Les incidents restent peu fréquents rapportés au nombre de randonneurs, tempère le préfet Célet, et la question des chiens dangereux est elle aussi "en train d'être traitée".


"C'est l'Etat qui devrait passer au tribunal, parce que le chien est à l'Etat", accuse Stéphanie Lefèbvre. "Si une régulation raisonnée (des loups) avait été faite dès le début, je pense qu'on n'en serait pas là aujourd'hui".

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