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En mars 2016, Ecopla, usine de fabrication de barquettes d'aluminium implantée à Saint-Vincent-de-Mercuze, en Isère, était placée en liquidation judiciaire. Depuis, les salariés se mobilisent pour reprendre l'activité sous forme de SCOP, une société coopérative. 

D'Alurec à Ecopla

L'histoire d'Ecopla débute en 1960 dans la vallée du Grésivaudan, à Saint Vincent de Mercuze. L'entreprise, qui s'appelle alors, Alurec est florissante, leader français de la barquette alluminium.

Pour beaucoup, cette usine est une fierté, le début d'une vie. "J'avais 21 ans, c'était ma première embauche", se souvient Gaëtan Zappia. "On m'a fait visiter l'usine pour une convocation, j'ai vu toute cette technologie, je trouvais ça magique", se remémore-t-il, ému. 

Dans les années 90, l'entreprise devient Péchiney. C'est l'âge d'or de l'aluminium, le carnet de commandes est plein. Mais bientôt, les rachats se succèdent et l'usine change.

Premières déconvenues 


En 2012, premier tournant. La moitié des salariés se syndiquent, et obtiennent alors l'accès aux comptes. Ce qu'ils vont découvrir les laisse sans voix. 

"Le but c'était de comprendre comment fonctionnait cette entreprise. Et on a mis tout de suite en place un expert comptable, Michel Lemoine. Il a tout de suite vu qu'il y avait six millions d'euros de la trésorerie qui étaient partis en Angleterre..." raconte Christophe Chevalier, délégué CGT. 

L'arrivée de Jerry Ren 


À l'époque, c'est une banque anglaise qui possède l'usine. Elle ne va pas tarder à la revendre, à un certain Jerry Ren. D'après certains médias étrangers, ce patron sino-américain est l'une des plus grosses fortunes d'Australie. Que vient-il faire en Isère? L'homme habite à Chambéry, change souvent d'hôtel. Au bout d'un an, c'est l'évidence : l'actionnaire profite de l'usine, mais n'injectera jamais de fonds dans l'entreprise. "Il a vu qu'on était une bonne vache à lait et en a profité" analyse Gaëtan Zappia. 

Courant 2015, la chute des commandes est telle qu'Ecopla produit dix fois moins de barquettes qu'auparavant. C'est alors que trois personnes Karine Salaün, Christophe Chevalier et Sébastien Rulfo ont l'idée d'une reprise en SCOP, une société coopérative et participative, dans laquelle les salariés sont majoritaires. 
SERIE 1 - ECOPLA
Gaëtan Zappia, ancien salarié d'Ecopla Christophe Chevalier, ancien salarié d'Ecopla et délégué CGT Sébastien Rulfo, ancien secrétaire du Comité d'Entreprise d'Ecopla Maître Pierre Janot, avocat du Comité d'Entreprise d'Ecopla


 

Objectif SCOP

Février 2016, Ecopla est placée en redressement judiciaire. Puis tout s'enchaine très rapidement : en trois semaines à peine, l'usine est liquidée. Un coup dur pour les salariés. 

Mais c'est aussi le début d'un travail acharné, pour monter ce projet de société coopérative. Pour les aider à affronter les démarches administratives, une structure, l'Union régionale des scops, les accompagne.

"Tout nous semble réuni pour avoir une entreprise viable. On a une équipe motivée et compétente. On a des clients qui suivent" explique Laurence Ruffin, Présidente de l'Union Régionale des Scop. 

Déterminés, les désormais ex-Ecopla vont chercher du soutien partout. Dans la vallée du Grésivaudan, ils vont arpenter les marchés, aborder les gens, raconter leur histoire. "Personne ne nous a jamais dit que c'était perdu d'avance. Même les marchés c'était super, les gens venaient tous nous voir, c'était une expérience magnifique" se souvient Patrick Cavagna, un ancien salarié. 

La liquididation plutôt que la cession 


En trois mois, les anciens Ecopla vont recueillir deux millions et demi d'euros. Malgré cet exploit, le 16 juin 2016, le couperet tombe. Le tribunal de commerce désigne Cuki, un groupe italien concurrent qui rachète les machines, mais ne reprend aucun salarié.

"La logique aurait voulu que compte tenu de l'état d'endettement qui n'était pas si élevé que ça, on puisse laisser à la SCOP plusieurs mois pour monter son projet. Et comme elle était la seule à proposer une reprise d'activité avec 20 emplois, il est évident que Ecopla aurait été sauvée" affirme maître Pierre Janot, avocat des anciens salariés d'Ecopla

Si le tribunal de commerce avait choisi la cession plutôt que la liquidation, le projet de Scop aurait eu ses chances. Une fois l'entreprise liquidée, la priorité n'est plus l'emploi, mais le remboursement des créances. 
SERIE 2 - ECOPLA
Karine Salaün, ancienne salariée d'Ecopla Eric Billard, ancien salarié d'Ecopla Laurence Ruffin, présidente de l'Union Régionale des Scop Patrick Cavagna, ancien salarié Ecopla Maître Pierre Janot, avocat des anciens salariés d'Ecopla

 


 

Alerter les politiques

Un soutien politique. Dès le départ, c'est ce qui aura manqué aux salariés d'Ecopla. Malgré leurs appels, personne ne volera à leur secours. Alors ils vont toquer à la porte des candidats à la présidentielle.

Septembre 2016, une délégation se rend à la fête de l'Humanité puis fait la tournée des QG. Hamon, Montebourg, Mélenchon, Duflot, les ex-Ecopla multiplient les rencontres, armés de leur t-shirt "Ecopla Scop Vivra"

Les regrets d'Emmanuel Macron 


Puis vient l'interpellation d'Emmanuel Macron, qui promet de venir à Saint-Vincent. En 2015, il n'avait jamais répondu aux appels à l'aide des Ecopla. Finalement, il visite l'usine, et c'est gêné, presque dans ses petits souliers, qui fait son mea culpa. "Mon regret profond [..] c'est de ne pas avoir vu la rapidité de la dégradation de la situation et pas pu empêcher la liquidation,  pour intervenir dans ce moment ultime"

Regrets sincères, ou larmes de crocodiles ? Si les politiques semblent touchés par le sort d'Ecopla, il n'en sort rien de concret. Seuls les élus locaux soutiendront vraiment les anciens salariés, comme Annie David, la sénatrice communiste, Martial Saddier, le député Les Républicains et le président de la région Laurent Wauquiez, qui met la main à la poche, avec 400 000 euros pour le projet de reprise. Autre soutien, indéfectible, celui de François Ruffin, réalisateur de "Merci patron" et rédacteur en chef du journal Fakir.

A Strasbourg, les Ecopla interpellent Michel Sapin. Le ministre de l'Economie et de l'Industrie leur promet alors une aide financière. Mieux, il s'engage à accompagner leur projet de Scop. Une promesse qui n'a pour l'instant pas été suivie.
SERIE 3 - ECOPLA
Intervenants : Christophe Chevalier, ancien salarié d'Ecopla Emmanuel Macron, candidat à la Présidentielle, ancien ministre de l'Economie Sébastien Rulfo, ancien salarié d'Ecopla Eric Billard, ancien salarié d'Ecopla

 


 

Les déconvenues judiciaires

"C'est une suite d'injustices qui nous suit et nous poursuit".  C'est au Palais de Justice de Grenoble que s'est joué, en grande partie, le destin d'Ecopla.

Au deuxième étage de ce grand bâtiment, se situe le tribunal de commerce. Une dizaine de magistrats consulaires y décident du sort de nombreuses entreprises.

Un redressement trop tardif 


En 2014, c'est vers eux que les salariés se sont d'abord tournés. "M. Couturier le président du tribunal de commerce de Grenoble on l'a vu trois, quatre fois, on lui a dit 'aidez-nous cette entreprise elle va mourir'" raconte Christophe Chevalier.  

Ecopla aurait pu avoir sa chance, si le redressement judicaire avait été prononcé à ce moment-là. Hélas, il ne le sera que deux ans plus tard. Trop tard, car les caisses sont vides.

Une liquidation prononcée en trois semaines 


À plusieurs reprises, nous avons contacté le tribunal de commerce, sans succès. Seul Olivier Nagabbo, procureur adjoint, nous a reçus. Il nous a expliqué, hors caméra, qu'Ecopla devait être liquidée rapidement, pour payer les salaires. C'est ainsi que la liquidation a été prononcée, en trois semaines à peine.

"On ne se faisait pas trop d'illusions côté justice, on savait depuis le début, ils l'ont avoué, que le travail avait pas été fait...Ils n'ont pas voulu faire machine arrière..." juge Eric Billard, ancien salarié d'Ecopla. 

Après la liquidation et le rachat des machines par Cuki, les anciens salariés décident de faire appel de la décision du tribunal de commerce... Ils déposent alors deux recours. Tous les deux sont jugés irrecevables: selon la juge, seul le parquet pouvait faire appel. Pire, elle sous-entend qu'il aurait dû le faire.

Dernier espoir, l'intervention du gouvernement 


Durant tout ce temps, les vingt-neuf machines et les deux cent cinquante outils - le trésor d'Ecopla - sont restés dans l'usine. L'italien Cuki les a achetés cet été, mais à ce jour, il ne les a toujours pas récupérés.

Pour les anciens salariés, le gouvernement est à ce jour l'ultime espoir. L'union régionale des Scop travaille aussi à une loi, pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise : la loi Ecopla.
SERIE 4 - ECOPLA
Intervenants : Christophe Chevalier, ancien salarié d'Ecopla Maître Pierre Janot, avocat des anciens salariés d'Ecopla Eric Billard, ancien salarié d'Ecopla Laurence Ruffin , présidente de l'Union Régionale des SCOP Patrick Cavagna, Karine Salaün, anciens salariés d'Ecopla