"Atteinte à la laïcité", "promotion de la charia" : à Grenoble, une campagne d'affichage contre le racisme crée la polémique

Ce mardi 21 mars, à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, la Ville de Grenoble a dévoilé sa campagne d'affichage contre le racisme. Mais une des affiches est décriée par l'extrême droite et la droite.

Dans les rues de Grenoble, les panneaux de communication de la Ville exposent de nouvelles affiches. Plusieurs portraits de citoyens sont dévoilés avec un message dénonçant une discrimination subie, selon leur origine, leur religion ou encore leur genre.

A travers cette campagne organisée à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, la municipalité de Grenoble souhaite réaffirmer sa volonté de lutter contre le racisme et les discriminations dans l'accès au logement et à l'emploi.

"On veut rendre visible ces personnes discriminées"

"J'ai 5 fois plus de probabilités de subir des discriminations dans le monde du travail", "J'ai 31% de chances en moins d'accéder à l'achat d'un bien", "J'ai 27,4% de chances en moins d'accéder à la location d'un logement" ou encore "J'ai 2 fois moins de chances d'obtenir un entretien d'embauche" peut-on lire sous les portraits. Toutes ces statistiques sont issues de baromètres et études réalisés par l'INSEE, l'Institut Montaigne ou encore le Défenseur des droits et l’Organisation Internationale du travail.

"L’objectif est de dénoncer les discriminations raciales qui sont intolérables et subies par certains de nos concitoyens. On a mis plusieurs chiffres pour que les gens mesurent et se rendent compte de leur ampleur. On veut rendre visible ces personnes discriminées qu'elles soient asiatiques, noires, musulmanes… " explique Laura Pfister, adjointe à la mairie de Grenoble à l'Egalité des droits.

La promotion du voile décriée par l'extrême droite

Mais parmi les affiches de la Ville, une a été prise pour cible sur les réseaux sociaux. En ligne de mire : la photo d'une femme voilée accompagnée de la phrase : "J'ai 2 fois moins de chances d'obtenir d'un entretien d'embauche"

L'extrême droite n'a pas tardé à s'emparer de cette communication contre le racisme. Sur Twitter, le député européen Gilbert Collard dénonce "la promotion du voile islamique" faite par la municipalité de Grenoble.

Plusieurs élus et membres du Rassemblement National ont également fustigé la Ville de Grenoble. Le porte-parole du RN, Julien Odoul critique une "propagation de l’idéologie de la soumission des femmes" diffusée par Eric Piolle, un "maire islamo-gauchiste".

Soutien d'Eric Zemmour, Damien Rieu s'en est lui aussi pris à la municipalité. Il condamne une "promotion de la chariah vestimentaire".

Contacté, Damien Rieu affirme comprendre le message de la campagne mais que "Madame n'a qu’à enlever son voile et elle trouvera davantage de travail. Le problème, c‘est que la municipalité fasse la promotion d’une religion. Grenoble le payera très cher. Il y a des femmes qui se battent pour enlever le voile en Irak. Ici, ce n’est pas le rôle d’une municipalité d'en faire la promotion." Il s' étonne de ces choix politiques et déplore que d'autres discriminations ne soient pas couvertes comme "le racisme antiblanc et l’antisémitisme".

Les Républicains menacent d'engager une procédure judiciaire

Dans le reste du paysage politique, cette affiche fait aussi réagir, notamment à droite. Les Républicains de l'Isère ont publié un communiqué ce mardi 21 mars critiquant un nouveau dérapage d'Eric Piolle. "Après sa tentative d’imposer le burkini dans les piscines municipales, Eric Piolle récidive et
persiste dans sa volonté d’instrumentaliser une communauté à des fins politiques", indique Nathalie Béranger, secrétaire départementale des LR et conseillère municipale de l'opposition de Grenoble.

Le parti politique dénonce une atteinte au principe de la laïcité. Les Républicains de l’Isère annoncent également qu'ils se réservent "le droit d’engager une procédure judiciaire si ces affiches ne sont pas retirées rapidement".

L'ancienne députée et conseillère municipale (Renaissance) d'opposition, Emilie Chalas s'est elle aussi attaquée au maire de Grenoble sur les réseaux sociaux. "Avec Eric Piolle, on ne s'ennuie jamais : burkini, hausse des impôts, vente des actifs et emprunts, décolonialisme, police politique et copinage. Voilà que revient le sujet du voile ! Et bientôt un peu de police politique dans votre majorité ?! A suivre" peut-on lire sur son compte Twitter.

Ce n’est ni une promotion du voile, ni de la charia. Ce sont des personnes qui existent et qui subissent des discriminations !

Laura Pfister, adjointe à la Ville de Grenoble en charge de l'Egalité des droits

Face à toutes ces accusations, la municipalité de Grenoble dément toute publicité de la religion. "Ce n’est ni une promotion du voile, ni de la charia. Ce sont des personnes qui existent et qui subissent des discriminations ! On cherche systématiquement à diminuer le problème plutôt que de parler de la campagne qui est plus importante. Ces réactions montrent qu’il y a une nécessité d’agir face au racisme", se défend Laura Pfister, adjointe à l'Egalité des droits.

La municipalité indique qu'elle s'engage quotidiennement dans la lutte contre les discriminations à travers ses soutiens aux associations, les formations organisées auprès de son personnel et d'autres actions d'aide aux victimes.