"Un Black Friday à la française": une professeure de Grenoble école de management appelle à une consommation responsable

Le Black Friday aurait dû se dérouler ce dernier vendredi de novembre, mais à la demande du ministère de l'Economie, cette journée de promotions a été décalée. A cette occasion, Valérie Sabatier, professeur à l'école de management de Grenoble, appelle chacun à une consommation plus responsable.
Valérie Sabatier sur le plateau de France 3 Alpes, vendredi 27 novembre.
Valérie Sabatier sur le plateau de France 3 Alpes, vendredi 27 novembre. © France 3 Alpes
Des promotions à moins 70% voire moins 80% auraient dû s'étaler sur les vitrines des commerces ce week-end. En raison de la crise sanitaire et du confinement, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a négocié avec les grandes enseignes, y compris Amazon, un décalage d'une semaine du Black Friday, une journée de promotions exceptionnelles venue du monde anglo-saxon. 

Pour Valérie Sabatier, professeure de stratégie d’entreprise à la Grenoble école de management, ce décalage est une bonne chose mais n'est pas suffisant pour éviter le naufrage des commerces locaux. La chercheuse appelle à consommer de manière plus responsable face à ce modèle américain. 


Qu'est-ce qu'un Black Friday "à la française" ? 

Le Black Friday, on ne peut plus l’éviter. Maintenant, c’est devenu une tendance mondiale, donc on est un peu obligé, tous, de le faire. Un Black Friday à la française, c’est faire quelque chose de différent du modèle américain qui surconsomme et qui affiche des promotions à -70%, -80%. Les consommateurs achètent alors des choses dont ils n’ont pas forcément besoin. En plus, pour les commerçants, -70%, c’est intenable, à moins de gonfler les prix avant. Un Black Friday à la française, c’est quelque chose de plus raisonnable. C’est un juste-milieu.


Peut-on déjà observer cette tendance en France ?

Alors on le voit un petit peu sur internet. On va, je l’espère, le voir ce week-end. Mais c’est aussi au consommateur de choisir de consommer français, local, d’avoir des achats un peu plus responsables. De consommer moins, mais de consommer mieux.
 
Pour des gens qui sont dans le besoin, ces bonnes affaires peuvent être une aubaine...

Il faut segmenter la clientèle. Vous avez des gens qui, en ce moment, sont en grande précarité. Donc là, on est hors de la question du Black Friday. Il y a aussi beaucoup de Français aujourd’hui qui ont très peu consommé et qui vont consommer maintenant.


Pourquoi, selon vous, certaines grandes enseignes comme Amazon ont accepté de repousser la date ?

Je trouve que ce qu’ont fait les pouvoirs publics – d’avoir demandé qu’on décale le Black Friday pour que les détaillants puissent y participer –, c'est très bien. Par contre, il faut quand même être lucide. Sur internet, entre les offres de Noël, les bons plans, les ventes privées… On assiste déjà à une forme de Black Friday.


Les modes de consommation ont-ils changé ?

On voit une tendance de fond importante sur l'idée de consommer local. Il y a des belles initiatives que l’on voit partout en France et aussi en Europe. J’espère que ça va durer. J’espère que les consommateurs se rendent compte de l’importance de nos commerçants, qu’ils soient sur internet ou en physique.


De plus en plus de petits commerces ont ouvert un site internet. Cette tendance va-t-elle perdurer ?

Les commerçants sont vraiment incités à aller sur internet. Ce n’est pas facile, c’est un vrai métier. Mais il faut s’adapter et là, on se transforme dans les modes de consommation. Il y a un cercle vertueux entre la boutique et le digital. Le digital peut amener du trafic à la boutique.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
consommation économie confinement santé société covid-19