Covid-19 : mobilité, travail, logement, des chercheurs de GEM ont observé à la loupe les habitants lors du confinement

Le confinement a-t-il changé les comportements des habitants de la métropole grenobloise ? C’est-ce qu’ont voulu savoir Corinne Faure et Frédéric Bally, chercheurs à Grenoble Ecole de Management, en interrogeant plus de 1000 personnes lors du confinement. En voici les résultats.

Ce 22 avril 2020, en plein confinement au coeur de Grenoble, la pelouse des voies de tramway appartient... aux joggers
Ce 22 avril 2020, en plein confinement au coeur de Grenoble, la pelouse des voies de tramway appartient... aux joggers © Isabelle Guyader France Télévisions Alpes
Cette étude a été menée dans le cadre du Panel de recherche de Grenoble Ecole de Management. De quoi s'agit-il? D'une initiative unique en France, qui existait déjà dans des villes comme Hambourg ou Hong-Kong. A Grenoble, ce Panel de recherche," dédié à ses habitants", a été créé au mois de mai 2020. Sa mission? "favoriser l’identification et l’émergence de solutions pour notre territoire". Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a pu opérer ses tous premiers pas dans un contexte exceptionnel, totalement inédit, avec l'arrivée brutale du Covid-19. 

Dans quelle mesure ce virus virulent, et le... confinement allait-il, ou non, bouleverser les comportements, modifier les pratiques d'usage, voire ...déclencher certains sentiments? Corinne Faure et Frédéric Bally, les deux chercheurs de Grenoble Ecole de Management, ont interrogé 1014  personnes "représentatives de la population de Grenoble-Alpes Métropole" via de longs questionnaires en ligne, sur la toute dernière semaine du confinement, dans plusieurs domaines de la vie quotidienne.

"Une photographie instantanée à cet instant T du confinement "


Après dépouillement et analyse, ils en publient ce mardi 22 septembre les résultats. Focus sur plusieurs enseignements, dans le domaine des transports d'abord, Semaine européenne de la mobilité  oblige.
 

"Moins tentés par les transports en commun"


Les personnes interrogées déclaraient  "utiliser avant le confinement, à proportion quasiment égale les modes de transports doux, les transports en commun, ou leurs véhicules personnels pour leurs déplacements quotidiens ou leurs déplacements domicile-travail ".

Une pratique remise en cause par l'assignation à résidence forcément, et la faible amplitude des déplacement autorisés pendant le confinement mais pas seulement . A la question du mode de transport le plus sûr en cette période de crise sanitaire, environ 60% des répondants choisissent la voiture individuelle, un peu moins de 40% les modes de transport doux, et seulement 1% les transports en commun.

La croissance des transports doux se fait donc surtout aux dépens des transports en commun"Ce rejet assez massif des transports en commun dans cette étude doit être interprété avec prudence" précise Corinne Faure, "il s’agit de réactions à chaud, puisque l’étude a été collectée au cours de la dernière semaine de confinement. Les bénéfices des politiques de distanciation sociale et de port obligatoire du masque dans les transports en commun n’étaient pas encore très discutés à ce moment-là".
 

"Pas très chauds pour le télétravail"


Quel a été le ressenti des habitants de la métropole sur cette nouvelle situation de travail et sont-ils prêts à poursuivre l’expérience?

La part des actifs en télétravail dans la Métropole grenobloise est passée de 20 à près de 40% pendant le confinement, mais seulement 20% des actifs souhaitent travailler en télétravail dans le futur.

"Contrairement à nos attentes, le pourcentage de personnes souhaitant continuer à travailler en télétravail après le confinement n’a pas augmenté suite à l’expérience de télétravail durant le confinement. 20% le souhaitent, 20% le faisaient déjà avant le confinement" s'étonne la chercheuse.

En revanche, 25% pensent que leur employeur leur demandera de faire du télétravail, et 30% pensent que d’autres employés vont demander à passer en télétravail.

"Partants pour des horaires de travail décalés, et même le week-end"


Pendant le confinement : 44% des actifs de la Métropole ont pu remplacer leurs déplacements professionnels par des visio-conférences. Environ 1/4 des personnes interrogées pensent qu’au moins une partie de leurs déplacements professionnels sera remplacée par des visio-conférences dans le futur. 
 
Le confinement a entraîné un décalage des horaires habituels de travail (en raison de différents facteurs comme la garde des enfants en parallèle par exemple). 2/3 des actifs sont prêts à envisager des horaires de travail décalés et plus de 40% seraient prêts à travailler le week-end.

"Effectivement, c'est surprenant" analyse la co-auteure de l'étude  "42% des actifs se déclarent prêt à travailler le week-end.  Peut-être pour profiter des avantages des montagnes avoisinantes en semaine sans la foule ?  En tout cas, pour 15%, travailler le week-end se monnaye et ils attendraient une prime en échange. "

"Besoin de rencontrer son médecin, en chair et en os" 

La téléconsultation médicale a eu le vent en poupe pendant le confinement. A vrai dire, il a bien fallu faire contre mauvaise fortune "bon coeur" mais manifestement personne n'a été enchanté du résultat. Le chiffre est sans appel:  plus des 2/3 ne souhaitent pas renouveler l’expérience et préfèrent une consultation en face à face.

28% sont prêts à faire appel à la télé-consultation de temps en temps, 7% seulement le plus souvent possible,

"Une furieuse envie de... déménager"


C'est l'une des conséquences directes du confinement, ...l’envie de déménager pour s’éloigner de l’hyper centre urbain tenaille les citadins.   Les habitants de la métropole grenobloise sont  40%  à penser déménager dans les trois ans.  Pour 40%  d'entre, le déclic a eu lieu pendant le confinement.

 67% pensent rester dans la Métropole grenobloise, ce qui marque à la fois leur attachement au territoire. Un tiers des actifs et la moitié des étudiants se disent ainsi prêts à considérer à emménager " au vert " plus loin de leur lieu de travail si leur part de télétravail augmente dans les années à venir".

"Cette étude reste une photographie d'un instant T de la période de confinement,  les situations et les avis des habitants ont pu évoluer depuis" souligne Corinne Faure qui espère "pouvoir faire un suivi de l'évolution des mentalités sur le sujet" et qui annonce d'autres chantiers .

La prochaine étude sera lancée le 30 septembre. Thème imposé : "Vagues de chaleurs : comment sont-elles vécues par les habitants de la métropole grenobloise ?"...

Si vous avez envie de vous inscrire c'est ICI.   Il faut habiter la métropole et avoir au moins 18 ans.

 
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