Dénonçant un protocole "insuffisant", les syndicats enseignants grenoblois appellent à une "grève sanitaire"

Malgré les nouvelles mesures annoncées jeudi par le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, les enseignants dénoncent un protocole sanitaire encore insuffisant dans les établissements scolaires. A Grenoble, comme partout en France, ils appellent à la grève mardi 10 novembre.  
Dans une cantine, le 1er septembre. Photo d'illustration.
Dans une cantine, le 1er septembre. Photo d'illustration. © Damien Meyer / AFP
En guise de remède aux maux des professeurs, davantage d'enseignements à distance et la suppression des épreuves communes du bac, au profit du contrôle continu. Ces nouvelles mesures, annoncées jeudi soir par le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, n'ont pas suffit à calmer la grogne des enseignants.

En conséquence, une intersyndicale de représentants de professeurs et de parents d'élèves appelle à une "grève sanitaire", mardi 10 novembre. Benjamin Moisset, enseignant d'histoire-géographie dans un collège de l'agglomération grenobloise (Sud Education), ne manquera pas l'occasion de se faire entendre.


Des images diffusées sous le hashtag #BalanceTonProtocole

"C'est n'importe quoi, enrage-t-il. On parle de protocole renforcé, mais rien n'a été mis en place. Dans les faits, le protocole est plus faible qu'au moment du déconfinement. On a encore des classes complètes et les nouvelles mesures ne concernent pas les collèges. Pour faire cours – qui ne dure d'ailleurs plus que trente minutes au lieu de cinquante [à cause des précautions prises, ndlr] –, on ouvre les fenêtres en grand, chauffage allumé, et on met nos manteaux. On n'a reçu cinq pauvres masques et il y un peu de gel." 

Sur Twitter, de nombreuses images montrant l'absence de distanciation sociale dans les lycées ont été diffusées, sous le hashtag #BalanceTonProcole. L'affluence à la cantine, seul endroit où les élèves sont autorisés à enlever leur masque pour manger, est particulièrement pointée du doigt. "C'est juste hallucinant. Les élèves y sont agglutinés. Ils sont angoissés", déplore Benjamin Moisset.
 
Face à cette situation, les syndicats enseignants ont élaboré eux-mêmes un protocole sanitaire, qu'ils proposent au gouvernement par le biais de leur mobilisation. Ils demandent notamment le passage à des cours en petit groupe, mais sans recours au distanciel. "L'enseignement à distance aggrave fortement les inégalités, on l'a vu pendant le premier confinement, souligne le délégué syndical Sud Education Isère. On demande un dédoublement immédiat des classes et surtout un plan d'urgence d'embauches !"

Réorganisation de la demi-pension pour limiter les brassages, aménagement des programmes pédagogiques, embauches d'agents territoriaux pour assurer la désinfection régulière des locaux ou encore suspension du jour de carence remplissent le cahier de doléances des professeurs. 
 

"On se sent vraiment méprisés"

Mais pour Benjamin Moisset, cette crise n'est que le détonateur d'un malaise plus profond. "Les collègues sont très en colère et fatigués. On se sent abandonnés. Depuis l'arrivée de Jean-Michel Blanquer, on se sent vraiment méprisés. En démocratie, normalement, pour communiquer, le ministère averti le rectorat qui nous informe ensuite. Là, on apprend tout sur BFM TV. Pour l'organisation de la rentrée du 2 novembre par exemple, on a reçu un mail la veille, dimanche soir, à 22h30. C'est au mieux de l'incompétence, au pire de la maltraitance."
 
Mardi 10 novembre, une manifestation sera organisée dans l'agglomération, en plus du préavis de grève déposé par les syndicats. A Grenoble, pour l'heure, seul le lycée privé Pierre-Termier a été concerné par des cas de Covid-19 avisés. Six membres de la direction, en contact avec un grand nombre d'élèves et de personnels, ont été testés positifs selon la préfecture iséroise, qui a fermé l'établissement jusqu'au mercredi 11 novembre. 
 
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