Grenoble : ce que l'on sait sur la mort d'une jeune femme de 18 ans lors d'une course-poursuite avec la police

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Écrit par M.D.

Deux enquêtes ont été ouvertes après la mort d'une jeune femme de 18 ans lors d'une course-poursuite avec la police dans la nuit de mardi à mercredi à Grenoble. Le conducteur, connu de la police, a été placé en garde à vue et doit être entendu.

Une jeune femme de 18 ans tuée par balle à Grenoble. Le drame s'est produit lors d'une course-poursuite entre un automobiliste en fuite et la police, dans la nuit du mardi au mercredi 5 octobre. La course de l'automobiliste s'est achevée au bout du cours de la Libération. Blessé, il a n'a pas encore été entendu par les enquêteurs en raison de son état de santé.

La passagère est décédée des suites d'un tir l'ayant touchée au cou. Deux enquêtes sont en cours, dont l'une confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Au lendemain du drame, France 3 Alpes fait le point sur les premiers éléments de l'enquête.

Course-poursuite et échanges de tirs

Des policiers du commissariat de Grenoble effectuaient un contrôle de routine à Saint-Martin-d'Hères (Isère) lorsque, vers 2h20, un automobiliste a refusé de s'arrêter et tiré en direction des fonctionnaires, "les amenant à riposter", expliquait mercredi matin le procureur de Grenoble, Eric Vaillant.

L'automobiliste a poursuivi sa course jusqu'au quartier de la Presqu'île, à Grenoble. Arrivé au bout de la rue Henri Tarze, une voie sans issue, contraint de faire demi-tour, il "aurait foncé sur les policiers qui étaient descendus de leur véhicule pour l’arrêter." Les fonctionnaires ont tiré à plusieurs reprises, mais le véhicule a continué sa course qui s'est achevée quelques kilomètres plus loin, au bout du cours de la Libération.

Le conducteur a perdu le contrôle de son véhicule et pris la fuite à pied avant d'être rattrapé par les policiers qui l'ont placé en garde à vue. Blessé, il a été amené à l'hôpital sans que ses jours ne soient en danger. Jeudi matin, il n'avait pas encore été entendu par les enquêteurs "en raison de son état médical". Une arme de poing a été saisie dans son véhicule.

La passagère de 18 ans, originaire de Salon-de-Provence, a été déclarée décédée sur les lieux du drame après avoir reçu une balle dans le cou. L'autopsie de la jeune femme va être réalisée mercredi matin, a indiqué le parquet.

Deux enquêtes ouvertes

Deux enquêtes sont en cours après cette course-poursuite mortelle. La première, confiée au service de police judiciaire de Grenoble, a été ouverte des chefs de "tentative de meurtres sur personnes dépositaires de l’autorité publique" et "refus d’obtempérer".

"Une information (judiciaire) va être ouverte ce (jeudi) et le juge d'instruction entendra la personne mise en cause lorsque cela sera médicalement possible", explique le procureur adjoint, Boris Duffau, dans un communiqué.

La seconde enquête en flagrance a été confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) de Lyon. Les trois policiers en patrouille ont été placés en garde à vue mercredi matin dans les locaux de la police des polices avant d'être relâchés dans la soirée.

"L'enquête approfondie qui va avoir lieu de la part de l'IGPN, totalement impartiale, va nous permettre d'en savoir plus sur les circonstances exactes de ce qui s'est passé cette nuit", a déclaré le procureur de Grenoble auprès de France Bleu Isère.

Le suspect déjà condamné à de nombreuses reprises

L'automobiliste qui a tiré sur les forces de l'ordre, un homme de 30 ans de nationalité marocaine, est déjà connu des services de police pour trafic de stupéfiants, vol, recel et infraction sur les armes. Il a par ailleurs été condamné en 2012 à huit ans d'emprisonnement pour des tirs sur des policiers près d'Avignon lors d'un "coup de force", alors qu'il était recherché pour braquage, a indiqué une source policière à l'AFP.

Sorti de prison en 2020, il faisait encore l'objet de plusieurs procédures l'année passée pour violences avec armes et port d'armes prohibé. L'homme est également sous le coup d'un mandat de recherche pour avoir marché dans les rues de La Tour-du-Pin (Isère) avec un fusil d'assaut, après avoir également été interpellé en possession d'un 357 Magnum à Bourgoin-Jallieu (Isère).

Toujours de source policière il était sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il était aussi interdit de séjour dans le Vaucluse, ajoute la source proche du dossier. Des perquisitions ont eu lieu mercredi.

Longue série de fusillades

Le drame intervient à la suite d'une longue série de fusillades dans la capitale des Alpes. Quatre jours auparavant, quatre hommes équipés d'armes de guerre avaient fait feu devant un bar du quartier Saint-Bruno avant d'être pris en chasse par la police.

L'un des auteurs présumés, âgé de 34 ans, a été mis en examen mardi pour "tentative de meurtres en bande organisée" et "tentative de meurtres sur personnes dépositaires de l’autorité publique". Il a été blessé par un tir policier parce qu'il "les aurait visés" avec une Kalachnikov pendant la course-poursuite, selon le parquet. Les trois autres assaillants sont toujours recherchés.

"De façon générale, on a une hausse très importante des violences gratuites. Ce n'est pas propre à Saint-Bruno, ce n'est pas propre à Grenoble, ça concerne la France entière pour différentes raisons", estime Fabienne Lewandowski, directrice départementale de la sécurité publique de l'Isère. Depuis le début de l'été, une douzaine d'enquêtes ont été ouvertes pour "homicide" ou "tentative d'homicide" sur fond de trafic de drogue dans l'agglomération grenobloise.

"Qui dit trafic de stupéfiants dit guerre d'appropriation du territoire. Ce sont des gens qui s'approprient des territoires qu'ils n'occupaient pas avant, des gens qu'on a interpellés, qu'on a chassé de leur territoire, et qui essaient de s'en approprier un autre", explique-t-elle. "Ca vient aussi suite à des grosses saisines de produits. Quand il y a des saisies, il y a des dettes qui naissent et ces dettes créent des tensions entre les trafiquants." Le nombre d'affaires liées à ces trafics et traitées par la police aux côtés du parquet a été multiplié par 2,5 depuis 2021.

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