Grenoble : un chercheur pointe le cas des jeunes "non concernés" par leurs droits

Ils ont des droits, mais ne se sentent pas forcément concernés. Alors qu'Emmanuel Macron a lancé ce 1er mars le dispositif "un jeune, un mentor", un chercheur de l’université de Grenoble vient de consacrer une thèse aux sans-diplômes qui échappent aux mécanismes d'insertion.

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Image d'illustration © Vanessa MEYER/MAXPPP

Rattaché au laboratoire Pacte de l'université Grenoble-Alpes, membre de l'Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), Benjamin Vial a mené une cinquantaine d'entretiens avec des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni dans le système scolaire (NEET).

Dans sa thèse, il pointe les raisons qui expliquent que des personnes renoncent à des droits ou des services. "J'ai remarqué qu'il y avait chez les jeunes une articulation particulière où la non-connaissance (je ne connais pas mes droits donc je ne suis pas en mesure de les demander) et la non-demande (je connais mes droits mais ne les demande pas) s'alimentent mutuellement pour produire ce que j'ai qualifié de non-concernement", explique-t-il dans un entretien à l'AFP.

 

Si tous les jeunes éligibles demandaient leurs droits, cela créerait une saturation dans les institutions

Selon lui, "la méconnaissance des droits sociaux entrave l'expression des besoins, et l'absence de demande alimente un désintérêt à l'égard des informations sur les droits sociaux."

"Il existe par ailleurs une régulation de la diffusion de l'information par les institutions et les professionnels, qui s'explique notamment par un manque de moyens humains et par un manque de place dans les dispositifs", ajoute le chercheur. "En effet, si tous les jeunes éligibles demandaient leurs droits, cela créerait une saturation dans les institutions et les professionnels ne seraient pas en mesure de les accompagner de façon satisfaisante. C'est d'ailleurs déjà le cas sur certains territoires particulièrement touchés par la pauvreté et la précarité".

 

Ne pas demander d'aide pour marquer son indépendance

"Au-delà du caractère subi des difficultés d'accès aux droits sociaux, il existe également une part de choix dans le non-recours aux dispositifs d'insertion", pour Benjamin Vial. "Les jeunes peuvent décider de se débrouiller par leurs propres moyens, après une ou plusieurs mauvaises expériences avec les institutions." Il note aussi dans certains discours "une forme de valorisation du comportement de non-recours comme preuve d'autonomie : si je suis capable de me passer de l'aide publique, c'est que je suis capable de devenir un adulte comme les autres."

Des cheminements de retour vers l'insertion existent et le chercheur en repère trois. "D'abord la réaffiliation institutionnelle, qui exprime le besoin pour les jeunes d'être inscrits quelque part pour exister socialement", de "se réinscrire dans la norme".

Deuxième cheminement, "l'envie d'une autre vie, caractérisée par le besoin d'une vie plus stable, moins précaire, plus adulte".

Troisième cheminement, "le retour à la case départ, qui est contraint par la répétition des expériences négatives, l'accumulation des échecs personnels et la précarité socioéconomique". "Les personnes se résignent à solliciter l'aide publique faute de pouvoir se débrouiller par leurs propres moyens. Elles ne se projettent pas dans un retour en formation. Il est donc beaucoup plus compliqué de les accompagner."

 

"Faux dilemme" du débat sur le RSA jeunes

Au regard de ses recherches, Benjamin Vial se prononce pour une extension du revenu de solidarité active (RSA) aux 18-25 ans. Le débat, très vif actuellement dans la sphère politique, est selon lui "enfermé dans un faux dilemme: soit les jeunes ont accès au RSA mais il y aura une dégradation de la qualité de l'accompagnement, soit ils accèdent à un accompagnement de qualité mais sans avoir droit au RSA". Or, "on peut tout à fait concilier les deux", le risque étant que "l'absence de revenu minimum encourage sinon oblige les jeunes à se passer de l'aide publique et à faire le pari du marché de la précarité."

La thèse de Benjamin Vial est accessible via le lien suivant : https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-03110601/document

 

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