Procès Lelandais : "Il faut être économe de son mépris", une passe d'armes sous tension entre la défense et l'ancien procureur de Grenoble

"Une partie de poker", "du jamais-vu"... La matinée du vendredi 11 février, au procès de Nordahl Lelandais, jugé pour le meurtre de Maëlys, a été marquée par de vifs échanges entre la défense et l'ancien procureur de Grenoble, Jean-Yves Coquillat.

"Du jamais-vu dans les annales judiciaires !" La centaine de personnes qui patientaient dans la file d'attente, ce vendredi 11 février à l'aube, n'étaient sans doute pas venues au tribunal pour assister à cela. Mais plutôt à l'audition de Nordahl Lelandais, dans l'après-midi. Pourtant, certaines d'entre elles ont assisté à une joute verbale et à une tension rare dans les cours d'assises, entre deux importants protagonistes de l'affaire Maëlys.

A la barre : Jean-Yves Coquillat, ancien procureur de Grenoble en poste en 2017 pendant la période des faits. Un personnage hors du commun, connu pour son franc-parler. En face : Me Alain Jakubowicz, avocat reconnu, expérimenté, avec son sens de la formule.

Les deux hommes sont opposés dans cette affaire : Jean-Yves Coquillat, à la retraite depuis 2019, n'a pas lâché la piste Nordahl Lelandais, défendu par Me Jakubowicz, lors de l'enquête.

Ce vendredi, l'ancien magistrat s'est expliqué sur l'enquête. Il n'est pas venu de son propre chef, il a été appelé à témoigner par la famille de la fillette, disparue le 27 août 2017. Il s'"en serait bien passé", dit-il. Cependant, il expose un long témoignage. Et commence à évoquer la personnalité de l'accusé : "Lelandais est un menteur, un hâbleur, un séducteur, un manipulateur. (...) Il s'adapte à toutes les situations. Lorsqu'on pose une question à Lelandais, spontanément il ne vous dira pas la vérité."

La "partie de poker" et ses "bluffs"

Il embraye sur la stratégie de l'accusé et parle d'un "système de défense"Derrière la vitre du box des accusés, Lelandais l'observe adossé sur sa chaise. "On n'enlève pas une enfant à 2h45 du matin pour lui montrer ses chiens. (...) Ce que je pensais et que je pense toujours, c'est que Lelandais a enlevé la petite Maëlys pour la violer et la tuer."

Il compare la stratégie de la défense à une "partie de poker", avec des "coups de bluff" quand celle-ci est acculée par les évidences. Selon lui, à l'été 2017, "la stratégie est claire : nier l'enlèvement pour éviter une qualification de meurtre précédé d'enlèvement". Puis ensuite : "nier le meurtre et, quand les preuves sont là, dire que le meurtre était involontaire".

Clairement, M. Coquillat est venu pour régler ses comptes.

Me Alain Jakubowicz, avocat de Nordahl Lelandais.

Coquillat poursuit. L'enquête aurait dû se terminer, selon lui, lorsque les images de télésurveillance ont montré la voiture de Lelandais circuler dans Pont-de-Beauvoisin, avec une "forme blanche" sur le siège passager. Il explique que, malgré ces évidences, le clan Lelandais ne cède pas.

C'en est trop pour la défense. Trop d'attaques à charge, selon elle. Me Jakubowicz se lève, prend le micro, interrompt l'audition de Coquillat et s'adresse à la présidente, Valérie Blain.

Un "réquisitoire avant l'heure"

"C'est unique dans les annales judiciaires. Clairement, M. Coquillat est venu pour régler ses comptes. Vous ne pouvez pas tolérer cette situation, Madame la présidente. C'est un procès contre le principe même de la défense. C'est un réquisitoire avant l'heure !", fulmine l'avocat de Lelandais.

Il demande alors une suspension de l'audience et la présence du bâtonnier. La présidente refuse : le témoin est "acquis au débat". La joute verbale continue.

Me Jakubowicz s'étonne de voir un procureur appelé à la barre. Coquillat répond qu'il est bien mal informé : le procureur François Molins est venu témoigner, en novembre dernier, au procès des attentats du 13 novembre.

Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre de nécessiteux. Et je ne pense pas, en disant cela, qu'à M. Lelandais.

Jean-Yves Coquillat, ancien procureur de Grenoble.

"N'est pas François Molins qui veut", reprend Me Jakubowicz. Le ton monte. Les invectives fusent. Les réponses sont sèches, sans détour. L'avocat demande si l'ancien magistrat a une quelconque rancune envers son client : "Je n'ai aucune haine contre Lelandais", assure-t-il avant de citer Châteaubriand, dans le texte : "Il faut être économe de son mépris, étant donné le grand nombre de nécessiteux. Et je ne pense pas, en disant cela, qu'à M. Lelandais."

Les deux hommes remontent à des différends qui remontent à 2017. L'ancien magistrat se souvient du soir de la découverte du corps. "Pour nous, c'était une avancée de plus dans l'enquête et, pour les parents, une station de plus sur le chemin de croix." Par la suite, Coquillat avait essayé de retenir la qualification de "viol" sur la petite fille devant la chambre de l'instruction. Sans succès, faute de preuve.

Derrière la vitre du box des accusés, Lelandais observe ces invectives, sans un mot, témoin d'une audition hors normes. Lui aussi est appelé à témoigner, ce vendredi 11 février, pour s'expliquer en longueur sur le meurtre de Maëlys.

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