RÉCIT. Procès Lelandais : de la disparition de Maëlys aux aveux, retour sur les moments clés de l'enquête

Publié le

Condamné à 20 ans de réclusion pour le meurtre d'Arthur Noyer, Nordahl Lelandais devra répondre devant les assises de l’Isère de celui de la petite Maëlys De Araujo à partir du 31 janvier. Un procès très attendu lors duquel deux affaires d’agressions sexuelles sur mineures seront également jugées.

Samedi 27 août 2017. A la salle polyvalente de Pont-de-Beauvoisin, en Isère, un jeune couple célèbre son mariage en compagnie de 180 invités. Parmi eux, venus du Jura, la cousine du marié, son époux ainsi que leurs deux filles, Maëlys, 8 ans, et sa sœur Colleen.

Après le vin d’honneur, les noces se poursuivent et la fête bat son plein lorsqu'aux alentours de 3 heures du matin, la famille de Maëlys s’aperçoit de sa disparition. Immédiatement, des recherches démarrent et à 4h25 la gendarmerie arrive sur les lieux. En vain, l’enfant reste introuvable.

Un comportement intrigant

Les jours suivants, d’importants moyens sont mobilisés pour ratisser la zone et 250 personnes sont auditionnées. Plusieurs témoignages font état de la présence d’un homme dont le comportement a intrigué au cours de la soirée. Âgé d’une trentaine d’années, il aurait parlé plusieurs fois avec Maëlys, lui montrant des photos de ses chiens. La fillette aurait évoqué "ce copain" avec ses parents, leur demandant si elle pouvait aller voir ses animaux. Quand la disparition a été signalée, l’homme n’a pas participé aux recherches, s’éclipsant juste avant l’arrivée des gendarmes.

Entendu le dimanche, l’individu originaire de Domessin, en Savoie, dément ces informations. Cet homme, qui se prénomme Nordahl Lelandais, affirme ne pas connaître l’enfant. Plusieurs éléments interpellent pourtant les enquêteurs : des traces de griffures sur ses bras, un téléphone portable éteint puis rallumé la nuit des faits et surtout, le lendemain, le nettoyage minutieux de sa voiture, une Audi A3, dans une station de lavage proche. Le 31 août, Nordahl Lelandais est placé en garde en vue et son véhicule saisi.

La voiture du suspect au cœur de l’enquête

Mais le 1er septembre, faute d’éléments suffisants, la gendarmerie relâche cet ancien maître-chien militaire. Il n’y a toujours aucune trace de Maëlys dont les empreintes s’arrêtent sur le parking de la salle des fêtes. Le parquet de Grenoble ouvre alors une information judiciaire contre X des chefs d’"arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de mineure de 15 ans".

De leur côté, les enquêteurs s’intéressent de près à l’Audi qui a été transportée à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) près de Paris pour y être expertisée. Leurs efforts vont payer. Le 2 septembre 2017, de l’ADN de Maëlys est identifié sur un bouton d’allumage des feux du véhicule.

Seconde garde à vue et mise en examen

Le lendemain, à 7h25, Nordahl Lelandais est à nouveau placé en garde à vue puis mis en examen pour "enlèvement et séquestration" et placé en détention provisoire. Il admet cette fois que la fillette est bel et bien montée dans la voiture avec un petit garçon blond pour, dit-il, vérifier que ses chiens ne se trouvaient pas à l’intérieur. Mais point de petit garçon blond, révélera l'enquête. Et il est désormais établi que la fillette n’a plus été vue au mariage après 2h50. Un horaire attesté par la vidéo enregistrée quelques minutes plus tard par des caméras situées dans le centre-ville de Pont-de-Beauvoisin. On y distingue, à l’avant de l’Audi de Nordahl Lelandais, une personne de petite taille vêtue d’une robe blanche, Maëlys.

Au vu de tous ces éléments, c’est à présent pour des faits de meurtre précédé d’un autre crime que Nordahl Lelandais est interrogé. Et il a réponse à tout. Ses déplacements au cours de la soirée ? Pour changer un short tâché de vin et s’approvisionner en cocaïne. Le téléphone éteint à plusieurs reprises ? Pour économiser la batterie. Le nettoyage de sa voiture ? Il était sur le point de la vendre. Des explications qu’une nouvelle preuve, irréfutable, va mettre à mal.

Une infime goutte de sang

Car de son côté, l’IRCGN a poussé plus loin ses investigations. De nouveaux prélèvements ont été effectués sur l’Audi et ont permis de découvrir une infime tâche brunâtre sous la garniture du coffre. Il s’agit du sang de Maëlys. Face à l’évidence, cette fois, Nordahl Lelandais craque et admet avoir tué l’enfant, "involontairement", affirme-t-il. Il manifeste aussi son intention d’aider à retrouver son corps. Un transport sur les lieux est donc immédiatement organisé.

Le temps des aveux

Au matin du 14 février 2018, Nordahl Lelandais indique avoir d’abord déposé le corps de la fillette le long d’un cabanon proche de son domicile. Il conduit ensuite magistrats et enquêteurs à quelques kilomètres de là, sur les hauteurs d’Attignat-Oncin, en Chartreuse. Dans une cavité située en contrebas d’un chemin sont alors découverts des ossements et quelques fragments de vêtements de Maëlys.

Arthur était entré dans son corps.

Nordahl Lelandais

Sur les circonstances du drame, Lelandais explique avoir paniqué et frappé la fillette quand, dans sa voiture, celle-ci s’est mise à pleurer. Il affirme aussi avoir eu une sorte d’hallucination, revoyant Arthur Noyer en Maëlys assise à côté de lui. "Arthur était entré dans son corps", déclarera-t-il. Quelques jours après ses aveux, l’homme est hospitalisé à sa demande à l’unité de soins psychiatriques du Vinatier, près de Lyon.

Les causes de la mort incertaines

Dans l’intervalle, l’expertise des ossements de Maëlys De Araujo a révélé plusieurs fractures au niveau du crâne. Mais 6 mois après les faits, les experts ne parviennent pas à établir si elles sont à l’origine de sa mort. L’état du corps ne permet pas non plus de déterminer si l’enfant a subi ou non des violences sexuelles, ce que Nordahl Lelandais a toujours réfuté.

Confidences d’un voisin de cellule

Pourtant, un témoignage vient étayer cette thèse. A l’automne 2018, un surveillant de la prison de Saint-Quentin-Fallavier rapporte qu’un ancien voisin de cellule de Lelandais lui a révélé avoir reçu ses confidences. L’ancien maître-chien lui aurait affirmé avoir tenté de violer Maëlys à l’arrière de sa voiture.

Cet ancien co-détenu, qui promettait d'être un témoin clé lors du procès pour le meurtre d'Arthur Noyer à Chambéry, était apparu peu crédible aux yeux des parties civiles et de la défense. L'avocat de Nordahl Lelandais, Alain Jakubowicz, avait souligné les propos contradictoires du témoin lors de ses différentes auditions.

La préméditation et le viol non retenus

Pour les parents de Maëlys, il ne fait pas de doute que l’homme a sexuellement abusé de leur fille et fait en sorte qu’il ne reste aucune preuve. Sentiment partagé par le parquet de Grenoble qui, en septembre 2019, demande la mise en examen de Nordahl Lelandais pour "homicide volontaire précédé ou suivi d’un viol".

Mais la chambre de l’instruction ne retiendra finalement pas ces qualifications pénales. Concernant le viol et après confrontation entre Lelandais et son ancien voisin de cellule, elle estimera que malgré l’attirance avérée de l’ancien militaire pour les mineures, aucun élément matériel n’a pu établir un passage à l’acte sexuel.

A partir de lundi 31 janvier, c’est donc pour l’enlèvement et le meurtre de Maëlys De Araujo que Nordahl Lelandais comparaîtra devant les assises de l’Isère. Un procès où il devra aussi répondre d’agression sexuelle sur deux petites cousines, mineures. L’une en juillet 2017 à Bagnols-sur-Cèze dans le Gard. La seconde le 20 août 2017 à Domessin en Savoie, une semaine seulement avant la disparition de Maëlys.