Le Trièves, c'est un joli coin de campagne niché entre l'Obiou et le Mont-Aiguille, à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Grenoble. Depuis cinq ans, une centaine d'habitants se sont regroupés dans le CART, le "Collectif d'Accueil de Réfugiés du Trièves". A Mens, Chichilianne et Monestier de Clermont, ils hébergent et accompagnent ceux qui se sont "exilés", qui ont du quitter leur pays pour échapper à la mort ou à la misère.
 

Episode 1 : ouvrir sa porte

© Nadine Barbançon/CART
© Nadine Barbançon/CART

Le C.A.R.T., Collectif d'Accueil de Réfugiés du Trièves, rassemble une trentaine de familles, toutes différentes, de la gauche à la droite, des croyants aux féministes, des paysans aux néoruraux.

En 5 ans, le CART a accueilli 80 "exilés"... pour pallier les carences de l'Etat. Puisqu'au pays des droits de l'homme, les demandeurs d'asile ont droit à un toit. Mais le dispositif d'hébergement est insuffisant, et les procédures de plus en plus complexes.

En lien avec l'association A.D.A., 13 collectifs d'habitants comme le CART hébergent des réfugiés en Isère. En 2017, cet hébergement représentait 14 000 nuitées, soit l'équivalent d'un centre d'Etat ou CADA.
 
Le CART, épisode 1
Intervenants : Guynelle Nkwene réfugiée, Nadine Barbançon Collectif d'Accueil de Réfugiés du Trièves Reportage : JC Pain, D. Semet, M. Ducret

C'est l'émotion des retrouvailles. Il y a 4 ans déjà, Nadine a hébergé Guynelle à son arrivée en France.

Pendant plusieurs mois, à tour de rôle avec d'autres familles du Trièves, le temps que Guynelle obtienne une place dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, un de ces fameux "CADA", souvent saturés.

Sans Nadine et le Collectif CART, c'était dormir dehors, dans la rue. Pas facile pour une jeune femme seule.

Guynelle a attendu près d'un an avant d'obtenir la protection de la France, le précieux statut de réfugié. Elle avait fui le Congo Kinshasa ou République Démocratique du Congo.

Nadine l'a accompagné pendant tout ce temps. De longs mois d'angoisse.




 

Episode 2 : échanger

Les réfugiés accompagnés par le CART n'ont généralement pas le droit de travailler. Mais ils rendent service. Ils reçoivent de l'aide, et en donnent aussi. 
 
© Nadine Barbançon/CART
© Nadine Barbançon/CART

Quatre tonnes de vêtements collectées chaque mois, quatre mille colis alimentaires distribués chaque année.

Dans le Trièves, le Collectif d'entraide récupère des vêtements pour les revendre à petits prix. Et ces ventes financent les colis pour les plus démunis.

Parmi eux, Ibrahima et Morciré, deux jeunes qui demandent l'asile en France. Chez eux, en Guinée Conakry, les "forces de sécurité" tirent à balles réelles. Depuis 2010, selon l'opposition, plus de cent manifestants ont été tués.

A Monestier de Clermont, leur "terre d'accueil", Ibrahima et Morciré ont décidé de donner de leur temps, de s'impliquer dans la vie locale. Tous deux sont bénévoles au Collectif d'entraide.
 
Le CART, épisode 2
Intervenants : Mady Feraudet Collectif d'entraide du Trièves, Morciré Soumah demandeur d'asile, Eric Abt Collectif d'Accueil de Réfugiés du Trièves, Mehdi Boulegheb Collectif d'Accueil de Réfugiés du Trièves, Marc Delmas directeur association La Ressourcerie Reportage : JC Pain, D. Semet, M. Ducret

Au nom de la solidarité, des habitants du Trièves se sont retroussé les manches. Pour rénover un appartement délabré, inoccupé depuis longtemps, au centre de Monestier.

Mehdi, prof de sport, Eric, éducateur technique, et Gérard, artisan retraité, ont beaucoup donné. 

Les charges de l'appartement, actuellement occupé par Ibrahima et Morciré, sont financées par les dons des habitants. C'est un hébergement complémentaire de l'accueil en famille. 

Le CART s'est adapté à l'évolution de la politique de l'Etat français concernant les réfugiés. Les procédures semblent de plus en plus longues et complexes.

Ibrahima et Morciré sont aussi bénévoles à la ressourcerie l'Etrier. Une association d'insertion pour ceux qui ont "perdu le chemin de l'emploi", après un licenciement, ou un autre accident de la vie.

Des personnes isolées qui retrouvent dans cette association le sens du collectif, et prennent du recul sur leurs difficultés, au contact des réfugiés.



 

Episode 3 : s'impliquer

 
© Nadine Barbaçon/CART
© Nadine Barbaçon/CART

Mens, capitale du Trièves, 1 400 habitants. En 2015, plus de 200 d'entre eux se réunissent, choqués par la vision des corps... de réfugiés, noyés en Méditerranée

Ils décident de faire quelque chose. D'ouvrir leurs portes, pour accueillir celles et ceux qui ont du fuir la guerre, ou la misère.

Avec l'aide du Diocèse et de la mairie, une soixantaine de mensois d'horizons très divers, ont rénové un appartement en y aménageant trois chambres confortables.

Actuellement, Oumar et Abdoul vivent là. Ils ont trouvé en ce lieu le calme nécessaire pour se remettre de leur périple.

A leur arrivée, ils étaient exténués, physiquement et moralement. Beaucoup d'entre nous ont du mal à imaginer ce qu'ils ont pu vivre sur la route de l'exil. 
 
Le CART, épisode 3
Intervenants : Marie Archambault Collectif d'Accueil de Réfugiés du Trièves, Abdoul Diallo demandeur d'asile, Oumar Baïlo demandeur d'asile, Nicole Mossé, Catherine Pizot directrice EPHAD de Mens Reportage : JC Pain, D. Semet, M. Ducret

Pour remercier ses hôtes, Oumar, 23 ans,  s'est porté volontaire auprès de l'EPHAD de Mens.

Il vient régulièrement assister le personnel qui s'occupe des personnes âgées. Avec Madame Mossé, il a beaucoup parlé.

Il lui a raconté comment il a fui la Guinée Conakry et son régime autoritaire. Là-bas, il a laissé sa mère. Il a du traverser la Libye, avec son père... qu'il a perdu sur la route.

Le personnel de l'EPHAD apprécie l'engagement -bénévole- du jeune réfugié. Il permet à certains résidents très dépendants de profiter des animations proposées.

Il y a quelques années, l'EPHAD de Mens a même pu embaucher une réfugiée, parcqu'elle avait obtenu ses papiers, la protection de la France.




 

Episode 4 : travailler

Eric, le patron, enseigne à Amadou, l'apprenti, l'art de la boucherie. Quand il est arrivé en France, Amadou n'avait pas 18 ans. 

Chez lui, en Guinée Conakry, il ne se voyait pas d'avenir.  Au départ de cette histoire, c'est lui qui a contacté Eric. Il voulait à tout prix décrocher un stage professionnel. Même à 60 kilomètres de Grenoble.

Après deux mois de stage, Eric propose à Amadou un contrat d'aprentissage... au moment même où la Préfecture veut l'expulser !

S'ensuit alors un véritable parcours du combattant. A la rescousse du patron motivé, le CART, le collectif citoyen du Trièves, qui accompagne Amadou.
 
Le CART, épisode 4
Intervenants : Eric Marcou artisan boucher, Juliette Brouat Collectif d'Accueil de Réfugiés du Trièves, Amadou Diallo apprenti boucher, Monique Vuaillat collectif Migrants en Isère Reportage : JC Pain, D. Semet, M. Ducret

Tribunal, pétitions, mobilisation des élus, solidarité des habitants, finalement la raison l'emporte : Amadou obtient un titre de séjour (pour un an) et un contrat (pour deux ans). Il a désormais son propre appartement. 

Mais tous les "exilés" n'ont pas la chance d'Amadou. Les associations qui les soutiennent dénoncent : les "migrants", même quand ils demandent l'asile, même avec une promesse d'embauche, ont beaucoup de mal à obtenir l'autorisation de travailler légalement.

C'est pourtant le meilleur moyen, non seulement de s'intégrer, mais aussi de devenir autonome, de ne plus dépendre des autres, de l'Etat français notamment.
 
© Nadine Barbaçon/CART
© Nadine Barbaçon/CART

Le collectif Migrants en Isère a rassemblé une vingtaine d'associations, plusieurs dizaines de réfugiés, plusieurs centaines de citoyens, pour rédiger un "Livret de l'Hospitalité".

Trente propositions pour l'emploi, l'hébergement, la santé des exilés remises à tous les élus, en plein débat parlementaire sur notre politique migratoire.

A ce sujet, le collectif rappelle qu'en 2018, 123 000 demandes d'asile étaient enregistrées dans notre pays, c'est-à-dire seulement 0,18 % de la population française.

Et, cette même année 2018, l'Etat français refusait l'asile à plus de 64% des demandeurs.