"Il y a encore des braises" : trois ans après les Gilets jaunes, une soif de révolte toujours intacte

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Écrit par Antoine Belhassen
À Crolles (Isère), un petit campement s'était installé à la suite du premier acte des gilets jaunes, le 17 novembre 2018.
À Crolles (Isère), un petit campement s'était installé à la suite du premier acte des gilets jaunes, le 17 novembre 2018. © Rolland Quadrini/MaxPPP

Le 17 novembre 2018 avait lieu le premier acte des Gilets jaunes partout en France. Dans les Alpes, le mouvement a rassemblé des milliers de personnes au fil des mois. Depuis, le mouvement s'est essoufflé. Mais certaines figures estiment qu'il peut reprendre.

Le 17 novembre 2018, des centaines de personnes se retrouvaient sur des ronds-points un peu partout en France pour protester contre les politiques du gouvernement, avec en première ligne la hausse du prix des carburants.

Dans les Alpes, le mouvement des Gilets Jaunes a pris une grande ampleur dès les premiers instants et a enflé de semaine en semaine, d'acte en acte. Il a fini par s'essouffler après de nombreux mois de lutte. 

Depuis, de nombreuses figures du mouvement dans les Alpes ont rangé leur gilet jaune. Mais beaucoup se disent prêtes à redescendre sur les ronds-points.

À Grenoble, Julien Terrier prêt à se remobiliser

Un porte-parole pour certains, un leader pour d'autres. Julien Terrier était, en tout cas, considéré comme une figure du mouvement en Isère. Il avait, notamment, fait partie d'une délégation de 18 Gilets jaunes reçue par le président Emmanuel Macron, fin novembre 2018. Désormais, il est retombé dans l'anonymat : "Je suis toujours auto-entrepreneur dans le bâtiment et je m'occupe de ma famille."

Trois ans après le premier acte à Grenoble, il regarde en arrière sans aucune colère : "J'ai été déçu que le mouvement s'arrête. Mais je n'ai pas eu de sentiment de gâchis. Il n'y a aucune frustration. J'ai l'impression que l'on a réussi à bouger quelques lignes. Certes, peut-être pas autant qu'espéré."

Il y a encore des braises.

Julien Terrier, gilet jaune à Grenoble.

Comme beaucoup d'autres, il a été témoin d'une guerre interne qui a participé à "l'essoufflement" du mouvement. "Il y a encore des braises, étant donné le contexte. Mais Rome ne s'est pas faite en un jour, il en faut encore un peu pour que ça reprenne", précise l'auto-entrepreneur dans le bâtiment. Si la flamme venait à se raviver, il pourrait prendre part au renouveau : "Mais, je ne pense pas que j'en prendrais la tête", exclut-il.

Depuis 2019, Julien Terrier a tenté de faire bouger les choses "de l'intérieur". Il avait notamment soutenu Éric Piolle au moment des élections municipales à Grenoble, sans pourtant apparaître sur la liste du candidat, ajoute-t-il.

En Haute-Savoie, Nathalie Poquelin a pris ses distances

"C'est une soirée que je n'oublierai jamais. C'était un des plus beaux moments de ma vie. Nous étions là, tous ensemble sur le camp. Il était magnifique ce camp. Des bûcherons avaient donné un coup de main et avaient fait quelque chose de vraiment sympa. Les gens venaient nous voir, nous soutenir", se souvient Nathalie Poquelin, un brin de nostalgie dans la voix, à propos de son réveillon du 31 décembre 2018.

Cette quadragénaire, ancienne représentante commerciale, avait ses quartiers sur le camp de Bonne-sur-Menoge, en Haute-Savoie. Pendant quatre mois, elle a travaillé à l'organisation de différents actes dans le département : "L'expérience des premiers mois était chouette. Il y avait un esprit collaboratif, de soutien."

Une guerre d'egos prenait le pas sur les revendications.

Nathalie Poquelin, gilet jaune en Haute-Savoie.

La quadragénaire a vite déchanté : "Tout cet aspect a vite été contrebalancé. On était harcelé par les renseignements, j'ai été mise sur écoute pendant neuf mois, on subissait les violences policières, les médias avaient tendance à nous caricaturer et à nous comparer à des chômeurs, des losers… C'était dur. Ce n'était pas le cas. Sur le terrain, on pouvait rencontrer des médecins, des avocats, des personnes qui avaient de l'envie et qui faisaient 70 kilomètres tous les week-ends pour manifester."

Comme Julien Terrier, elle aussi a subi les intérêts personnels de certains manifestants. Un élément qui a fini par avoir raison de sa motivation : "Au fil des actes, une guerre d'egos prenait le pas sur les revendications."

Toute cette pression subie, je n'en pouvais plus. Ça m'a pompé trop d'énergie.

Nathalie Poquelin, gilet jaune.

"J'ai fait un burn-out par la suite", avoue-t-elle : "Toute cette pression subie, je n'en pouvais plus. Ça m'a pompé trop d'énergie."

Aujourd'hui, Nathalie Poquelin a cessé les manifestations : "J'ai préféré me recentrer sur ma famille, ma vie de couple et professionnelle". À 48 ans, elle est désormais en reconversion : "J'ai découvert, après ce mouvement, que je ne voulais plus travailler pour une entreprise. Je veux agir, aider les gens, être au contact de personnes dans le besoin."

Cependant, si elle a raccroché son gilet jaune, elle se dit toujours terrifiée par les conséquences de la crise du Covid-19 et les décisions politiques : "Le personnel hospitalier a été fragilisé et le gouvernement n'a rien fait. Force est de constater que rien ne bouge."

À Crolles, Fabienne Potiris toujours sur le front

"Ce n'est pas la fin. La mobilisation s'est bien atténuée mais elle n'est pas éteinte", explique Fabienne Potiris. Avec trois autres collègues, elle était un pilier du Raffour, un rond-point de Crolles. Elle y était le 17 novembre 2018 : "Je me souviens de la foule. J'ai des frissons quand j'y repense. C'était magique."

"Nous n'étions que quinze dans les premières heures de la journée. En fin d'après-midi, on était 350. Je me rappelle que la gendarmerie est venue nous encadrer lorsqu'on avait décidé de marcher vers le péage pour notre opération 'péage gratuit'. Tout s'était très bien passé", se souvient-elle avec un brin de nostalgie : "C'était une belle aventure humaine. Mais elle a en effet été mise à mal par des guerres internes et le manque de compréhension des politiques et de certains médias."

Le 16 octobre dernier, Fabienne est revenue sur le rond-point pour une "journée-test", après l'augmentation du prix du carburant : "À part le soutien de quelques automobilistes et des klaxons, seuls d'anciens Gilets jaunes sont venus nous soutenir. C'était un peu décevant de ne pas ressentir le même soutien qu'avant."

Il ne manque plus qu'une étincelle, mais il faut la bonne.

Fabienne Potiris, gilet jaune à Crolles.

Trois ans après, Fabienne s'estime toujours Gilet jaune, "même si je reste chez moi le samedi", ajoute-t-elle. Le mouvement lui a beaucoup appris et elle est prête à repartir : "Il ne manque plus qu'une étincelle, mais il faut la bonne."

Damien Guyot, un ancien de Voreppe, engagé en politique

À Voreppe, Damien Guyot était une figure connue des manifestations. Il a participé à différents actes, dont les plus violents : "En tant qu'ancien militaire déplacé à l'étranger, je n'avais jusque-là jamais vu un tel déferlement de violence."

Selon cet ancien ambulancier désormais aide-soignant, la crise des Gilets jaunes a permis des avancées pour tous : "On avait notamment eu gain de cause sur le prix des carburants." Mais aussi des avancées personnelles : "Ça m'a changé socialement. Pendant les manifestations, on voyait beaucoup de solidarité, avec les jeunes comme avec les plus âgés. Chacun a aidé, à son échelle, à faire quelque chose de national."

Je suis prêt à repartir.

Damien Guyot, gilet jaune à Voreppe.

Par la suite, il a continué son combat sur un autre champ de bataille, celui de la politique. Lors des dernières élections municipales, il figurait dans la liste de Mohamed Gafsi (LR) à Saint-Martin-d'Hères : "C'était dans la continuité du mouvement. Je me suis reconnu dans ses valeurs de solidarité, avec des propositions de partage entre les communes voisines."

Depuis, il est toujours engagé du côté des Républicains. Il est toutefois prêt à ressortir dans la rue : "Si demain le mouvement reprend, je suis prêt à repartir avec mon sac d'intervention sur le dos." 

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