Isère : accident mortel causé par un gendarme ivre, trois de ses collègues renvoyés devant la justice

Trois gendarmes isérois seront jugés devant le tribunal correctionnel pour n'avoir pas empêché un collègue ivre de reprendre le volant. Ce dernier avait causé un accident qui avait coûté la vie à un couple de retraité en février 2019.
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Photo d'illustration © ALLILI MOURAD - Maxppp

La justice devra dire si la responsabilité des collègues du gendarme ivre, qui avait causé un accident mortel en Isère en février 2019, peut être retenue. Trois d'entre eux, qui l'avaient laissé reprendre le volant, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel, révèle jeudi 19 août l'avocat des parties civiles, sur la radio RTL.

Dans un communiqué envoyé à la presse, Maître Hervé Gerbi se félicite d'un "succès exceptionnel dans une affaire de délinquance routière, qui selon lui, ouvre la porte, dans certaines conditions, à une jurisprudence élargissant la responsabilité pénale collective des participants à une manifestation ou réunion festive". 

Les militaires sont accusés d'avoir laissé l'un de leurs collègues reprendre la route alors qu'ils avaient bu toute une partie de l'après-midi dans un bar de Villefontaine. Ce 26 février 2019, fortement alcoolisé (2,54 grammes d'alcool dans le sang), le gendarme avait provoqué un carambolage, impliquant six voitures et tuant un couple de retraités. Le militaire avait été jugé et condamné en comparution immédiate à 18 mois de prison ferme, mais le parquet de Bourgoin-Jallieu n'avait pas décidé de poursuivre ses collègues.

 

"Décision exceptionnelle"

Les enfants du couple ont voulu poursuivre le combat judiciaire en déposant plainte. En mars dernier, quatre militaires avaient été mis en examen. Ce jeudi 19 août, on apprend donc que trois d'entre eux seront effectivement renvoyés devant le tribunal correctionnel pour "abstention volontaire d’empêcher un crime ou un délit".

Une victoire pour les parties civiles, réagit Maître Gerbi sur RTL, qui évoque une "décision exceptionnelle", parce qu'elle concerne des gendarmes, "dont nous savons qu'ils sont au premier plan pour veiller à la sécurité de chacun d'entre nous". Pour les faits qui leur sont reprochés, les militaires encourent cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende

La famille des victimes devrait tout de même faire appel. Elle conteste le non-lieu mettant hors de cause l'un des quatre gendarmes mis en examen. Elle regrette également que la qualification d'homicide involontaire n'ait pas été retenue, explique leur avocat. Pour l'heure, la date du procès n'est pas encore connue.

"J'ai l'impression que le juge d'instruction subit l'opinion publique", a réagi auprès de l'AFP Ronald Gallo, avocat de l'un des gendarmes renvoyés devant le tribunal mais qui, ajoute-t-il, n'a pas été poursuivi en discipline au sein de la gendarmerie. "La démonstration de l'implication de mon client est un peu faible", estime-t-il, dénonçant un "manque de rigueur de la justice". "Je n'ai été interrogé qu'une fois par le juge d'instruction, il n'y a pas eu de confrontation, c'est un dossier qui est expédié", poursuit Me Gallo. Il dénonce aussi les pratiques de son confrère Me Gerbi, "qui fait feu de tout bois dans tous les dossiers."
 

 

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