Isère : pourquoi et comment la vie en moyenne altitude est-elle bénéfique pour la santé humaine ?

Le projet d'étude "Altitude santé" veut analyser dans quelle mesure la vie en moyenne altitude est bénéfique pour la santé humaine. La moindre disponibilité en oxygène, une qualité de l'air accrue, un rayonnement plus important peuvent prévenir certaines maladies, vasculaires ou respiratoires.

Le Docteur Samuel Vergès dans le laboratoire HP2
Le Docteur Samuel Vergès dans le laboratoire HP2

Pour mener le projet d'étude "Altitude Santé" jusqu'en 2023, l'agence touristique Isère Attractivité a conclu un partenariat avec le laboratoire universitaire grenoblois HP2 et la chaire Montagne Altitude Santé de la Fondation Université Grenoble-Alpes. 

De nombreuses études scientifiques se prononcent déjà en faveur des bénéfices potentiels du séjour en moyenne altitude, c'est-à-dire entre 1 000 et 2 500 mètres. 

 

L'hypoxie ou manque d'oxygène

Le laboratoire grenoblois HP2 (INSERM/UGA), dirigé par le Docteur Samuel Vergès, mène des recherches en hypoxie et physiopathologie. L'hypoxie, c'est la plus ou moins grande rareté de l'oxygène dans l'air qu'on respire. Plus on grimpe en altitude, plus l'hypoxie est importante.

En haute altitude, ce peut être mortel. Mais plus bas, ou à petite dose, l'hypoxie peut stimuler l'organisme humain. Et même permettre la prévention de certaines maladies, cardiovasculaires et respiratoires. 

En laboratoire, mais aussi sur le terrain, notamment sur les sommets andins ou himalayens, les chercheurs analysent les relations entre hypoxie et santé.

Depuis 2019 par exemple, Samuel Vergès et son équipe ont entamé une étude baptisée "Expé 5 300" à La Rinconada, la ville la plus haute du monde. A 5 300 mètres d'altitude au Pérou. Les chercheurs analysent l'impact du manque d'oxygène sur la santé des 50 000 habitants.

 

Notre reportage réalisé en janvier 2019 juste avant que l'équipe ne parte au Pérou

durée de la vidéo: 02 min 38
Hypoxie

 

L'Isère, un bon territoire pour la recherche

La topographie montagneuse, les nombreux villages et stations d'altitude du département en font un bon territoire pour une recherche sur les impacts positifs de l'altitude sur la santé. En Isère, 32 000 personnes vivent dans 58 communes situées au-dessus de 900 mètres d'altitude.

Selon le degré mais aussi le temps passé en hypoxie, ce stress physiologique s'avère bénéfique ou délétère. D'après les études actuellement disponibles, le gain maximal lié à l'hypoxie se situerait entre 1 000 et 2 500 mètres d'altitude. L'hypoxie "modérée" serait ainsi stimulante pour l'organisme  humain. 

Le massif des Coulmes, entre Isère et Vercors, culmine à 1 475 mètres d’altitude.
Le massif des Coulmes, entre Isère et Vercors, culmine à 1 475 mètres d’altitude. © Laurent Guillaume / France 3 AuRA

 

Des effets positifs sur la santé

Une étude suisse portant sur 1,64 million de résidents, âgés entre 40 et 84 ans, et vivant ente 259 et 1 960 mètres d'altitude, a décelé une diminution de 12% de la probabilité de décès par AVC, et une diminution de 22% par maladie coronarienne, pour chaque palier de 1 000 mètres.

Une autre publication, portant elle sur 24 millions de citoyens mexicains résidant entre 0 et 2 500 mètres a conclu à une relation inverse entre l'altitude et le taux de consultation pour asthme. 

Un étude américaine auprès de 100 000 militaires révèle que la probabilité de développer une obésité est réduite de près de 40% en résidant au dessus de 2 000 mètres d'altitude.

D'après l'ensemble de la littérature scientifique parue à ce jour, même un séjour de seulement quelques semaines à une altitude moyenne, entre 1 000 et 2 000 mètres, peut présenter une bénéfice pour la santé, sur le plan respiratoire, cardiovasculaire ou respiratoire.

Exposer l'organisme humain à une hypoxie modérée peut induire des adaptations positives. Des séances régulières d'altitude "simulée", dans un local spécifique comme au laboratoire HP2, à l'effort comme pendant le sommeil, agissent comme une intervention thérapeutique. 

 

Le projet "Altitude santé"

Pour le Docteur Samuel Vergès, ce projet est l'occasion d'approfondir les connaissances en la matière. "Nous en avons besoin pour savoir où placer le curseur selon les niveaux d'altitude et la fréquence des périodes d'hypoxie". "Il faut raisonner plus largement et parler d'environnement d'altitude sans se focaliser seulement sur l'hypoxie. Outre la disponiblité en oxygène, le rayonnement ultraviolet ou encore le taux d'humidité et la température comptent dans les effets sanitaires."

Le chercheur ajoute : "le projet va consister à collecter et analyser des données de santé de personnes vivant de manière permanente ou transitoire dans le département de l'Isère afin de repérer des signaux sur la santé humaine."

Ces informations alimenteront la connaissance scientifique, mais aussu les réflexions autour du développement touristique local. Le projet d'étude "Altitude Santé" va se déloyer jusqu'en 2023 en Isère.

 

 

 

 

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