Témoignage. "Le glacier disparaît très vite, le moindre mètre cube de neige est précieux" : Sébastien, dameur aux 2 Alpes

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Sébastien Puissant est dameur sur le glacier de Mont-de-Lans, aux 2 Alpes. Un métier en pleine évolution en raison du changement climatique ©France 3 Alpes / JC. Solari - D. Semet - C. Fayolle
Publié le Écrit par Cécile Mathy et Jean-Christophe Solari

Avec le réchauffement climatique, les dameurs ne doivent plus seulement façonner les pistes. Vigie des sommets, ils travaillent désormais quotidiennement pour préserver la neige en altitude et protéger leur glacier... Et ainsi garantir une ouverture de la station jusqu'au début de l'été.

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De la tombée de la nuit aux lueurs du jour, les dameuses opèrent sur les pistes, dans un balai lumineux, pour modeler le terrain de jeu des skieurs. C'est sans doute l'image qui nous vient tous en tête lorsque l'on parle du métier de dameur. Depuis longtemps, au volant de sa machine à chenilles, Sébastien Puissant est l'un de ces agents de l'ombre.

"Le glacier des 2 Alpes, le glacier de Mont-de-Lans, c'est un peu mon jardin, c'est là où on est bien. C'est quand même un beau bureau, non ? Je suis toujours rêveur devant tout ça, souvent je m'arrête et je regarde. J'adore. Tous les jours ça change et ça évolue. On est un peu sur le toit du monde, de notre monde à nous", nous confie-t-il à près de 3600 mètres d'altitude.

Protéger le glacier en travaillant la neige

Aujourd'hui, Sébastien est toujours dameur mais son travail a considérablement changé. Avec le réchauffement climatique et la raréfaction de la neige, il a dû s'adapter.

"L'essentiel de notre travail, c'est de compacter, de faire des réserves et de garder la neige un maximum pour protéger notre glacier et pour pouvoir l'exploiter l'été", indique-t-il.

"On pousse la neige, on fait des digues, on fait des murs pour casser le vent, pour arrêter l'érosion. Non seulement ça arrête l'érosion mais ça crée des congères derrière, ce qui nous permet de gagner en épaisseur et tout cela dans le but de préserver notre glacier au maximum", poursuit-il.

Le glacier de Mont-de-Lans, "on le voit disparaître très très vite", dit-il. Il perd cinq mètres d'épaisseur par an.

Le ski, à court terme, va être énormément impacté. On va être obligés de s'adapter et de s'adapter rapidement parce qu'à la vitesse où ça va, c'est vraiment impressionnant.

Sébastien Puissant

dameur aux 2 Alpes

"Au début, on nous en parlait, on voyait, on se disait 'bon, c'est une ou deux années', mais là il faut se rendre à l'évidence, il est en train de disparaître", confie-t-il, le ton grave.

"Ça fait un peu mal au cœur parce que, déjà, c'est mon gagne-pain. Et puis, c'est tout ça, les Alpes, toutes ces montagnes qui vont changer. Elles ne seront plus comme ça. Le ski, à court terme, va être énormément impacté. On va être obligés de s'adapter et de s'adapter rapidement parce qu'à la vitesse où ça va, c'est vraiment impressionnant", estime Sébastien Puissant.

Dans ce contexte, cette matière première qu'il aime tant travailler, est devenue un trésor. Pas question de la gaspiller. "Le moindre mètre cube de neige est très très précieux", dit-il.

La couche protectrice du glacier

En ce mois de février, la couche est épaisse en altitude, en quantité. "Là on est dans une très bonne neige de qualité, c'est de la poudreuse et c'est à nous de la travailler pour la garder. Cette neige-là, il faut qu'elle reste sur le domaine et qu'elle ne parte pas ailleurs".

Inlassablement, il façonne donc des linéaires de neige compactée pour qu'elle résiste plus longtemps, et vienne, en surcouche, épaissir le glacier.

"Le fait d'être tassée, elle va moins fondre parce qu'elle est beaucoup plus conductrice, le froid rentre dedans. On enlève l'air qu'il y a à l'intérieur. Donc, d'un matériau isolant, on en fait un matériau conducteur. Le froid pénètre dans la neige et va jusqu'au sol, donc là, jusqu'au glacier", explique le dameur des 2 Alpes.

Garantir l'activité et l'économie locale

Ce travail de jardinier, Sébastien Puissant l'effectue donc pour garantir la pérennité de la station. Grâce au glacier, les 2 Alpes ouvrent ainsi jusqu'à la fin avril. Puis, en mai et en juin, la station iséroise accueille les athlètes de haut niveau et se transforme en camp d'entraînement pour les skieurs du circuit mondial. 

Ici, la sauvegarde du glacier s'inscrit donc, avant tout, dans une logique de préservation de l'économie locale. Pour Sébastien, c'est aussi une manière de conserver la beauté des paysages qui l'ont vu grandir, lui qui vient du Valjouffrey, une petite vallée au pied de l'Olan, l'un des grands sommets du massif des Ecrins.

  • Retrouvez notre série de portraits consacrés aux coulisses des stations de ski, du lundi 4 au vendredi 8 mars, dans vos journaux télévisés Ici 12/13 Alpes et Ici 19/20 Alpes.
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