Italie : les rêves de chênes d'Auvergne d'un viticulteur piémontais

Dans le Piémont, plus particulièrement où des viticulteurs ont eu une idée singulière. Pour fêter le retour du printemps et la fin du confinement, ils ont décidé de planter une forêt de chênes d'Auvergne au beau milieu de leur vigne. Derrière ce geste, une quête de "tempo"... plus que de météo.

A perte de vue: des collines, des vignes et des chênes...parfois d'Auvergne
A perte de vue: des collines, des vignes et des chênes...parfois d'Auvergne © France 3 Alpes F. Liégard

"Par chance, ou geste de clémence du bon Dieu, notre vin ne s'est jamais mélangé aux eaux boueuses de la grande inondation de 1994". En pleine réunion de famille dans sa splendide cave familiale, Beppe Bologna commente ainsi l'incroyable chance de son "domaine "Braida" (c'est son nom) épargné par ce qui reste, presque 30 ans après, une blessure pour tous les habitants de Rocchetta Tanaro.

Sur ces terres à "Barbera", le cépage local le plus planté dans le piémont, personne n'a oublié les 60 morts, les centaines de personnes évacuées privées de leurs maisons envahies par les eaux jusqu'au premier étage. "On n'oublie pas...mais en bon terriens que l'on est, ces épreuves nous rendent plus forts encore", commente, un verre du plus ancien de ses grands crus posé au creux de la main, Raffaella, la sœur de Beppe.

Car ce sont, le frère et la soeur Bologna qui ont repris le domaine à la disparition de leur Papa Giacomo, le fondateur de "Braida". Et qui espèrent bien voir leur succéder au moins l'un de leurs 3 enfants lorsqu'à leurs tours, ils devront passer la main.

60 hectares de vignes bien exposées sur les "bellissime" collines de "l'astigiano" (la région du célèbre vin pétillant d'Asti). 600 milles bouteilles sortent des caves du domaine chaque année. A destination du monde entier désormais. Une belle affaire !

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TSF : Vin, chêne et tonneaux

Au milieu des vignes : 150 chênes d'Auvergne

Une belle affaire dont Giaccomo, le fils de Beppe, est en train de faire le tour en ce beau matin de mai. En compagnie de son père, et de sa tante, Raffaella, le jeune homme vient voir les dernières réalisations faites sur le domaine.
"Lors du premier confinement", explique Raffaella, on a voulu se sortir de la morosité ambiante en plantant une nouvelle vigne sur une nouvelle colline. On a aussi transformé un gîte rural, situé juste au-dessus, en gîte de luxe... Depuis toujours, c'est comme ça que notre père Giacomo nous a appris à affronter une crise !".

Dans le climat d'incertitude et de peur de l'époque, la nouvelle en avait surpris plus d'un au village. Mais pas autant que la nouveauté de cette année.

"Nous y voici", poursuit Beppe. Juste en contrebas de la nouvelle vigne, sur 1 hectare et demi : 146 jeunes pousses de chênes se balançent doucement dans la brise du matin. "Ce sont des Quercus Sessilis en langage savant. Ils proviennent tous de chez vous. Du département de l'Allier", explique-t-il. "De cette zone du massif central, située entre les forêts de Tronçais, de Gros Bois et de Dreuille connues dans le monde entier pour fournir les meilleurs bois de fabrication des tonneaux".

Un investissement dans le temps 

"Compte tenu du temps qu'il faudra à ces arbres pour pousser" (100 à 150 ans) continue Raffaella, "ce n'est pas pour nous, mais pour nos petits-enfants et arrières petits-enfants que nous avons fait cet investissement. On en rêvait depuis longtemps, mais c'est le second confinement qui nous a définitivement convaincu de le faire. Le fait de rompre avec la frénésie du monde d'avant, de voir nos ventes dégringoler avec la fermeture des restaurants, nous a fait prendre conscience que le temps était précieux. Que l'on avait besoin de planter nos racines encore plus profondément dans cette terre que nous aimons".

À une trentaine de kilomètres de la forêt naissante, dans ses ateliers surchauffés par le soleil, et le feu qui crépitent au fond des tonneaux, Mauro Gamba salue l'initiative de ses amis viticulteurs. Car c'est lui, le représentant de la 7e génération des tonneliers Gamba, que le frère et la sœur Bologna sont venus trouver pour demander conseil, lorsqu'ils ont voulu faire de leur rêve de chênes français, une réalité.
 "J'ai tout de suite trouvé leur démarche intéressante. Déjà, parce que je trouve très intelligent de garder un œil sur l'ensemble de la filière d'élaboration de leur vin. De la plantation, à l'entretien de la vigne. Et de la vendange jusqu'au vieillissement en tonneaux. Pour maintenir un haut niveau de qualité de leur production, c'est un choix intelligent.

"Et puis, ça prouve aussi, qu'ils ont conscience des temps différents qu'il faut à chaque élément de la filière de production de leur vin. Car si la vigne est soumise au rythme annuel avec les vendanges, les temps s'allongent dès que l'on remonte vers nous, les tonneliers qui avons besoin de faire vieillir nos bois de chêne 3 voire 5 ans avant de les transformer en tonneaux... Et si l'on remonte encore plus loin, vers la forêt d'où vient notre matière première : c'est encore pire ; on ne compte pas en années, mais en dizaines d'années, voire de siècles, avant que le bois de l'arbre soit exploitable". "Nous ne sommes pas là, dans l'ère actuelle du "tout, tout de suite". Mais bien dans un domaine où la valeur du temps est réelle. Où c'est bien elle qui commande!", conclut Mauro.

Retour à la vigne

Pendant que Mauro dissertait sur les vertues du "laisser le temps au temps", Raffaella et Beppe, continuait de présenter à leur héritier putatif, les nouveaux pensionnaires plantés sur leurs terres.

"Quand j'ai expliqué à mon neveu que ce n'est pas lui qui tirerait le bénéfice de cette forêt, mais plus certainement ses petits et arrières petits-enfants, il m'a dit qu'alors: il s'en fichait, commente malicieusement la directrice commerciale du domaine.

"Mais je blaguais", répond le jeune homme de pas même 20 ans. "C'est vrai que pour l'heure, j'ai davantage envie de voyager que de m'occuper du domaine. Mais ça ne durera pas. J'ai vraiment envie de m'investir et de continuer l'oeuvre de mon père, ma tante, et avant eux mon grand-père... Ce qui m'inquiète plutôt : c'est de réussir à faire comme eux. C'est-à-dire, maintenir le niveau de qualité et créer de nouveaux débouchés pour le domaine."

"Pour cela : il n'y a pas 36 solutions", conclut malicieuse Raffaella : "il faudra laisser le temps faire son oeuvre" !

 

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