Italie: un an après son premier "lockdown", le retour à la case "confinement" semble inéluctable

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Écrit par Fabrice Liégard
Du jamais vu de mémoire de turinois: la plus grande place de Turin, la piazza Vittorio Veneto vidée de ses habitants en mars 2020
Du jamais vu de mémoire de turinois: la plus grande place de Turin, la piazza Vittorio Veneto vidée de ses habitants en mars 2020 © Cronacaqui

C'était il y a toute juste un an. Le président du Conseil italien décrétait le confinement général du pays. 9 mars 2021, une nouvelle "cure" de confinement semble difficilement évitable pour nos voisins... à quelques différences près.

Il est 21 heures, heure de Rome, ce 9 mars 2020 lorsqu'après un lapidaire "buona sera a tutti", suivi de quelques instants de silence ponctués d'un soupir, Giuseppe Conte s'adresse à ses compatriotes. Il parle des supermarchés où ils se plaisent à faire du "lèche-vitrine", du plaisir à boire un apéritif ensemble...

Puis, la sanction tombe: "nous allons tous devoir renoncer à quelque chose pour le bien de l'Italie" !

A une année de distance, le nouveau titulaire du Palazzo Chigi (la résidence des présidents du Conseil des ministres italiens) Mario Draghi, est peut-être en train de se demander s'il ne va pas être, lui-aussi, contraint de prendre la parole pour annoncer un retour à la case confinement.

 

Des indices épidémiques inquiétants

Comme si l'épidémie voulait faire un pied de nez aux décideurs, aux abords du premier anniversaire du confinement, ces derniers jours ont été marqués par une envolée des indicateurs. L'indice de positivité par exemple qui dépasse désormais les 7% de la population. Des régions entières comme l'Emilie-Romagne, les Abruzzes, mais aussi nos voisines lombardes et piémontaises dépassent ou dépasseront à coup sûr le seuil fatidique des 250 personnes infectées pour 100 milles habitants.

Conséquence immédiate : trois jours seulement après l'entrée en vigueur du premier DPCM (Décret du Président du Conseil des Ministres) de l'ère Draghi, voici l'éxécutif obligé de serrer encore davantage la vis jusqu'aux portes d'un nouveau confinement généralisé.

 

L'Italie bientôt entièrement rouge-contagion ?

Dans une Italie qui a choisi les codes couleurs pour indiquer le niveau de contagiosité de ses régions, c'est bien le rouge, synonyme de confinement, qui guette à nouveau l'ensemble de la péninsule.

Même nos voisins piémontais et valdôtains qui, il y a deux semaines encore, espéraient un passage en zone blanche (levée du couvre-feu à 22 heures, réouverture des restaurants midi et soir, cinémas, théâtres et piscines accessibles), se retrouvent à freiner des quatre fers. L'une, la vallée d'Aoste pour rester en zone jaune (écoles, sauf universités, rouvertes, musées ouverts, salles de restaurants ouvertes le midi et jusqu'à 18 heures). L'autre, le Piémont, pour ne pas régresser de zone orange (centre commerciaux et commerçants ouverts, circulation possible jusqu'à 30 kilomètres autour de son domicile) en zone rouge (système "iorestoacasa": tout le monde à la maison).

Mauvais signe : depuis l'entrée en vigueur du tout dernier DPCM, il y a trois jours, tous les écoliers, collégiens, lycéens qui étaient revenus en classe en présentiel ont tous été renvoyés chez eux, à leur "DAD" (Enseignement à Distance). Même Anita et Lisa, les deux collégiennes turinoises qui ont emmené dans leur sillage le mouvement de contestation contre la fermeture des écoles, ont du redescendre sur le pavé, devant leur collège et le conseil régional du Piémont, hier, pour protester.

"On ne peut pas fermer à nouveau les écoles, comme si elles étaient les responsables de la diffusion du virus, en laissant ouverts les supermarchés par exemple. C'est un non-sens," tonne Stefano Rogliatti, le Papa de Lisa. "L'école devrait être la dernière chose que l'on ferme. Ce gouvernement Draghi sera pire encore que le précédent, j'en ai bien peur", professe le parent qui est aussi enseignant.

Nouveau "lockdow" italien: à quoi ressemblera-t-il ?

 

Face à un nouveau président du Conseil italien aussi économe en paroles qu'impassible en apparence, difficile de savoir quel visage aurait un nouveau "lockdown", comme disent les italiens en bons "rigoristes" de la langue du grand Dante! Seule certitude pour l'instant, la fermeture totale telle que les italiens et les français ont pu la connaître semble définitivement archivée. A l'étude, l'Italie confinée seulement les fins de semaines. La fermeture des supermarchés partout où sont déjà fermées les écoles.

"La logique est simple", explique-t-on dans l'antichambre des ministères. "Si l'on ferme les écoles, il faut aussi fermer tous les lieux où les jeunes trouvent le moyen de se rassembler, faisant fi des gestes barrières" !

 

Un an après: la fin des concerts au balcon

"Un nouveau confinement comme au début, l'an dernier ? Non, on y croit pas vraiment", explique un confrère de la presse italienne. "Si c'était le cas, les gens ne l'accueilleraient pas dans le même état d'esprit. C'en serait fini des "concerts de balcon" de fin de journée, des apéritifs à vue d'immeuble à immeuble...les gens sont résignés, à présent. Ils attendent leur vaccination comme le Messie. Et c'est tout"!

 Une posture qui donnerait du crédit à certains membres du gouvernement qui plaident pour un nouveau confinement total du pays. "Cela permettrait au moins d'intensifier la campagne de vaccination", commente un conseiller du ministère de la santé.

 

"Si le virus change, il faut changer aussi la façon de se confiner" 

Cette phrase n'est pas de l'un des membres du CTS (Comité Technique Scientifique) rencontré ce matin par Mario Draghi. Mais d'un professeur émérite de microbiologie de l'Université de Padoue, en Vénétie. Interwievé, ce midi par une chaîne nationale sur un éventuel nouveau confinement, il a exclu tout "lockdown" intégral du pays.

"En revanche, partout où un nouveau foyer surgit, il faut tout arrêter. Ce qui change la donne par rapport au premier confinement, ce sont les variants", a poursuivi Andrea Crisanti. "L'an dernier, nous faisions face à un virus classique. Face à lui, les enfants avaient une résistance 20 à 30 fois supérieure à un adulte. Ce n'est plus le cas avec les variants que nous affrontons aujourd'hui. Il ne faut donc en aucun cas laisser sortir ces variants des foyers où ils se sont déclarés. Sinon, nous risquons de faire reculer nos montres d'un an, jusqu'à la situation d'urgence totale affrontée lors du premier confinement", conclut-il.

Un an après avoir montré la voie à l'Europe entière, l'Italie use donc à nouveau du confinement comme d'une arme. Loin d'être fatale pour le virus, tout le monde le sait désormais. Mais qui, associé à l'accélération de la campagne de vaccination (voir encadré), au respect des gestes barrières, peuvent faire espérer à nos voisins une sortie de crise "après une Pâques d'interdits qui ressemblera étrangement au Noël dernier", commente déjà un éditorialiste du quotidien "La Stampa".

 

L'Italie mise sur "Spoutnik"

C’est le jour même où l’Italie dépassait son triste record de plus de 100 000 morts du Covid que la chambre de commerce italo-russe annonçait la production en Italie du vaccin russe « Spoutnik V ».

L’accord a été signé entre le fond gouvernemental russe et la société Adienne Pharma&Biotech pour produire à partir du mois de juillet prochain les premières des 10 millions de doses livrables d’ici la fin 2020 par l’usine de Caponago en Lombardie.

C’est le premier contrat du genre signé en Europe par les Russes. Elle en annonce peut-être d’autres en cas de reconnaissance, par l’agence du vaccin française notamment.

« Cet accord permettra non seulement de livrer des vaccins, mais également d’assurer à l’Italie le contrôle de l’ensemble du processus de fabrication du Spoutnik », se félicite dans un communiqué la chambre de commerce favorisant les échanges commerciaux entre les deux pays.

 

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