Covid-19 : dans les musées ou les églises, l'Italie vaccine au pas de charge et dépasse ses objectifs journaliers

L'Italie se vaccine désormais au son du clairon. Sous l'impulsion de son "monsieur vaccin", un militaire, plus aucun lieu n'est à l'abri d'être réquisitionné comme vaccinodrome. Et les résultats commencent à se faire sentir.

Le commissaire italien à la vaccination, le général Francesco Paolo Figliuolo, donnant un discours pour l'inauguration d'un nouveau centre de vaccination à Turin le 14 avril 2021.
Le commissaire italien à la vaccination, le général Francesco Paolo Figliuolo, donnant un discours pour l'inauguration d'un nouveau centre de vaccination à Turin le 14 avril 2021. © MARCO BERTORELLO / AFP

« En règle générale, quand je m’engage dans une bataille, c’est pour la gagner, pas pour la perdre ! ». Dès sa nomination par le nouveau chef du gouvernement italien, Mario Draghi, le nouveau Commissaire extraordinaire de l’urgence Covid, n’a pas mâché ses mots devant une presse italienne davantage habituée aux éléments de langage distillés par son prédécesseur.

Le Général Figliulo, le "Général Vaccin" du président du Conseil italien, en compagnie du président de la Région Piémont, Alberto Cirio, le 14 avril dernier lors de l'inauguration du vaccinodrome du "Lingotto", l'ancienne usine historique des automobiles Fiat
Le Général Figliulo, le "Général Vaccin" du président du Conseil italien, en compagnie du président de la Région Piémont, Alberto Cirio, le 14 avril dernier lors de l'inauguration du vaccinodrome du "Lingotto", l'ancienne usine historique des automobiles Fiat © Radiogold.it

C’est d’ailleurs dans son éternel uniforme de chasseur alpin formé à Aoste et patron, pendant plusieurs années des militaires italiens en Afghanistan, ou au Kosovo, que le général Figliulo a, dès février, commencé à sillonner la péninsule pour faire appliquer ses objectifs chiffrés de vaccinations journalières à chaque région de la péninsule.

« L’urgence vaccinale est une opération militaire ». Fidèle à sa doctrine toute militaire, c’est ainsi que le nouveau commissaire extraordinaire s’exprimait il y a quelques mois, consulté par le Sénat italien quant à la stratégie de vaccination à adopter.

Maintenant nommé, le général Figliulo a précisé sa pensée. « Il faut une chaîne de commandement courte, des procédures claires, légères et surtout partagées ». Un dernier point prépondérant dans une Italie toujours tiraillée entre les décisions d’un pouvoir central, sempiternellement remises en question par les présidents de régions.

 

Multiplier les points de vaccinations

« La seule chose qui compte, c’est que les Italiens soient quasiment tous vaccinés d’ici l’été. Il nous faudra donc multiplier les points de vaccinations », a-t-il annoncé. A la différence des harangues incessantes des chefs de gouvernements, à peine proférées et aussitôt contestées, la première injonction du général - comme les suivantes - n’a pas essuyée la moindre critique. Et même remporté une réelle adhésion.

La période de Pâques a ainsi été marquée par une profusion de mise à disposition de lieux pour la vaccination. Parcs d’expositions (le forum d’Assago), des centres récréatifs pour enfants (La Fabbrica a Vapore de Milan), l’autodrome de Monza ou « Garage Italia », le garage de luxe de Lapo Elkann, l’un des héritiers de l’Avvocato Agnelli, feu le grand patron de Fiat… Mais aussi des musées comme celui de Capodimonte près de Naples. Dans le plus prestigieux des musées de la ville, après s’être fait vacciner, les Napolitains sont invités à passer leurs quelques minutes d’observation au beau milieu de chefs-d’œuvre de Botticelli ou du Caravage.

 

« L’arte cura » : l’art soigne, le nouveau leitmotiv du musée de Rivoli

Mais pour ceux qui préfèrent l’art contemporain, c’est incontestablement dans la banlieue de Turin qu’il faut aller se faire vacciner.

Le château de Rivoli près de Turin. Son troisième étage accueillera au sein même des oeuvres contemporaines les candidats à la vaccination
Le château de Rivoli près de Turin. Son troisième étage accueillera au sein même des oeuvres contemporaines les candidats à la vaccination © castellodirivoli.org

Dès jeudi 29 avril, mais aussi le vendredi et le samedi entre 10 heures du matin et jusqu’à 16 heures, le troisième étage du musée d’art contemporain de Rivoli sera entièrement dédié à la vaccination.

« J’en suis très heureuse », se félicite la directrice du château de Rivoli. « C’est vrai, l’art a toujours contribué à soigner les gens. Ce n’est pas un hasard que les premiers musées de l’histoire aient été des hôpitaux. En plus, nos grands espaces sont particulièrement adaptés pour accueillir, en toute sécurité, un centre de vaccination », conclut Carolyn Christov-Bakargiev.

Une directrice qui a tout de même mis un point d’honneur à convaincre Claudia Comte, l’artiste exposée sur toute l’étendue du troisième étage du musée piémontais, de composer un thème musical pour accompagner ses œuvres. Une opportunité de plus pour les personnes vaccinées d’entrer plus profondément encore dans l’œuvre d’une artiste qui, sans l’opportunité inattendue de l’installation d’un centre de vaccination, aurait dû attendre la réouverture du musée pour rencontrer son public.

 

300 églises siciliennes "consacrées" à la vaccination

L’église italienne ne pouvait évidemment pas être absente de cette politique du « vaccin à tout prix ». De toutes les régions, ce sont les églises de Sicile qui ont le mieux répondu au son du clairon du « général vaccins ». Le samedi de Pâques, elles étaient 300, dans toute l’île, à s’être transformées en centre de vaccination. Une première rendue possible par un protocole signé entre la région Sicile et la conférence épiscopale sicilienne.

Mais la plupart du temps, il n'y a pas eu besoin de signatures en grandes pompes pour faire s'ouvrir les portes des églises. A Padoue, par exemple, ce sont le pragmatisme d’un médecin et la générosité d’un prêtre qui ont suffi pour monter une opération « vaccination coup de poing ».

« Je n’avais pas assez de place dans mon cabinet pour vacciner tous mes patients de plus de 70 ans. Alors avec le curé de mon quartier, on a mis en place un système très simple et rapide », explique Daniela Toderini, une généraliste. « J’ai demandé à mes patients de venir avec un vêtement ample et à manches courtes pour ne pas perdre de temps à dégager l’épaule. Don Paolo a lui obtenu en un coup de téléphone l’autorisation de l’évêque et a pu organiser un service de désinfection des bancs entre chaque groupe de patients ».

Ainsi, dans la cité de Saint-Antoine, samedi 24 avril, dès 8h30, le ballet des vaccinés pourra commencer, à l’heure et à la place des premières messes du matin.

 

Une mobilisation… et des résultats tangibles

Mais la palme du pragmatisme vaccinal, c’est certainement à l’île de Sant Erasmo dans la lagune de Venise qu’on doit la décerner. La moyenne d’âge des résidents de l’île étant élevée, difficile de demander aux plus de 80 ans de se rendre à l’hôpital de la Sérénissime.

Alors, c’est un « vaporetto » - un bateau bus - spécial, aménagé par la société de transports publics de Venise, qui est allé s’amarrer au quai de l’île. En une journée de présence, ce sont plus d’une centaine d'habitants qui ont pu recevoir leur dose de vaccin.

Un pragmatisme « all’italiana » qui ne peut que plaire au « général vaccin » du gouvernement. « Je suis optimiste », confiait, cette semaine le Commissaire extraordinaire de l'urgence Covid, en visite dans le Piémont. « Notre objectif de 500 000 vaccinations par jour n’est pas encore atteint. Mais on va y arriver ! »

Comment lui donner tort lorsqu’après un départ au ralenti en janvier, le rythme des vaccinations dépasse, ces derniers jours, les 340 000 injections par jour ? Et que dans nombre de régions, comme le Piémont ou la vallée d’Aoste, les objectifs journaliers fixés par le Commissaire extraordinaire sont dépassés de plusieurs centaines de personnes vaccinées.

Lundi 26 avril, ce sont cinq Italiens sur six qui vivront dans des régions redevenues en majorité jaunes, selon la classification italienne. Ils retrouveront la possibilité de se déplacer dans tout le pays, de refaire du sport à l’extérieur, de manger midi et soir en terrasse des restaurants… Ce sera le cas pour nos voisins piémontais, mais pas pour la vallée d'Aoste, encore classée en orange la semaine prochaine.

« Je sens un souffle qui nous pousse vers la victoire », commentait ces jours-ci le « général vaccins » de l’Italie. Dans un coin de sa mémoire, tous les Italiens espèrent qu’il se souvient qu’une bataille n’est pas la guerre. Depuis plus d’un an, la crise du Covid nous l’a enseigné à maintes reprises.

 

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