Laurent Wauquiez : 100 jours pour tout changer ?

© France 3
© France 3

Invité sur le plateau de France 3 le dimanche 13 décembre après l'annonce des résultats aux élections régionales, Laurent Wauquiez est longuement revenu sur sa victoire, mais aussi sur ses projets et surtout sur les 100 jours qu'il s'est donnés pour marquer le changement de cap de la région.

Par Claude Fallas

"Pour moi il y a une profonde émotion, et une vraie émotion, c’est-à-dire qui vient du fond de soi-même pour deux choses : la première d’abord, c’est que les habitants de notre région ont fait le pari du renouvellement et qu’ils m’ont accordé leur confiance pour précisément faire un changement de génération, une nouvelle génération, et ça, ça me touche, parce qu’en politique c’est si rare, et je me sens profondément obligé par ce résultat.

La deuxième chose, c’est que tout au long de cette campagne, parfois avec pas mal d’affrontements, de discussions, on a essayé de porter des convictions claires. Ce qui me touche aussi, c’est que les habitants de notre région l’aient compris et qu’à l’arrivée, ils nous aient donné une victoire plus importante.


100 jours pour marquer le changement

Qu’est-ce que je veux ? Ce que je veux, c’est qu’on voit la différence. Je ne veux pas venir sur votre plateau et dire j’avais un discours avant les élections, maintenant c’est autre chose. On a des valeurs, on a porté ces valeurs, je veux maintenant que les habitants de notre région sachent qu’on ne va pas se renier et qu’on va aller jusqu’au bout.

Des exemples très concrets : je veux plus qu’on augmente les impôts dans notre région. On va faire un plan d’économies, on va commencer par là, on va travailler d’arrache-pied, on va tout de suite travailler dessus.

Je l’ai dit, parmi les valeurs auxquelles je crois, je crois au travail et pas à l’assistanat. Je crois au social par le travail et pas au social par l’assistanat. Je veux qu’on voit la différence.

Pourquoi personne ne croit plus en la politique ? D’abord parce que vous avez des politiques qui changent d’avis tout le temps. Sur un plateau un jour, il disent quelque chose, sur un autre plateau le lendemain ils disent autre chose. Nous on a été constant.


Le programme des 100 jours sera appliqué

On va pas tout révolutionner en 100 jours, mais les engagements que j’ai pris, le programme d’économies, essayer de revoir la politique de formation et du social dans notre région, travailler sur l’apprentissage, les engagements sur améliorer la sécurité les TER, les gares et les lycées, c’est tout de suite, on n’attend pas.

La baisse d’impôts, ou la non augmentation ?

J’ai été très clair, j’ai dit : je n’augmente pas les impôts. Tout au long, sur ces plateaux, non-stop, je l’ai répété et donc il n’y aura pas d’augmentation sur tous les impôts de la région. On a aujourd’hui une responsabilité qui n’est pas un petit sujet quand même. C’est les impôts qui sont pris sur votre plein d’essence. (NdlR : ces taxes appelées TICPE (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Energétiques) sont déjà au maximum légal dans les régions Auvergne et Rhône-Alpes et ne peuvent donc pas être augmentées) et sur votre carte grise (NdlR : L’Auvergne est déjà la 6ème région où le cheval fiscal est le plus cher de France).

Je rappelle qu’au long du mandat qui s’est écoulé, 1,5 milliards d’euros d’impôts en plus ont été pris sur 11 ans. Et donc ce que je souhaite, et c’est très clair, et donc je le dis : il n’y aura aucune augmentation d’impôts sur la durée du mandat.


L’Auvergne-Rhône-Alpes, un exemple pour la France

Je pense qu’on a une région qui est extraordinaire, elle a un potentiel fabuleux. Moi j’en ai assez que dans notre région et en France plus globalement, ce soit Paris qui dicte sa loi. Je pense qu’on a du potentiel, on a de l’énergie, on a des ressources. Ce que je veux c’est que notre région soit la 1ère région de France, que ce soit un modèle de ce qui peut être réussi en France, et que tout simplement chez nous, oui, je l’assume, ce soit le modèle d’une France qui a retrouvé ses repères.

Quid des centristes ?

Vous savez, vous le découvrirez, je suis quelqu’un de conviction qui s’excuse pas de ses valeurs. Mais je tiens à fédérer et à rassembler. Pendant cette campagne, on y est arrivé. On a fait ce grand rassemblement de la droite et du centre, on n’a eu aucune anicroche pendant toute la campagne (NdlR : sauf en Isère où les conseillers départementaux du MoDem ont retiré leur soutien à Laurent Wauquiez, par exemple), on a été ensemble, on a été soudé et on a porté ce projet en commun.

Quelle est notre force ? Notre force, c’est que ça fait 6 mois qu’on travaille ensemble. Il n’y a pas de mystère ni pour les uns ni pour les autres, on sait ce qu’on veut faire et donc il y aura une unité claire et on ne sera pas dans toutes ces petites bisbilles politiciennes, je déteste ça !

Comment exister à côté de Laurent Wauquiez ?

La bonne condition pour un élu, il faut d’abord qu’il y ait un patron, c’est important, il faut qu’il y ait quelqu’un qui décide. Ensuite, il faut une équipe, et il faut être capable de concilier les deux. Je concilierai les deux, et je vais même vous rajouter quelque chose. Je tiens à respecter mes adversaires politiques et je veux rassembler. Je tends la main à Monsieur Boudot comme à Monsieur Queyranne. Parfois ils ont eu des propos qui étaient durs pendant la campagne, maintenant la campagne est finie. J’ai de l’estime pour eux, j’ai de profondes différences de conception de ce qu’est la politique, mais j’ai de l’estime pour eux.

Ce que je souhaite et ce que je leur demande, c’est : "Soyez dans une démarche constructive, comprenez que maintenant, ce temps de la campagne est derrière nous, on doit œuvrer ensemble". La région, c’est un beau défi, et nous on peut faire quelque chose d’extraordinaire.

Les camps d’internement pour les fichiers S, une erreur ou une stratégie gagnante ?

Ce soir, vous avez la réponse : les électeurs ont parfaitement compris que mes convictions, je les portais, et que je les portais sur la durée. Au lendemain de ces attentats terroristes, pourquoi j’ai réagi ? J’ai réagi parce qu’on avait déjà connu des attentats au début de l’année et qu’il n’y avait aucune mesure qui avait été prise. L’indécence pour moi, c’est les élus qui ne prennent pas leurs responsabilités et qui ne disent plus les choses. (…)

Ma conviction, c’est que notre pays va très mal, et les électeurs nous l’ont dit. Le pays a des ressources extraordinaires, et aujourd’hui il a de profondes inquiétudes. Les politiques qui cherchent à faire du filet d’eau tiède, du politiquement correct, qui n’assument pas à un moment de porter des débats, même si parfois on se fait critiquer au moment où on porte ces débats, sont devenus des politiques inutiles dans lesquels les Français n’ont pas confiance.

Oui, j’ai porté ce débat sur les classes moyennes. Oui, j’ai porté ce débat sur l’équilibre entre le travail et l’assistanat, oui, je considère que devant le terrorisme, on ne peut plus se payer de mots. Mais à l’arrivée, je pense que même des gens qui n’étaient pas d’accord avec moi sur tout, ont fait confiance à notre équipe parce qu’ils savent qu’il y a une colonne vertébrale.

La région, un marche-pied vers le national ?

Je ne suis pas là pour profiter de ça. Je suis là pour travailler pour Rhône-Alpes-Auvergne, et je le ferai, et je vais y mettre toute mon énergie. Prendre plus de place dans le parti au niveau national, ce n’est pas mon sujet aujourd’hui. Ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est que pendant ces 100 jours, on commence à voir la différence.

Les subventions aux associations

Ce que je ne veux pas, c’est que dans notre région, on continue à alimenter des associations qui en réalité sont en contestation avec les valeurs de la République et ce qu’on a en commun. Ce que je veux, c’est que les enfants de notre région connaissent mieux l’histoire de la France à travers notre région, qu’on connaisse le monastère de Brou, qu’on connaisse le plateau des Glières, l’histoire du Vercors, qu’on connaisse l’histoire du Chambon-sur-Lignon (NdlR : dont la Maire n'est autre que la mère de Laurent Wauquiez, Mme Éliane Wauquiez-Motte, LR). Ça, pour moi, ça compte.

Ce que je trouve, c’est que la région, par le passé, s’est beaucoup dispersée avec une logique un peu clientéliste, parfois même avec des subventions à des associations qui n’avaient pas de sens en dehors de notre région. Moi, ce que je veux, c’est qu’on retrouve le sens du travail dans notre région.

Et l’environnement dans tout ça ?

Je suis très convaincu par les sujets d’environnement. Peut-être que je n’ai pas été assez convaincu dessus, mais la seule chose que j’ai toujours répété : je ne veux pas de l’environnement par les normes, je ne veux pas de l’environnement par les contraintes, je veux de l’environnement par les projets.
Résultats des Régionales 2015. Laurent WAUQUIEZ sur le Plateau de France 3

Sur le même sujet

Les + Lus