Le reste à charge va doubler pour les patients chez le médecin : "C'est totalement injuste", déplore une diabétique

À partir du 15 mai, le montant du reste à charge double sur les consultations médicales, examens de radiologie et biologie. Il s'élèvera pour ces prestations à deux euros, contre un euro aujourd'hui. Si certaines catégories de patients en sont exonérées, ce n’est pas le cas des diabétiques.

Devant les comptes au rouge de la Sécurité sociale et pour faire des économies, le gouvernement avait décidé en début d'année de faire payer plus les patients sur leurs consommations de soins, en augmentant la part non remboursée par l'Assurance maladie et les complémentaires santé. Le premier volet de la mesure, le doublement de la franchise médicale sur les boîtes de médicaments, les actes paramédicaux et les transports, est entré en vigueur au 31 mars. Le second, Ie doublement du montant du reste à charge, sera donc appliqué dès la mi-mai. La mesure a été votée fin mars par l’Uncam, le conseil de l’Union des caisses d’Assurance maladie. 

Au lieu des 1 euro habituel, il faudra désormais débourser 2 euros sur les consultations médicales, examens de radiologie et biologie. Si certaines catégories de patients en seront exonérées, ce n’est pas le cas de toutes. 

"C'est assez lâche de la part des législateurs" 

Pour Gérard Lévy, de l'association française des diabétiques du Puy-de-Dôme et de l’Allier (AFD63-03), "ce n’est pas là-dessus que des économies substantielles se feront. Ce n'est pas une bonne mesure pour faire des économies. D'autres décisions plus judicieuses devraient être prises, comme la suppression du passage obligatoire par un médecin traitant pour avoir accès à certains spécialistes. Une aberration", réagit le nouveau président de la structure pour qui la nouvelle mesure peut mettre en difficulté certaines personnes atteintes de diabète.

Hormis les femmes en congé maternité et les bénéficiaires de la C2S (Complémentaire santé solidaire), tous les patients majeurs sont concernés par ces nouvelles franchises et nouveau remboursements forfaitaires, y compris les diabétiques. 

"Certains diabètes, comme ceux de type 2, sont déjà mal remboursés sur certains dispositifs comme les bandelettes d’analyse de glycémie par exemple, remboursées à hauteur de 200 bandelettes par an. Mais certaines personnes doivent se piquer plus de 200 fois par an. Avec cette mesure les personnes qui ont des revenus limités seront encore plus en difficultés", argumente le président de la structure.

Un avis partagé par Marie-Hélène Ouriac, diagnostiquée d'un diabète à l'âge de 8 ans. "Je trouve que c'est totalement injuste de taxer et de surtaxer les personnes en situation de précarité. Se soigner est une nécessité pour les personnes atteintes de maladies chroniques. C'est assez lâche de la part des législateurs de s'en prendre à ces personnes. La maladie chronique, c'est quelque chose qu'on ne choisit pas mais qu'on subit", répond l'Aubiéroise. 

"C’est assez lâche de la part des législateurs"

Pour Yvonne Perrache, diabétique depuis 42 ans et depuis 20 ans sous pompe à insuline, "des jeunes diabétiques qui n’ont pas les moyens risquent même de ne plus se contrôler. Ça peut être grave. Ça pourrait causer des comas diabétiques et donc plus de réanimations qui justement pourraient coûter bien plus chers à la Sécurité sociale". L'ancienne présidente de l'association française des diabétiques du Puy-de-Dôme et de l’Allier craint que plus de restrictions ne soient appliquées dans le futur : "ce ne serait pas sans conséquence pour les gens comme nous, atteints de maladies chroniques. Pourquoi prendre 2 euros à certains et pas à d’autres. On aurait dû appliquer les 1 euro pour tout le monde, sans exonération possible". 

Afin que les personnes ayant le plus fort recours aux soins ne soient pas pénalisées, les deux plafonds annuels, l'un pour les franchises, l'autre pour les participations forfaitaires, sont maintenus à 50 euros chacun. Selon le ministère délégué à la Santé, ces mesures doivent permettre 800 millions d'euros d'économie par an aux caisses de la Sécurité sociale.