Les stations de Zermatt et Cervinia ferment leur glacier avec plus d'un mois d'avance, une première depuis l'avènement du ski d'été

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Le plus haut glacier de ski d'été d'Europe, à cheval entre la station suisse de Zermatt et sa voisine italienne de Cervinia, ferme ce jeudi soir avec plus d'un mois d'avance. Des températures élevées ont fragilisé le manteau neigeux, le rendant trop dangereux pour les skieurs.

Même les 3 883 mètres d'altitude du domaine du Petit Cervin n'auront pas suffi. Les gestionnaires des remontées mécaniques de la station de Zermatt ont décidé de fermer leurs pistes de ski d'été dès ce jeudi 28 juillet au soir.

Initialement prévue pour le 4 septembre, anticipant déjà de 15 jours la date de clôture de 2021, la fermeture des cinq téléskis du plateau Rosa intervient avec plus d'un mois d'avance. Après des jours de températures positives, le manteau neigeux, déjà fragilisé par un début d'année aux précipitations trop rares, est jugé trop instable pour skier en sécurité.

"Cela fait 40 ans que je suis moniteur de ski sur ce glacier chaque été. Une fermeture au mois de juillet, c'était impensable jusqu'à aujourd'hui", se lamente un habitué italien à la descente de la télécabine la plus haute d'Europe, interrogé par la Rai Vallée d'Aoste. Une réaction qui en dit long sur la surprise générée par une telle annonce.

"Ca fait vraiment mal au cœur de voir le glacier dans cet état", expliquait un autre skieur. "Le matin, de bonne heure, ça va encore. Mais plus la matinée avance, et plus skier devient dangereux."

Isotherme 0 degré à 5 000 mètres d'altitude

"Le premier problème que l'on a, explique Marc Lagger, responsable des remontées mécaniques de Zermatt, c'est que, même à presque 4 000 mètres d'altitude, on ne dispose d'aucune sous-couche de neige accumulée, comme c'est habituellement le cas, en hiver et au printemps. Du coup, le soleil intense de l'été attaque directement la couche constituée par les dernières précipitations enregistrées".

Et ce d'autant plus fortement que l'on accumule les records de chaleur ici aussi, depuis le début de l'été. "En début de matinée, on atteint rapidement les 6 ou 7 °C. Au début de cette semaine, on a même battu le record d'altitude en ce qui concerne l'isotherme 0 degré : 5 000 mètres d'altitude. C'est du jamais-vu sur le Matterhorn".

Résultat : le plus haut glacier de ski d'été d'Europe bouge, et des crevasses se forment où elles n'étaient jamais apparues de mémoire d'Italiens comme de Suisses. Et une question centrale qui se pose, celle de la sécurité des 1 300 skieurs qui montent sur le plateau Rosa, aux jours de plus fortes affluences du mois d'août.

L'espoir d'une réouverture avant la fin de l'été

"On a des équipes nationales qui viennent s'entraîner chaque été ici. C'est le cas cette année pour les Suisses et certaines équipes françaises de Coupe du monde", explique encore Marc Lagger. "On ne peut pas laisser ces athlètes et nos autres clients dans l'insécurité. On va donc surveiller ces crevasses et continuer d'entretenir notre domaine skiable en espérant qu'une prochaine dépression nous permette de sauver la fin de cet été", parie encore le responsable suisse.

Difficile de se résigner au pire sur l'un des toits de l'Europe. Depuis 1939 que la liaison par le Matterhorn existe entre le Valais suisse et la vallée d'Aoste italienne, les 4 000 mètres de ce sommet semblaient en mesure d'assurer une garantie neige illimitée à tous les skieurs d'été. Encore une fausse certitude balayée par le coup de chaud d'un été de toutes les premières climatiques.