DÉCOUVERTE. Il y a près de 200 ans, l'homme reliait la Loire au Rhône

Deux fleuves mais une seule histoire. Au XVIIIᵉ siècle, l'homme a cherché à relier la Loire au Rhône afin d'en faire un instrument de domination commerciale. Le vin produit localement était l'un des produits phares de ces échanges.

L'un est le plus gros fleuve de France, le fleuve roi, l'autre est le plus long fleuve sauvage et les deux sont liés. Le Rhône et la Loire partagent depuis le XVIIIᵉ siècle une histoire commune, depuis que l'homme a cherché pour la première fois à les relier.

C'est grâce au développement du transport ferroviaire que le réseau fluvial va s'agrandir. À Andrézieu-Bouthéon, "on aperçoit encore quelques anneaux sur les murs. Ce sont des témoins des amarres des rambertes, ces bateaux à fond plat qui descendaient la Loire au gré du courant", explique François Fontana, rédacteur en chef du magazine Voie libre, un magazine éminent dans le milieu de la miniature du chemin de fer.

Pas de moteur, pas de voile, pas de traction, ces véhicules circulaient sur les eaux de la Loire à la simple force du courant.

"Relier les deux fleuves pour favoriser le commerce"

En 1827, l'homme cherche à connecter le bassin industriel de Saint-Etienne à la Loire. C'est ainsi que sur les berges du fleuve, on déchargeait et on empilait des tas de charbons, avant de les envoyer via le train situé à quelques mètres à Saint-Etienne. Il est le premier sur le continent à voir le jour.

"À cette époque-là, la ligne de chemin de fer qui vient de Saint-Étienne jusqu'ici, est encore un peu embryonnaire. Il n'y a pas de machine à vapeur, tous les wagons sont jetés dans la pente et il y a des cerfs freins qui freinent les trains jusqu’ici", explique le journaliste. Heureusement pour eux, la pente est descendante et régulière de la zone industrielle jusqu'au fleuve. La ligne de chemin de fer est aujourd'hui l'un des derniers vestiges de cette époque.

Très vite, la Loire ne suffit plus. "On veut relier les deux fleuves pour favoriser le commerce et sortir le charbon du bassin pour l'expédier partout sur la terre", affirme François Fontana. C'est ainsi que le canal de Rhône-et-Loire est alors exploité. Il permettait de relier par les eaux Givors à Rive-de-Gier.

Aujourd'hui, "plus personne ne le connaît. Tous les gens le prennent, mais avec l'autoroute. Elle a littéralement été construite dedans. Il y a des murs sur l'autoroute qui sont les murs et les écluses du canal", conclut le journaliste spécialiste des chemins de fer. En 1960, la voie est comblée puis recouverte par l’autoroute A47, ouverte à la circulation en 1970.

La Loire, canal de diffusion du vin local

Parmi les marchandises à exporter au-delà de la région, on retrouve le vin. La boisson est d'abord amenée sur le territoire ligérien grâce aux Romains qui investissent les premiers coteaux.

"La masse d’eau importante que représente le Rhône assure une régulation thermique. En même temps, il y a une réverbération qui augmente la luminosité et permettre à la vigne de bien mûrir", explique Pierre Gaillard, vigneron passionné de l'histoire de son produit.

Ensuite, le vin est exporté un peu partout sur le continent. "Les mariniers remontaient des anchois de Marseille et redescendaient du vin en péniche. Il y avait un échange qui faisait que quand on voulait faire quelque chose d'un petit peu spécial, on profitait des anchois qui remontaient par les bateaux", ajoute l'agriculteur.

Et rien de tel pour transporter la marchandise qu'une amphore. Ces pots de terre permettent de conserver le côté minéral, sans transfert d'arômes boisés, que peut amener le chêne des conteneurs en bois. "Il y avait des amphores qui étaient typiques de leur région d'utilisation, ce qui nous permet de savoir par exemple que les vins de la vallée du Rhône, les vins de Vienne, connus sous ce nom-là, étaient consommés à Rome", explique Pierre Gaillard.

Le vigneron qui "aime bien chercher toutes les possibilités du goût", se souvient de l'une de ses expérimentations non commercialisées. "L'amphore respirait énormément, mais elle respirait tellement que le vin arrivait à suinter et pour la rendre étanche, on a fait comme faisaient les Romains : on a enduit l'intérieur avec de la cire d'abeille".

Un sport régional : la joute

Le Rhône en Loire, c'est aussi l'histoire de la joute. Le sport méconnu dans le reste de la France est ici presque devenu un sport national.

"L'idée principale, c'est que vous avez un plastron, avec un petit carré blanc qui fait 12 cm de côté, un compétiteur sur chaque tabagnon, (plateforme) et une lance, qui va venir piquer l'adversaire", explique Jordan Cellard, président de la ligue de joute de Loire. L'objectif, faire tomber le jouteur du bateau adversaire dans l'eau.

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Session d'entraînement pour les clubs ligériens de Chavanay et Saint-Pierre-De-Bœuf. ©France Télévisions

Dans la main, le professeur tient une lance de 18 pieds, soit 6 mètres de long. "C'est plutôt lourd à porter en bout de bras", confie-t-il, évoquant l'aspect quelque peu violent du sport. Cela n'empêche pas les adeptes de cette pratique moyenâgeuse d'être au rendez-vous. Dans le département, on compte pas moins de cinq clubs de joute, pour 1 000 jouteurs sur l'ensemble du territoire français.

À découvrir dans "Au fils du Rhône", vendredi 11 août à 18 h 40 sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes et le week-end sur France Bleu Drôme Ardèche, France Bleu Isère, France Bleu Saint-Etienne Loire et France Bleu Pays de Savoie.

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