Infestée par la mérule, la Maison Vergnette, chef d'oeuvre Belle Epoque, vouée à la démolition à Saint-Etienne

Publié le Mis à jour le
Écrit par D.Mazzola (propos recueillis par J.Massard et S.Loeb)
Une demeure stéphanoise vouée à la démolition à cause de la mérule, un redoutable champignon xylophage (janvier 2022)
Une demeure stéphanoise vouée à la démolition à cause de la mérule, un redoutable champignon xylophage (janvier 2022) © France tv

Située au pied de la colline de La Cotonne à Saint-Étienne, la Maison Vergnette risque d’être vouée à une démolition prochaine. La bâtisse est infestée par la mérule. Une association a lancé une pétition pour tenter de la sauver.

Avec sa tour et son pavillon carré orné d'une frise de céramique, la Maison Vergnette est un chef d'oeuvre en péril. La demeure a appartenu à une famille qui a marqué l’histoire stéphanoise de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Jean-Marie Vergnette était un entrepreneur en bâtiment et travaux publics. 

L’association "Histoire et patrimoine de Saint-Etienne" a lancé une pétition pour tenter de sauver cette demeure de caractère. Mais le sort de la maison semble d'ores et déjà scellé.

"Qualité architecturale rare"

"La maison a un cachet certain. La famille qui l'a fait construire avait des rapports étroits avec la ville de Saint-Etienne. Les Vergnette, c'est une famille de maçons de la Creuse. Ils sont venus s'installer à Saint-Etienne dans les années 1850", explique Serge Marcuzzi, membre de l'association. "C'est une maison d'une qualité architecturale rare, c'est pour cela qu'il nous a semblé intéressant de la protéger", précis le spécialiste. "On veut au moins en conserver un souvenir iconographique, qu'il en reste une trace."

Une surprenante maison à deux pas du centre-ville de Saint-Etienne.

Côté rue, une tour d'inspiration médiévale jouxte un pavillon carré avec sa frise de céramique. La maison ne passe pas inaperçue dans le quartier.

Située entre les quartiers de Tardy et de la Cotonne, la demeure bourgeoise, a été bâtie à l’angle de la rue de Montferré et de l’impasse du même nom. Elle a été érigée au coeur d'un parc arboré clos de plus de 2000 mètres carrés.

Inoccupée depuis des années et fermée au public, la maison est en bien piteux état. Les fenêtres sont cassées mais de l'extérieur rien ne laisse penser qu'elle est très endommagée. Pourtant le temps a fait des dégâts. A l'intérieur de la bâtisse, de nombreux débris, un intérieur dévasté. Mais ce sont surtout les larges traces d'humidité qui ne passent pas inaperçues : des tâches noires s'étalent sur les plafonds, les moulures et les murs. 

Malgré les dégradations, la maison ne manque cependant pas de charme avec ses pavements, son jardin d’hiver qui donne sur le parc et sa grotte de fraîcheur en rocaille. A la réception, au pied d'une imposante colonne, l'escalier monumental d'inspiration Second Empire mène à l'étage.

Péril en la demeure

C'est un marchand de biens qui a fait l'acquisition de cette propriété voilà quelques mois. "Je l'ai acheté au départ pour essayer de la conserver, la restaurer et la mettre en vente". Mais la maison serait envahie par la mérule, un champignon xylophage. "Partie de la cave", la mérule a progressivement envahi l'étage supérieur. Elle a même traversé le béton et commencé à attaquer la pierre. Pour le propriétaire, le champignon a également sérieusement détérioré les planchers de bois. Ces derniers menacent de s'effondrer, prévient-il. La maison est infestée. Le propriétaire des lieux envisage donc malheureusement la démolition de l’ensemble pour faire place à une opération immobilière. Une résidence étudiante doit sortir de terre.

"On s'est battu pendant plusieurs mois. Aujourd'hui, les experts n'arrivent même pas à chiffrer les dégâts. Difficile de dire où s'arrête la mérule. Le chiffrage (des travaux) devient impossible," explique-t-il. Sans compter les autres problèmes que l'on rencontre aussi sur d'autres projets, comme la présence de plomb ou d'amiante qui alourdiraient encore la facture.

Une famille endeuillée

Seul le jardin avec sa stèle commémorant la mort de Joseph, petit-fils du propriétaire, tué à la suite des bombardements de mai 1944, devraient être préservés. Le jeune homme, qui venait de réussir les concours des grandes écoles, était promu à un bel avenir. 

Lors de la première guerre, la famille avait été endeuillée par la perte d'un des enfants de Jean-Marie Vergnette, également prénommé Joseph. Le jeune homme, sous-lieutenant a perdu la vie au front en décembre 1914. Une rue porte encore aujourd'hui son nom, tout près de la bâtisse. 

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