Le maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau mis en examen pour chantage

Maire et président de la métropole de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, a été mis en examen, le 6 avril 2023, pour chantage à la vidéo intime compromettant son ancien premier adjoint centriste, Gilles Artigues. Trois autres protagonistes dans l'entourage du maire ont également été mis en examen dans cette affaire.

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne depuis 2014, a été mis en examen jeudi 6 avril pour chantage et placé sous statut de témoin assisté pour "détournement de fonds publics par un dépositaire de l'autorité publique".
Au cours des deux jours précédents, l'élu a passé une quarantaine d'heures en garde à vue, avec son ancien directeur de cabinet Pierre Gauttieri, son ancien adjoint Samy Kéfi-Jérôme et l'ex-compagnon de ce dernier, Gilles Rossary-Lenglet. 
Après auditions et confrontations, les quatre hommes ont été déférés devant les juges d'instruction lyonnais en charge du dossier.

"Chantage", "menace" et "détournement de fonds"

Fin août 2022, Gilles Rossary-Lenglet révèle à Mediapart l'existence d'une sex-tape tournée en janvier 2015. On peut y voir le centriste Gilles Artigues, rival politique et premier adjoint de Gaël Perdriau, se faire masser par un homme dans une chambre d'hôtel à Paris.
Gilles Rossary-Lenglet affirme avoir participé à ce "barbouzage de moeurs" à la demande du maire et de son entourage, dans le but de neutraliser l'élu centriste. Il dit aussi avoir été rétribué via des prestations fictives facturées à deux associations locales subventionnées par la mairie.

Les différentes mises en examen prononcées jeudi correspondent à ce récit. Ainsi, Gilles Rossary-Lenglet est suspecté de "complicité de chantage avec mise à exécution de la menace, recel de bien obtenu à l'aide d'un détournement de fonds, utilisation, conservation ou divulgation d'un document ou enregistrement portant sur des paroles ou images à caractère sexuel et obtenu par une atteinte à l'intimité de la vie privée", selon le communiqué du parquet de Lyon.

A la sortie du tribunal, Gilles Rossary-Lenglet a parlé d'un jour où "il fait soleil, c'est donc un beau jour". Son avocat, Me Sylvain Cormier, a décrit son client en "lanceur d'alerte", dénonçant "un système auquel il a participé pour que la vérité éclate". 
Son ex-compagnon qui siégeait au conseil municipal et l'ex-chef de cabinet du maire sont suspectés d'avoir joué un rôle actif dans l'affaire. Leur principal chef de mis en examen est "chantage avec mise à exécution de la menace", les autres étant identiques à ceux de Gilles Rossary-Lenglet.

"C'est une décision que j'accueille avec soulagement"

Interrogé également à la sortie du tribunal, l'ex-directeur de cabinet du maire, Pierre Gauttieri, "accueille" cette mise en examen "avec soulagement". "Elle m'ouvre enfin des droits auxquels je n'avais pas droit auparavant, explique-t-il, c'est-à-dire accéder complètement au dossier avec mes conseils juridiques, pouvoir faire une certain nombre d'actions en justice si je le souhaite et obtenir aussi la nullité de certains actes juridiques faits jusqu'à présent. C'est important pour moi". Il précise qu'il a refusé de répondre aux questions des juges, comme le lui permet la loi.

 "Etape décisive"

Nommément accusé par Gilles Artigues, cité dans des enregistrements audio accablants, Gaël Perdriau a toujours clamé son innocence et répété plusieurs fois qu'il ne démissionnerait pas, même en cas de mise en examen, en invoquant la "présomption d'innocence".
"Je ne suis ni le commanditaire, ni l'organisateur, ni un utilisateur de cette vidéo. Je n'ai jamais eu ni vu ce document", avait-il déclaré à l'AFP en décembre.

Mais de multiples auditions de témoins, ajoutées à l'analyse des téléphones et ordinateurs des différents protagonistes ont visiblement conduit les enquêteurs à douter de ses dénégations.
"Une étape décisive a été franchie, qui démontre que Gilles Artigues a été victime d'un chantage organisé, ce qu'il dit depuis le début. À ce stade on ne peut pas préjuger de qui en est le commanditaire, mais des indices graves et concordants pèsent sur le maire de Saint-Etienne", a déclaré à l'AFP Me André Buffard, l'avocat de Gilles Artigues.

Exclu de LR après une première garde à vue mi-septembre 2022, Gaël Perdriau a jusqu'à présent refusé de renoncer à ses mandats électifs. Seule concession, il s'est mis en retrait de ses fonctions à la tête de la métropole.
L'affaire l'a cependant poussé à limoger son directeur de cabinet. Son adjoint Samy Kéfi-Jérôme a démissionné en septembre de la mairie et de la métropole. 
"Gaël Perdriau doit démissionner dans l'intérêt, pour la réputation et l'honneur de notre ville à défaut du sien", a réagi auprès de l'AFP Pierrick Courbon (PS), le chef de file de l'opposition municipale et métropolitaine, après les mises en examen.  
"Son contrôle judiciaire consiste notamment à ne pas rencontrer les autres personnes mises en cause dans ce dossier, mais il peut continuer à se rendre à la mairie et à travailler avec ses collaborateurs", a cependant précisé à l'AFP Jean-Félix Luciani, l'avocat du maire de Saint-Etienne.