Retraites, 49.3 et motion de censure : malaise et divergences au sein des groupes politiques

Qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition, la journée du 16 mars avec l'annonce du recours au 49.3 par le gouvernement, a laissé un goût d'inachevé aux députés. Ils devront finalement voter la semaine prochaine pour dire s'ils soutiennent ou non la politique du gouvernement. Malaise et divergences.

L'application de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire passer la réforme des retraites laisse un sentiment de malaise dans tous les rangs de l'Assemblée Nationale. En Auvergne-Rhône-Alpes, des députés de la majorité sont gênés aux entournures. Et des élus se déchirent déjà face à la motion de censure.

"J'aurais préféré...", "Je regrette..."

Sur les bancs du groupe Renaissance, la ligérienne Laurence Heydel Grillere aurait "préféré aller au vote". Elle se veut rassurante. "D'office il y aura vote par rapport à ce texte, il se fera par le biais ou non d'une motion de censure. Quand on demande aux collaborateurs, aux salariés de travailler plus, la satisfaction ne peut y être, c'est compréhensible." Pour autant, la députée soutient le texte. "Nous sommes dans une situation particulière où un Français sur deux à plus de 50 ans. En tant que parlementaires, on doit faire preuve de responsabilité."

Son homologue de la Loire, Quentin Bataillon affirme que depuis le début, il "plaide pour aller au vote afin que chacun prenne ses responsabilités, notamment chez Les Républicains qui demandaient eux-mêmes cette réforme depuis de nombreuses années. Je comprends le choix difficile qui a été fait dans l’intérêt du pays."

Dans ce débat sur la réforme des retraites, les députés LR n'ont pas témoigné d'une fiabilité suffisante à l'égard de la majorité. Raison pour laquelle le gouvernement joue la carte du 49.3. Député Modem du Rhône, Cyrille Isaac Sibille regrette "l'inconstance des députés LR qui n'est plus un parti de gouvernement, mais un rassemblement d'opportunistes."

La variable LR

Il n'y a pas de débat pour Alexandre Vincendet, député Les Républicains du Rhône, il faut exclure des LR ceux qui n'ont pas soutenu le texte, et ce d'autant plus, s'ils votent une motion de censure la semaine prochaine. Il devra donc s'expliquer avec Dino Cinieri de la Loire, qui parle au nom de son groupe. "Nous voulions voter contre ce texte, explique-t-il sur Twitter,  comme nous l’avons dit de manière constante depuis début février. Ce manque de courage du président de la République, qui n'a plus de majorité à l’Assemblée Nationale, est affligeant ! Oui il faudra une réforme dans les années qui viennent, mais pas celle-ci car elle est profondément injuste."

Depuis la Drôme, la députée LR Emmanuelle Anthoine constate un "aveu d’échec du gouvernement." Elle aurait souhaitée elle aussi aller jusqu'au vote. "Je souhaitais pouvoir voter. Voter contre cette réforme, que je juge particulièrement mal venue dans le contexte de multi-crises que nous connaissons, mais aussi brutale et injuste."

Le député ligérien Antoine Vermorel Marques ajoute qu'"Emmanuel Macron doit entendre la colère du pays car au delà de la réforme des retraites, ce qui se passe c’est la colère face à la fracture territoriale : désertification médicale, insécurité galopante, immigration non maitrisée, système éducatif à bout de souffle, etc"

Motion de censure

Les députés devront se prononcer la semaine prochaine sur une motion de censure qui engage la responsabilité du gouvernement. Chez LR, Fabrice Brun la votera. "Une réforme d’une telle ampleur pour la vie des Français ne peut faire l’objet d’un passage en force sans vote des députés. A situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle. Au-delà des étiquettes, je suis prêt à voter la censure. Je ne cautionne bien évidemment pas les excès et les outrances, ni la « zadisation » de l’Assemblée."

Le député écologiste Hubert Julien-Laferrière, ancien Macroniste de La République en Marche, parle de "citoyens méprisés" et d'"un Parlement piétiné. Le déni de démocratie continue. Je voterai la censure contre ce gouvernement qui n’est pas digne de nos institutions."

Au Rassemblement National, le ligérien Jérôme Buisson dénonce "l’autoritarisme du gouvernement qui veut faire passer sa réforme des retraites par le 49.3. Je voterai, avec mes collègues du Rassemblement National, toutes les motions de censure pour faire tomber le gouvernement et faire échouer cette réforme !"

De son côté, la députée Nupes de la Drôme, Marie Pochon, rappelle un sondage illustrant le rejet de la réforme par une majorité de Français pour justifier son choix.

Le jeu des extrêmes

Une "journée fébrile et pénible hier à l’Assemblée". C'est ainsi que le député LR de l'Ain, Xavier Breton, garde souvenir de ce 16 mars. Il évoque d'un côté la "tentative de pression sur le vote des députés" avec "la présence des leaders syndicaux juste en face du Palais Bourbon." De l'autre "les atermoiements du gouvernement pour engager ou non le 49-3" et de préciser que "prendre une telle décision à quelques minutes de la séance n’a fait qu’aggraver la tension."

La députée Renaissance de la Drôme, Mireille Clapot craint également que cette décision du gouvernement fasse le jeu des extrêmes. Elle regrette "l'usage d'une arme qui empêche le débat" et se dit préoccupée "par la manière dont se sont déroulés les débats et par l'image dégradée du Parlement qui en ressort". Elle en appelle à un sursaut démocratique contre les extrêmes qui "profitent de cette colère" et souhaite continuer à réformer de "façon plus apaisée."

Au PS, l'ardéchois Hervé Saulignac s'inquiète que "le président parie sur la résignation, l’abattement et finalement la soumission des Français à la brutalité institutionnelle et sociale. Il est des paris hasardeux pour ne pas dire dangereux…"