Parapente : météo dangereuse, pratiquants nombreux, les accidents se multiplient dans les Alpes

Depuis le retour du printemps, les unités de secours en montagne des Alpes multiplient les interventions suite à des accidents de parapente, notamment en raison de conditions météo turbulentes. Secouristes et professionnels rappellent les règles de sécurité pour éviter les drames.

Un parapentiste survole le lac d'Annecy en juillet 2020.
Un parapentiste survole le lac d'Annecy en juillet 2020. © Grégory YETCHMENIZA/MAXPPP

Le 20 avril dernier, les secouristes du PGHM de l’Isère ont secouru un parapentiste en fâcheuse posture. Le pilote, suspendu dans le vide à flanc de falaise, n’était retenu que par sa voile accrochée dans les arbres. Fin mars, un accident similaire s’était produit sur la vire intermédiaire du Saint-Eynard. Par chance, les deux parapentistes s’en sont sortis indemnes.

Depuis le début du printemps, ces opérations de sauvetage se multiplient dans les Alpes. Ce week-end encore, les gendarmes ont dû secourir quatre parapentistes, dont un coincé sur le rebord d’une falaise.

Ces accidents s’expliquent d’abord par la forte fréquentation du ciel des Alpes depuis le retour du printemps. Forcément, plus il y a de parapentistes, plus le risque d’accident et d’accrochage augmente.

 

Des mouvements d'air très violents

A cela s’ajoute une aérologie mouvementée qui provoque de fortes turbulences dans les airs. Certes, ces conditions sont idéales pour les pratiquants qui veulent faire des grands parcours, comme Aurélien qui a récemment parcouru 200 kilomètres de Grenoble au lac d’Annecy.

Mais elles peuvent aussi s’avérer dangereuses. "En ce moment, on a des ascendants thermiques très violents (des mouvements d’air verticaux, NDLR), dus à des différences de température entre le chaud du sol et le froid du ciel, explique Xavier Beauvallet, parapentiste professionnel en Isère. Avec ces mouvements d’air, les parapentistes se prennent du 9m/seconde. C’est-à-dire qu’en une seconde, on peut monter de 9 mètres ou chuter de 9 mètres".  

Le vent peut aussi prendre les pilotes par surprise, qui se retrouvent subitement "comme dans une machine à laver", ajoute le parapentiste aguerri.

Ces conditions peuvent déstabiliser les pratiquants, même les plus expérimentés. "On constate souvent la même chose lors des accidents : il s’agit des parapentistes confirmés qui se font avoir par des conditions délicates, analyse Patrick Poirot, commandant du Peloton de Gendarmerie de Haute-Montagne de l’Isère. Les incidents se produisent quand ils volent trop près du sol ou des reliefs".

 

Des opérations de secours longues et très techniques

Ces opérations de secours restent délicates.Elles nécessitent souvent l’usage d’un hélicoptère ainsi que des descentes en rappel afin de sécuriser les victimes.

Selon le gendarme, 30 à 40% des parapentistes coincés dans un arbre s’en sortent indemnes. Mais le sauvetage est encore plus difficile, car les secouristes doivent grimper à la force des bras. "Dans ces cas-là, l’hélitreuillage n’est pas possible car le souffle de l’hélicoptère est conséquent. On risque de souffler la voile, de décrocher le parapentiste et de créer un sur-accident. Ces interventions depuis le sol sont longues et assez compliquées à manœuvrer", reconnaît Patrick Poirot.

 

Limiter les risques

Pour faciliter l’opération de sauvetage en cas d’accident, les unités de secours en montagne ont élaboré des recommandations avec la Fédération Française de Vol Libre. "Chaque parapentiste devrait être muni d’une sangle pour s’attacher à l’arbre et se sécuriser en attendant les secours, ajoute le gendarme. Il faut aussi être muni d’une cordelette de plusieurs mètres, qui, une fois envoyée au sol, permet aux secouristes de monter des cordes pour les accrocher aux branches. Malheureusement ces recommandations ne sont pas du tout suivies".

Pour éviter d’en arriver-là, Xavier Beauvallet recommande aux pilotes moins expérimentés de décoller tôt le matin ou en fin de journée, lorsque les ascendants thermiques sont moins violents. Dans l’idéal, il faut également éviter de s’approcher des reliefs et bien prendre en compte son niveau technique par rapport aux conditions de vol. "Mais cette discipline est exigeante et la situation n’est pas toujours calculée", reconnaît le commandant du PGHM 38.

 

Prévenir les secours, même si tout va bien

Aux nombreuses opérations de sauvetage s’ajoutent aussi les faux départs. Rien que ce week-end, 2 interventions sur 4 engagées par le PGHM de l’Isère étaient en fait des fausses alertes. "Quand on ouvre son parachute de secours ou qu’on atterrit dans un arbre, on est parfois repéré par des témoins qui donnent l’alerte, explique Patrick Poirot. Si le parapentiste arrive à se dégager seul et qu’il n’est pas blessé, on l’invite à se signaler au 112 pour dire que tout va bien et éviter des départs pour des clopinettes. Régulièrement, on se demande si on doit engager des secours juste pour quelqu’un qui s’est posé difficilement sans avoir de certitude sur l’accident".

Le nombre d’interventions liées à la pratique du vol libre risquent d’augmenter avec l’arrivée de l’été. Autant de raisons d’être prudents et de s’équiper pour décoller en toute sécurité.

 

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