PORTRAIT. Les bons vœux de Georges Million, le plus piémontais des dessinateurs savoyards

Bien connu des lecteurs de la presse française, le dessinateur savoyard Georges Million est sur tous les fronts. Avec un recueil de dessins qui vient de sortir en librairie, mais aussi de l'autre côté des Alpes où il signe la une d'un journal humoristique.

"Je me souviens encore de la fois où Dino est venu me chercher à la gare de Turin avec la bande de copains caricaturistes italiens", aime à se rappeler le dessinateur albertvillois Georges Million. "On entendait des 'Ciao Millione, ciao Millione' partout !"

Dino Aloi, c'est le co-fondateur de la revue humoristique italienne "Buduàr" pour laquelle Million vient de signer une collaboration. Mais c'est avant tout un ami de longue date. "On a tellement plein de beaux souvenirs ensemble", sourit-il.

Million in prima pagina

Après l'avoir revu en septembre à Saint-Just-le-Martel (Nouvelle-Aquitaine), à l'occasion du Salon international du dessin de presse et d'humour, son "grande amico" Dino Aloi demande à Georges Million de faire la une du numéro de décembre de son "Buduàr". Million n'y voit rien à redire.

"Je ne sais même pas combien de dessins Dino m'a pris dans son journal. Pour les amis comme lui, il n'y a pas de limites. Je lui ai dit : prends ce que tu veux", raconte-t-il. Pour sa première une de Buduàr, Million a tout de même dû accepter de dessiner ses personnages sur un canapé, un symbole du périodique.

"Buduàr, c'est un mot qui n'existe pas en italien, explique son compère piémontais Dino Aloi. Lorsqu'avec Alessandro Prevosto et Marco De Angelis (le dessinateur de presse italien le plus lu dans le monde ayant collaboré avec le New York Times, Le Monde, Panorama ou le Washington Post, ndlr), nous avons créé "Buduàr" en 2012, nous voulions l'appeler 'Le salon de l'humour'. Et puis, l'un de nous a trouvé que ça sonnait mal. Et l'on a pensé à la fameuse philosophie dans le boudoir du marquis de Sade. Alors, on a italianisé votre mot "boudoir" pour en faire notre instrument d'initiation à l'humour."

"En plus, poursuit le dessinateur et grand collectionneur de caricatures de presse, ce titre nous permettait aussi de rendre hommage à la France et à ses caricaturistes. Car, chez vous, depuis le XIXe siècle, c'est une vraie spécialité. Avec des institutions comme 'Le Charivari', 'l'Assiette au beurre' ou plus récemment 'Harakiri' ou 'Charlie Hebdo'".

Un métier de contestataire

"Charlie, moi, c'est pas trop mon truc, avoue de son côté l'ami français. Mais contestataire, ça, oui. C'est un peu la base du métier de caricaturiste."

Un devoir d'insolence, en quelque sorte, qui a guidé les pas de cet ancien éducateur spécialisé pour enfants handicapés mentaux. "J'ai commencé à dessiner des vignettes pour la MJC d'Albertville. Des vignettes un peu critique, pour se marrer. Et puis, j'ai croisé Plantu". Et de lui emprunter quelques trucs comme certains gimmicks : les mouches autour de Balladur ou la petite souris pour Plantu.

"Pour moi, pendant la période de préparation des JO d'Albertville, c'était le petit camion toupie à béton dont j'affublais systématiquement, dans mes dessins, Jean-Albert Corrand (le patron du Comité d'organisation des Jeux olympiques, ndlr). Un jour, je le croise dans une rue à Albertville. Je me suis dit : qu'est-ce que je vais prendre… Finalement, non, se souvient le dessinateur savoyard. Il m'a juste dit qu'il en avait marre de se voir toujours représenté en gnome et avec une bétonnière d'entreprise de travaux publics."

Suivrons, pour Million, des collaborations multiples et surtout variées. Pour Le Dauphiné Libéré, Témoignage Chrétien, Les Echos, Savoie-consommation-Que choisir… Et, cerise sur le gâteau, le Conseil de l'Europe qui lui demande plusieurs de ses dessins pour illustrer des publications sur l'ex-URSS et la guerre en ex-Yougoslavie. Puis des éditeurs de manuels scolaires font entrer certains de ses dessins dans des livres d'histoire des classes de 3ème. "Une vraie fierté", avoue Million.

Un dessinateur qui a fait sa "Traces"

C'est donc ainsi que le dessinateur savoyard a fait sa trace. Ou plutôt ses "Traces", du nom de son dernier recueil de dessins. Soixante-quatre planches dédiées à l'hiver et à la neige, ce qui tombe plutôt bien au moment des fêtes.

"Entre dessinateurs, on a l'habitude de s'envoyer des petits dessins rigolos pour se souhaiter de bonnes fêtes, explique-t-il. Cette fois, j'en ai fait un livre."

De l'autre côté de la frontière, dans sa Turin natale, son ami Dino prépare lui aussi ses cartes de vœux. "Mais avant cela, il faut boucler ce numéro de décembre de 'Buduar'", nuance-t-il. Cinq mille lecteurs l'attendent en ligne. "Des Français en premier, ce sont nos plus gros lecteurs. Puis des Italiens, mais aussi des Iraniens, des Turcs… On est lus dans une bonne trentaine de pays, tout de même", se félicite le dessinateur humoristique turinois.

Nul besoin de savoir parler la langue de ses lecteurs quand on est dessinateur. Car s'il est bien un point sur lequel les deux caricaturistes "contestataires" s'accordent, c'est pour dire que l'humour sauvera les fêtes. Et au-delà, le monde.
 

 

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