Clermont-Ferrand : opération des producteurs de lait dans une grande surface pour dénoncer des prix « trop bas »

Jeudi 15 avril, des producteurs de lait ont mené une opération dans une grande surface de Clermont-Ferrand afin de veiller au respect de la loi EGALIM. Ils dénoncent les prix de vente « trop bas » des produits laitiers.

Dans cette grande surface de Clermont-Ferrand, les producteurs de lait observent les prix pratiqués sur les packs de lait premier prix.
Dans cette grande surface de Clermont-Ferrand, les producteurs de lait observent les prix pratiqués sur les packs de lait premier prix. © Léa Breuil / FTV

Jeudi 15 avril, dès 14h30, 4 producteurs de lait de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont investi une grande surface de Clermont-Ferrand. Ils répondent à l’appel de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) et de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Ces agriculteurs viennent vérifier que la loi EGALIM (loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire), en vigueur depuis fin 2018, est respectée sur la vente de produits laitiers dans les grandes et moyennes surfaces. Selon eux, ces prix insuffisants ne permettent pas de prendre en compte les coûts de production des producteurs pourtant « en perpétuelle hausse » précise Thierry Chirol, administrateur FDPL 63, et producteur de lait épuisé par la situation. Pour lui les grandes et moyennes surfaces ne cherchent qu’à baisser les prix pour « attirer les clients et répondre à leurs slogans », sans forcément mesurer l’impact sur les producteurs. 

 Ce produit ne permet pas à l’agriculteur de vivre de son métier

Les producteurs de lait ont constaté que les packs de lait demi-écrémé premier prix de la grande surface sont affichés à 0,67 euro le litre, alors qu’ils devraient être vendus à 0,74 euro le litre, selon eux. Un prix de vente trop faible qui, selon Thierry Chirol, n’impactera que le producteur laitier : « Si le prix de vente minimal que nous avons établi pour rembourser au moins nos coûts de production n’est pas respecté par les enseignes comme ici, nous vendons à perte. Et ce ne sont pas les grandes surfaces qui s’accordent quand même une marge qui en subissent les conséquences ». Malgré ces « injustices » qu’il dénonce, il ajoute que les producteurs continuent de vendre leurs produits aux distributeurs même à des sommes dérisoires car ils doivent « survivre et écouler leurs stocks ». Il précise : « Nous ne demandons pas une grande augmentation du prix de vente en supermarché, mais simplement une légère hausse de 0,04 centime par litre de lait par exemple qui n’impacterait pas beaucoup le consommateur mais permettrait aux producteurs d’au moins pouvoir se rembourser. »  Avant de quitter le rayon Thierru Chirol s’empresse de coller sur le litre de lait une étiquette où l’on peut lire : « Prix hors la loi EGALIM ». Les agriculteurs observent aussi avec attention les prix des yaourts dans ce supermarché.
 

Nous avons continué de vendre nos produits à des prix dérisoires

Pourtant depuis le 30 octobre 2018 la loi EGALIM, devait notamment permettre aux producteurs, consommateurs et distributeurs de se mettre d’accord sur un prix prenant en compte le coût de production. Mais pour Thierry Chirol, les sanctions en cas de non-respect des accords sont insuffisantes. Il explique : « Pendant la crise, les grandes et moyennes surfaces comme Lidl, Intermarché, Leclerc, ont pu bénéficier de la hausse de la consommation des clients. Mais toutes ces recettes, les producteurs n’en ont jamais vu la couleur. Nous avons continué de vendre nos produits à des prix dérisoires » . Il précise : « On est là pour que la loi EGALIM soit respectée. Elle est mise en avant par le gouvernement mais dans les faits, elle n’est pas appliquée. Les grandes surfaces mettent sans arrêt la pression sur les transformateurs pour baisser les prix et soi-disant préserver le pouvoir d’achat des consommateurs ».

La réponse de la grande surface

M. Fabre, responsable crèmerie de la grande surface, souligne : « C’est une décision de notre groupe de vendre à ce prix-là. Pour l’instant, je n’agis pas sur le prix du premier prix mais on l’a remonté régulièrement. Il y a encore quelques temps, il était à 0,62 euro le litre donc on a conscience qu’il faut le valoriser mais ce n’est pas le produit le plus vendu de notre rayon. C’est même un des produits qui se vend le moins. On a plus de ventes sur des produits plus chers mais appréciés des consommateurs. On s’adapte à ce que nous proposent les marques et les transformateurs. Le lait n’est pas le produit où on gagne le plus notre vie. C’est un produit de consommation courante avec des prix très bagarrés avec toutes les enseignes. Pour notre marque de distributeur, on a un minimum de 365 euros la tonne, ce qui est bien au-dessus de ce que proposent pas mal de personnes ». 

Il y a des négociations en cours et on va voir si on peut monter un peu

Même défense de la part de Jean-Jacques Biamonti, directeur de la grande surface : « Entre le distributeur et l’agriculteur, il y a l’industriel, qui est toujours opaque. On ne sait pas ce qu’il gagne. Pour nous, les gens savent ce que l’on gagne. Il peut y avoir une différence sur des produits premiers prix mais après sur des produits de distributeur, on est sur un prix de 365 euros la tonne, ce qui est très bien. Il y a des négociations en cours et on va voir si on peut monter un peu. Ce n’est pas la grande distribution qui est forcément responsable de tout cela. Le décalage est venu avec l’Europe, quand on a décidé que la nourriture ne devait pas coûter cher dans l’assiette des Français ».
Après cette action à Clermont-Ferrand, les producteurs de lait envisagent d’autres opérations dans des grandes surfaces de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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