La Clermontoise Alice Modolo plonge à 88 mètres en apnée et bat le record de France … pour la troisième fois

Chirurgienne-dentiste et championne de France d'apnée, Alice Modolo est également ambassadrice de l'association Grégory Lemarchal / © Association Grégory Lemarchal
Chirurgienne-dentiste et championne de France d'apnée, Alice Modolo est également ambassadrice de l'association Grégory Lemarchal / © Association Grégory Lemarchal

La plongeuse originaire de Clermont-Ferrand s'est illustrée aux Bahamas, en améliorant trois fois de suite le record de France d'apnée à poids constant avec palmes. Elle revient sur ses exploits réalisés au cours d'une compétition hors-norme, le Vertical Blue.

Par Arthur Carpentier

83 mètres, c'est la profondeur qu'il fallait atteindre, en apnée, pour égaler le record de France. Alice Modolo est descendue à 84, puis 86, puis 88 mètres. "Je crois que je ne réalise toujours pas vraiment", s'amuse celle qui courrait sous l'eau pour un clip de la "queen" Beyoncé.
 


Il faut dire que la Clermontoise a fait très fort durant le Vertical Blue, une compétition qui se tenait du 16 au 26 juillet, aux Bahamas. Les progrès qu'elle a réalisés en si peu de temps, il faut une saison entière à la plupart des athlètes pour les réaliser. "La plupart des événements de plongée se déroulent sur une journée, explique-t-elle, alors qu'ici on a dix jours pour se concentrer, s'extraire de la vie quotidienne et de ses préoccupations, cela aide énormément."

La chirurgien-dentiste, originaire de Clermont-Ferrand désormais installée sur la Côte d' Azur, a pu abaisser progressivement ses paliers. "L'objectif était clairement le record de France, je m'en sentais capable parce que j'ai réalisé une grosse préparation mentale, en plus de l'entraînement physique", assure-t-elle. Un travail indispensable pour surpasser les difficultés d'une telle plongée, de près de trois minutes.
 

Ne pas se projeter


"La descente est physiquement perturbante, on se sent comprimé, de manière de plus en plus agressive, les oreilles sont douloureuses, on passe de la lumière à l'obscurité, du chaud au froid", détaille la plongeuse. L'une de ses forces, c'est sa concentration : "j'arrive à ne pas me projeter, à ne pas anticiper, je ne compte jamais les mètres qu'il me reste à parcourir." Qu'elle parte pour une plongée de 20, 40 ou 80 mètres, l'état d'esprit est le même. Et une fois la profondeur voulue atteinte, c'est gagné. "Pour moi, le challenge est à la descente : une fois que j'ai atteint le fond, je sais que c'est réussi, derrière je suis assez rapide à la remontée, et j'ai toujours veillé à ne jamais finir en hypoxie."
 

Le manque d'air, c'est évidemment le risque dans lequel Alice baigne. "Je ne force jamais, je fais extrêmement attention, assure-t-elle, je n'ai jamais fait de syncope, et je compte bien ne jamais en faire, surtout quand on sait les séquelles que ça laisse." L'Auvergnate connaît ses capacités, et sait écouter son corps. Pendant la compétition, elle plongeait presque quotidiennement, et à chaque fois en dessous de 80 mètres.
 

Un trou bleu, noir comme un maar auvergnat


Celle qui a fait ses débuts au club d'activités subaquatiques de Chamalières participait pour la première fois au Vertical Blue. "C'est une compétition mythique, le Wimbledon de l'apnée." Elle a la particularité de prendre place dans un "trou bleu", une cavité dont l'entrée se trouve sous la surface de la mer, et qui peut descendre à des dizaines, voire des centaines de mètres. L'événement se déroulait dans le Trou Bleu de Dean, aux Bahamas. Avec ses 202 de mètres de profondeur pour une centaine de diamètre, il a été le lieu de nombreux records du monde. Pour Alice Modolo, c'était aussi une première : "Je n'avais jamais plongé dans un trou bleu, et le premier constat, c'est qu'en fait d'être bleu, il y fait très noir, c'est comme descendre dans un maar auvergnat, reconnaît-elle, c'est très perturbant au début, un peu angoissant, j'étais obligée d'avoir une petite lumière avec moi sinon je perdais toute notion du haut et du bas." Seule une ligne de vie à laquelle elle est accrochée lui permet de s'y retrouver dans cet océan d'obscurité.
 

De retour avec son record de France en poche, la jeune femme ne compte pas s'arrêter là. Elle en a encore sous la palme, et rêve à voix haute : "L'objectif ultime, c'est bien entendu de franchir la barre des 100 mètres". Et ainsi rejoindre un club très fermé. Il suffit des doigts d'une seule main pour compter celles qui en font partie. Cela tombe bien, les championnats du monde 2018 auront lieu dans deux mois, en Turquie, à Kas. Un nouveau record tombera-t-il à ce moment ? "Je ne m'interdis rien, j'écouterai mon corps, et je verrai ce que je suis capable de faire à ce moment. Mais les 100 mètres en Turquie … pourquoi pas !"
 

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