Coronavirus : en Auvergne, le confinement a été favorable à l’allaitement maternel

Publié le Mis à jour le
Écrit par Anne-Claire Huet
Elise et sa fille Léonie
Elise et sa fille Léonie © Elise Cabecas

L’épidémie du coronavirus a mis les femmes en fin de grossesse ou qui venaient d’accoucher à rude épreuve. Et pourtant, le confinement a également eu un effet positif sur l’allaitement maternel.

« Le confinement, ça n’a été qu’un avantage », s’exclame Elise Cabecas qui a accouché le 20 avril d’une petite Léonie. Étonnant quand on sait que l’épidémie du coronavirus était compliquée à vivre pour de nombreuses femmes enceintes. Personnes vulnérables, il leur était recommandé de prendre le plus de précautions possibles. Pour leur sécurité, aucune visite à la maternité, excepté le père. Et puis beaucoup d’inquiétudes et d’angoisses liées au contexte global. Mais étonnamment, le confinement a eu des effets positifs sur l’allaitement maternel.

Une mise en route de l’allaitement facilitée


« Léonie est mon troisième bébé. Pour les deux premiers, l’allaitement a été compliqué à la mise en route », raconte Elise. « J’avais beaucoup de visites à la maternité, j’étais fatiguée, stressée et moins disponible pour mon bébé. Avec les visites, c’est compliqué de faire du peau-à-peau avec le nouveau-né, on ne peut pas se déshabiller devant ses proches. » Alors que là, seule avec sa petite fille et son conjoint, l’allaitement a été très facile. « Dès le deuxième jour, on a pu faire du peau-à-peau pour stimuler la montée de lait, le lendemain j’avais effectivement ma montée de lait. Et dès que ma fille réclamait, je la mettais au sein sans me poser de questions ». 

Une situation qui n’est pas un cas unique. « Sur plusieurs plans, le confinement a favorisé l’allaitement », explique Marie Pabot, sage-femme libérale à Clermont-Ferrand. « Le démarrage a été facilité avec l’interdiction des visites à la maternité, excepté le père. » Elle poursuit : « L’allaitement n’est pas simple culturellement en France. C’est parfois difficile de mettre le bébé au sein devant la belle-famille, des amis ou des collègues. Il y a beaucoup de pudeur. Les mères attendent donc que les personnes s’en aillent alors que le bébé a besoin de téter le plus souvent possible ». 

« Globalement, le fait d’être moins sollicitées par des visites extérieures fait que les mères se recentrent sur leur bébé », renchérit Elisabeth Tarraga, vice-présidente de l’Union Régionale des Professionnels de Santé (URPS) pour les sages-femmes en Auvergne-Rhône-Alpes. À la maternité de Moulins, même constat. Pour Marilyn Theuws, sage-femme responsable du pôle mère-enfant, « le confinement a été bénéfique à la mise en route de l’allaitement pour celles qui avaient fait ce choix. D’habitude, les après-midi, il y a beaucoup de monde dans la chambre ce qui rend la femme moins sereine et détendue pour allaiter. Et puis, les femmes qui venaient d’accoucher étaient beaucoup plus réceptives aux conseils des professionnels de santé et moins polluées par les conseils de la mère, belle-mère, grande tante ou autre ».


Un allaitement prolongé


Par ailleurs, Marie Pabot indique avoir de nombreuses patientes qui devaient reprendre le travail et sevrer leur bébé qui ont pu prolonger leur allaitement. « Le congé maternité, deux mois et demi, est très court en France », s’indigne-t-elle. Surtout quand l’Organisation Mondiale de la Santé recommande un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de l’enfant. Or, il est difficile de jongler entre travail et allaitement. Avec le confinement, « j’ai beaucoup de patientes qui ont repris en télétravail, elles ont donc pu continuer à allaiter leur enfant sans problème », relate-t-elle. 

C’est le cas d’Estelle Rix. Elle a accouché le 14 décembre de Nolan, son deuxième enfant. Elle était censée reprendre le travail dans la restauration le 22 mars. Avec la fermeture des restaurants, elle a été mise au chômage partiel et a donc pu garder son petit garçon avec elle. « Il a pu profiter de moi à 100% pendant deux mois de plus », s’exclame-t-elle. « J’avais de toute manière prévu de continuer à l’allaiter en tirant mon lait mais c’était beaucoup plus simple de l’allaiter à la maison sans avoir à lui donner de biberon. J’ai pu être maman à fond pendant 5 mois et demi, un luxe ! »
 
Autre avantage du confinement : la présence des pères. Le congé paternité n’est que de 11 jours en France. Avec l’épidémie du coronavirus, le télétravail a été privilégié et les pères ont pu être disponibles. Or, « quand l’allaitement est un choix de couple, la présence du père est très bénéfique. Cela évite à la mère de se sentir toute seule avec son bébé », témoigne Marie Pabot.


Un climat « anxiogène »


Cependant, tempère Elisabeth Tarraga, vice-présidente de l’URPS pour les sages-femmes en Auvergne-Rhône-Alpes, le confinement a également eu de nombreux impacts négatifs. Dans certaines maternités, l’ambiance était « anxiogène » et les femmes qui venaient d’accoucher ont manqué « d’accompagnement et d’aide à l’allaitement ». Impossible par exemple de respecter les gestes barrière lors d’une mise au sein. 

Une fois sorties de la maternité, « certaines mères n’ont pas trouvé de professionnels de santé pour répondre à leurs questions et inquiétudes sur l’allaitement ». Surtout quand « les mères se retrouvaient isolées sans pouvoir bénéficier de l’aide de la famille proche comme des grands-parents », conclut Elisabeth Tarraga. Des grand-parents qui ont parfois fait la connaissance de leur petit-enfant deux mois après leur naissance. 

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