Coronavirus : à Clermont-Ferrand, le Centre Jean Perrin reste opérationnel pour les malades de cancer

Malgré la crise sanitaire, les malades du coronavirus ne sont pas les seuls à nécessiter la mobilisation des soignants. A Clermont-Ferrand, au centre de lutte contre le cancer Jean Perrin, les équipes s'adaptent pour suivre leurs patients tout en minimisant les risques d’infection.

Des externes en médecine filtrent l'entrée du Centre Jean Perrin.
Des externes en médecine filtrent l'entrée du Centre Jean Perrin. © Centre Jean Perrin
C’est un double front qui s’organise au Centre Jean Perrin de Clermont-Ferrand. Il faut d’abord continuer ses missions de diagnostics, de traitements et de suivis de malades de cancer. Depuis quelques jours, la tâche est compliquée par l’épidémie de Covid-19 causée par le nouveau coronavirus qui touche la France alors il faut s’adapter. Mais l’établissement de santé se prépare aussi à soutenir le CHU Gabriel Montpied, situé à deux pas de ses propres bâtiments, en cas de besoin. Habituées à collaborer en temps normal, les deux entités se mettent au diapason pour résister à la crise sanitaire.
   

Protéger les patients

L’activité a ralenti dans les couloirs de l’établissement. Pour limiter les risques de contamination des patients et du personnel par le virus SARS-CoV-2, 50% des consultations se font maintenant à distance, soit par téléphone, soit grâce à d’autres moyens de télémédecine.

Le centre a renvoyé à plus tard des examens mais aussi plusieurs interventions chirurgicales non-urgentes pour limiter les va-et-vient. « On a reporté tous les traitements ou tous les bilans qui peuvent se faire dans un délai de deux ou trois mois et qui ne changent pas les chances des patients » explique la professeure Frédérique Penault-Llorca qui dirige le centre.

Pour les patients qui ne peuvent échapper à un passage dans les bâtiments de Jean Perrin les règles sont désormais drastiques : interdiction d’être  accompagné lors des consultations et les visites pour les personnes hospitalisées sont proscrites. Des externes filtrent les entrées.

« J’ai attendu le maximum de temps pour le faire. Je me disais qu’humainement c’était très dur d’interdire les visites. Mais avec le risque, il a fallu prendre cette décision lourde », regrette un peu la directrice générale. Des exceptions existent tout de même pour les personnes en fin de vie ou les patients nécessitant une aide. Mais toujours sur décision d’un médecin.
   

Risques de complications

Les équipes du Centre sont elles aussi restreintes : une partie des salariés est passée en télétravail et pas seulement côté administratif. Certains médecins restent aussi chez eux pour gérer les téléconsultations. L’objectif est de restreindre au maximum la présence dans l’établissement. Dans la limite du raisonnable.

« Pour nous ce qui est prioritaire c’est de prendre en charge les patients atteints de cancer » rappelle la professeure Penault-Llorca. « On veut éviter que dans cinq ans on se retrouve avec une surmortalité parce que les cancers auront été mal pris en charge durant cette période d’épidémie » justifie-t-elle.

Un savant dosage doit donc s’opérer entre continuité de la prise en charge et confinement des patients. Si les malades de cancer n’ont pas plus de risque que quiconque d’attraper le Covid-19, ils constituent en revanche une population à fort risque de complications grave. Dans son rapport hebdomadaire du 24 mars, Santé Publique France indique que 67% des personnes admises en réanimation après une infection au Covid-19 présentent une comorbidité, c’est-à-dire d’autres troubles ou pathologies indépendants du SARS-CoV-2.

Les organismes fragilisés par des troubles respiratoires ou cardiaques, mais aussi par des cancers sont donc particulièrement exposés en cas de contamination. Pour limiter la propagation du virus, les patients suspectés d’être infectés peuvent être placés en quarantaine en attendant un dépistage dans l’une des six chambres plombées du Centre. Elles servent d’ordinaire à isoler les patients en radiothérapie.
   

Un renfort pour le CHU

En plus de ses missions habituelles, la crise épidémique pousse le Centre Jean Perrin à endosser de nouvelles charges. Sa proximité immédiate avec le CHU Gabriel Montpied lui confère déjà en temps normal un partenariat privilégié avec ce voisin. Alors en cette période, la collaboration est renforcée. L’hôpital se prépare à prendre en charge de nombreux malades du Covid-19 et doit donc libérer de la place dans les blocs opératoires et en réanimation.

Pour y parvenir, le Centre Jean Perrin déleste le CHU de ses interventions habituelles pour des soins critiques. Même en pleine crise sanitaire, « il y a des accidents de la route, des gens qui font des infarctus ou qui sont dans le coma » détaille la professeure Frédérique Penault-Llorca.

Le Centre a aussi fourni deux respirateurs de réanimation pour augmenter la capacité du CHU dans la prise en charge des malades du Covid-19. Et il se tient prêt à intervenir en deuxième rideau en cas d’aggravation de l’épidémie. Quinze lits de réanimations peuvent être activés rapidement.

Des médecins, notamment des anesthésistes, sont aussi en attente. La baisse d’activité de l’établissement de lutte contre le cancer leur permet d’être disponibles. Certains ont même proposé leur aide aux hôpitaux de la région Grand Est. Une main tendue non saisie pour le moment.


 
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