COVID 19 : "On sait que ça va monter", prévient un médecin réanimateur du CHU de Clermont-Ferrand

Mercredi 31 mars, on compte 24 patients COVID en réanimation au CHU de Clermont-Ferrand. Pour l'heure, la situation n'est pas tendue mais elle est "préoccupante car on sait que ça va monter", estime le responsable de la réanimation.

Mercredi 31 mars, il y a 24 patients COVID en réanimation au CHU de Clermont-Ferrand.
Mercredi 31 mars, il y a 24 patients COVID en réanimation au CHU de Clermont-Ferrand. © Thierry NICOLAS / MAXPPP

Mardi 30 mars, un cap a été franchi en pleine épidémie de COVID : le seuil des 5 000 patients en réanimation a été atteint en France, après avoir dépassé la veille le pic de la deuxième vague. Le 16 novembre dernier, 4974 patients étaient pris en charge dans les services de réanimation. Mais qu’en est-il au CHU de Clermont-Ferrand ? Le Pr Jean-Etienne Bazin est médecin réanimateur. Il est le responsable du pôle de médecine périopératoire, le pôle qui recouvre essentiellement toute l’anesthésie et la réanimation sur les deux sites du CHU de Clermont-Ferrand. Mercredi 31 mars, dans la capitale auvergnate, on dénombre 50 patients non COVID en réanimation, et 24 patients COVID, sur un total de 85 places disponibles.

Des transferts attendus

Le Pr Jean-Etienne Bazin explique : « La situation est plutôt très stable. On a en permanence 25 patients COVID en réanimation depuis début janvier. La semaine dernière, on était monté à 30 et on est redescendu à 25 depuis le début de la semaine. On a plutôt des places pour les patients non COVID. On a récupéré des places, ce qui fait qu’on a pu prendre 2 transferts de la Loire mardi et on va probablement prendre 2 transferts aujourd’hui ».

Pour l’instant, la situation n’est pas tendue

Contrairement à d’autres hôpitaux français, il n’y a pas d’alarmisme au CHU de Clermont-Ferrand : « Ce mercredi, il nous reste 10 lits de libres en réanimation. Pour l’instant la situation n’est pas du tout tendue chez nous. Elle est préoccupante car on sait que ça va monter. On sait qu’on va être sollicité pour éventuellement prendre des patients d’ailleurs, tout en gardant des places en local, si jamais ça montait. Mais pour l’instant, la situation n’est pas tendue ».
 

Davantage de lits de réanimation

Si la situation parvient à être stable, c’est que le CHU de Clermont-Ferrand dispose d’un plus grand nombre de lits de réanimation qu’avant la crise. Les médecins comptent 18 lits supplémentaires par rapport au début 2020. Des lits de surveillance continue ont été transformés en lits de réanimation. Le médecin réanimateur indique : « Pour la première et la deuxième vague, on a récupéré 18 lits supplémentaires de réanimation sur des lits de salles de réveil de bloc opératoire. Pour l’instant, ils n’ont pas été activés. On a encore cette marge, si jamais on devait essuyer une vague encore plus haute, localement ou sur des transferts. Si on ouvre ces 18 lits supplémentaires, cela sera au détriment de l’activité chirurgicale : on récupère le personnel d’anesthésie et de bloc opératoire pour l’affecter sur des lits de réanimation. On n’a jamais totalement repris depuis la première vague et on est à 80 % d’activité chirurgicale. On n’a pas baissé plus pour l’instant pour récupérer du personnel ».

Des différences notables

Le Pr Bazin observe des différences par rapport aux précédentes vagues de l’épidémie : « Pour la première vague, on était vraiment très vide. On était essentiellement occupé par des patients transférés de Bourgogne-Franche-Comté et de l’Ile-de-France. On a eu finalement très peu de patients locaux, on en a eu une quinzaine. Pour la deuxième vague, on a été très impacté par des patients locaux et on a eu très peu de transferts, quelques Lyonnais et quelques Stéphanois, mais c’est tout. Là, on est sur un plateau élevé depuis la fin de la deuxième vague, avec en permanence un tiers de nos lits de réanimation pris par des patients COVID ». Autre différence notable, du point de vue des soignants. « On est un peu sur de la routine. On a pris nos habitudes. Concernant  les traitements, c’est la même chose que pour la deuxième vague. Pour la prise en charge globale, le personnel s’est habitué. Il y a moins de stress. Il y a beaucoup de personnel vacciné ou immunisé. On ne ressent plus cette même pression, de réticence à s’occuper des malades, à rentrer dans les chambres. Ca s’est un peu allégé dans la prise en charge globale » confie le médecin.

Ici, à Clermont-Ferrand, on ne sent pas venir la 3e vague

Il se montre prudent quant à l’évolution de l’épidémie : « Ici, à Clermont-Ferrand, on ne sent pas venir la 3e vague. On n’a pas les prémices, ni en réanimation, ni au niveau des entrées des patients sur les urgences. Il y a des patients COVID en permanence mais pas plus qu’au mois de février ou au mois de janvier. On est inquiet par rapport à tout ce qui se passe tout autour de nous, mais sur Clermont-Ferrand, on n’est pas inquiet pour l’instant. On est toujours un peu décalé par rapport au reste du monde, du fait notamment de la densité de population qui est moins forte ». Il ajoute : « En  moyenne, nos patients COVID en réanimation on entre 65 et 70 ans. Il y a plus de patients plus jeunes. Mais même à la première vague, on a eu des patients de 55-60 ans. On a l’impression qu’il y a plus de patients qui se dégradent plus vite qu’à la première ou à la deuxième vague. Les patients rentraient à l’hôpital et c’est au bout de 4 à 5 jours qu’ils passaient en réanimation. Là, on a l’impression que les patients passent plus tôt des urgences à la réanimation, sans passer par une phase de service de médecine ».

Quinze jours décisifs

Les patients COVID restent en moyenne 15 jours dans les services de réanimation. Pour le Pr Bazin, les 15 jours à venir seront décisifs : « C’est pénible car on commence une semaine et on ne sait jamais si on va prendre la vague. On attend encore et encore. Pour les 15 jours qui viennent, il faut s’attendre à une montée en charge, soit par des patients locaux, soit par des patients transférés. Dans 15 jours, on pourra peut-être soit se dire que c’est passé, soit au contraire que ça continue à monter. Pour l’instant, c’est très difficile de savoir ». Il précise : « Le vrai problème est le personnel. On est en train d’envisager, pour après, d’avoir du personnel formé à la réanimation. Ce serait une sorte de réserve de personnel formé, qui pourrait se mobiliser en cas de crise. Beaucoup de gens disent qu’il n’y a pas assez de lits de réanimation en France. Je crois que ce n’est pas vrai. Ce qu’il faut, c’est pouvoir doubler voire tripler le nombre de personnel en cas de crise. Cela, on n’a pas les moyens de le faire ».

Des interrogations sur de nouvelles mesures

Le médecin réanimateur s’interroge sur la nécessite de mettre en place des mesures encore plus contraignantes pour la population. Perplexe, il avoue : « Les confinements ne sont pas des confinements et les couvre-feux non plus. Pour la première vague, ça a permis de stopper l’épidémie. Là, on a l’impression qu’il est difficile de contraindre les gens à rester chez eux absolument. Dans le confinement, il y a l’effet sur la diffusion du virus et l’effet des activités globales, dans les transports, ou pour le sport par exemple. Il y a moins d’accidentologie, moins de recours à l’hôpital et cela soulage aussi l’hôpital ». Comme beaucoup de Français, le Pr Bazin guettera sans doute ce mercredi soir à 20 heures, les annonces du président de la République.

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