Soupçons de financement libyen : Brice Hortefeux mis en examen

Mardi 8 décembre, l’ex-ministre Brice Hortefeux a été mis en examen dans le cadre de l’enquête sur un possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Le député européen (LR) et conseiller régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a exprimé « sa totale surprise ».
Brice Hortefeux, député européen et conseiller régional (LR) d' Auvergne-Rhône-Alpes, a été mis en examen mardi 8 décembre.
Brice Hortefeux, député européen et conseiller régional (LR) d' Auvergne-Rhône-Alpes, a été mis en examen mardi 8 décembre. © DOMINIQUE FAGET / AFP
Après Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, l'ancien ministre Brice Hortefeux a à son tour été mis en examen mardi 8 décembre pour "association de malfaiteurs" dans l'enquête sur un possible financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de 2007 du candidat de la droite. La décision était attendue : à l'issue d'un interrogatoire de près de douze heures, M. Hortefeux, placé depuis août 2019 sous le statut intermédiaire de témoin assisté, a été mis en examen pour "financement illégal de campagne électorale" et "association de malfaiteurs", a indiqué à l'AFP son avocat, Me Jean-Yves Dupeux. Dans un communiqué transmis à l'AFP, le député européen a toutefois exprimé "sa totale surprise", car "aujourd'hui, tout démontre qu'il n'y a eu aucun financement libyen à l'occasion de la campagne présidentielle de 2007".

La volte-face de Ziad Takieddine

Cette mise en examen intervient un peu moins d'un mois après la volte-face retentissante de l'homme d'affaires Ziad Takieddine. Ce dernier a le 11 novembre retiré ses accusations contre l'ancien président qui sont au coeur des investigations, obligeant le parquet national financier à sortir de sa réserve pour souligner que les charges "ne se limitent pas aux déclarations" de cet intermédiaire sulfureux. En mettant en examen certains protagonistes pour "association de malfaiteurs", les juges d'instruction consolident leur dossier. Cette qualification, lourde de sens dans son intitulé, est en effet plus facile à faire tenir devant un tribunal correctionnel puisqu'elle n'exige des juges que la démonstration d'"actes préparatoires" au "pacte de corruption" qu'ils tentent de démontrer depuis 2013.
           

Les révélations de Mediapart en 2012

Témoignages de dignitaires libyens, notes des services secrets de Tripoli, accusations d'un intermédiaire... En sept ans de travail, les magistrats ont réuni une somme d'indices troublants qui ont donné corps à la thèse selon laquelle la campagne de M. Sarkozy aurait été financée par le régime de Mouammar Kadhafi. Toutefois, aucune preuve matérielle indiscutable n'a pour l'heure été trouvée, même si des mouvements de fonds suspects ont conduit les juges à mettre en examen dix personnes au total dans cette enquête ouverte après la publication par Mediapart en 2012, dans l'entre-deux tours de la présidentielle, d'un document censé prouver ce financement. Thierry Gaubert, collaborateur de M. Sarkozy dans les années 90, a été le premier à être mis en examen pour "association de malfaiteurs" le 31 janvier 2020.
             

Pacte corruptif 

Après un interrogatoire fleuve de quatre jours début octobre, M. Sarkozy, déjà poursuivi notamment pour "corruption" depuis 2018, a à son tour été mis en examen de ce chef pour "avoir laissé" en conscience ses lieutenants Claude Guéant et Brice Hortefeux s'impliquer dans le pacte corruptif soupçonné avec le régime de Mouammar Kadhafi à partir de 2005. Le 2 décembre, M. Guéant se voyait lui aussi signifier cette mise en examen supplétive. Dans ce dossier, M. Hortefeux a été accusé par le beau-frère de Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi, ainsi que par Ziad Takieddine, dont il a longtemps été un proche, de s'être rendu en Libye à au moins deux reprises et d'y avoir organisé les modalités du soutien accordé par le régime libyen à Nicolas Sarkozy en vue de son élection à la présidence, en fournissant notamment un RIB. L'ancien ministre affirme s'être rendu une seule fois en Libye en décembre 2005, pour un voyage officiel dans le cadre de ses fonctions de ministre délégué des collectivités locales, et admet avoir rencontré M. Senoussi, mais selon lui à l'initiative de M. Takieddine et sans qu'il soit question d'un quelconque financement.

La date clé du 17 novembre 2006

Les enquêteurs se sont toutefois intéressés à son emploi du temps le 17 novembre 2006, journée au cours de laquelle M. Hortefeux avait annulé tous ses rendez-vous à Clermont-Ferrand, le soupçonnant de s'être rendu en Libye à la place. Lui affirme qu'il avait annulé ces rendez-vous pour préparer une interview télévisée. Il avait fourni aux juges ses agendas lors de son interrogatoire à l'été 2019 et les magistrats avaient renoncé temporairement à le mettre en examen. "Au vu de la totale absence de crédibilité aussi bien de Takieddine que de Senoussi, les accusations contre Brice Hortefeux me paraissent sans aucun fondement", a déclaré à l'AFP Me Dupeux, indiquant que son client avait apporté aux juges "des éléments matériels irréfutables" démontrant "qu'il n'était pas en Libye le jour où Takieddine et Senoussi considèrent qu'il aurait fourni des coordonnées bancaires".
 
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